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FERRARE

DE Paris on m'avait envoyé quelques poèmes, gais ou tragiques ; et, de leur lecture, j'avais surtout dégagé cette moralité qu'il est, décidément,, fort difficile d'aligner un livret d'opéra comportant un véritable intérêt.

A ce propos, remarquons, en passant, combien la plupart des poètes et des écrivains, même parmi les plus réputés, se bercent de puériles illusions !

Pour les uns, la confection d'un livret d'opéra est une besogne subalterne oîi l'on ne saurait s'attarder longtemps. Au hasard d'une intrigue vague, ils enferment quelques chœurs de soldats, de buveurs ou de fileuses, le classique duo d'amour au clair de lune, et, vers onze heures et demie, ils tuent les gentils amoureux, si c'est un opéra, ou les marient si c'est un opéra comique. Et puis, voilà; le musicien fera le reste ! Or, quand le reste est achevé et que l'auteur influent parvient à faire représenter le bloc, on s'aperçoit souvent qu'il est fort inutile, quand il n'est pas très ennuyeux.

D'autres, auteurs dramatiques, gens habiles, écrivent un poème d'ope'ra à peu près comme ils écriraient un drame. Les événements s'y précipitent avec une telle rapidité que le musicien n'a plus le temps de loger sa musique dans les plis d'un sujet parfois antimusical !

Ces auteurs oublient volontiers — à moins qu'ils ne l'ignorent — qu'une pièce destinée à être parlée, et une autre destinée à être chantée, appartiennent à deux formes d'art tellement différentes, qu'elles semblent même antipathiques.

Prenons deux exemples en des genres opposés, et parmi les très grands succès consacrés au théâtre. Se figure-t-on un opéra sur le Courrier de Lyon ou une comédie lyrique sur le Demi-Monde ? Un Chopart en %it ou un Olivier de Jalin en fa !

Au temps que j'évoque, je n'aurais pu que très confusément discuter ces questions que lexpérience seule m'a montrées précises ; mais, à défaut de cette expérience, un vague instinct me guidait, et me gardait aussi de certaines collaborations que j'eusse considérées comme redoutables !

11 ne me restait donc que deux partis à prendre : ou m'adresser h un maître librettiste ou ne rion demander qu'à moi-même.

Je tenais bien le maître librettiste en la personne de mon ami Jules Barbier; mais il m'avait déjà pourvu d'un petit poème, et je sentais quelque indiscrétion à lui demander encore un iirand ouvrage

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