X PREFACE
rais à présenter, un jour, comme littérateur, le musicien applaudi dont le talent et la cordialité m'avaient à la fois conquis. M. Henri 3Iaréchal est en effet un charmeur, à plus d'un titre. On trouvera dans les pages qui vont suivre les échos de la verve aimable de ce causeur qui est
un maître. Causer, savoir causer, est un don,
art spécial et un art tout français. Et causer la plume à la main est peut-être plus difficile encore que causer autour de la table ou, péripathétiquement, sur Fasphalte ou à travers bois. La causerie de M. Henri 31aréclial (car ce volume est une suite de causeries) a l'attrait délicieux d'une jolie lettre écrite à un ami. L'ami ici, c'est le public qui adoptera bien vite l'auteur de Rome (( Souvenirs d'un musicien » et qui l'applaudira de nouveau, comme au concert ou comme au théâtre.
Que M. 3Iaréchal nous fasse pénétrer dans les classes du faubourg- Poissonnière où se pressent les concurrents au Prix de Rome; qu'il nous conduise à travers la malheureuse France ponctuée de casques prussiens ; qu'ils nous raconte
PREFACK X[
l'existence intime des hôtes de la villa, la vie romaine et les courses, sac au dos, dans la campagne aux grandes lignes sévères comme un dessin dWligny ; qu'il nous présente les illustres que sa bonne étoile lui fit rencontrer, un Hébert, un Liszt, une princesse de Wittgenstein, toujours la simplicité charmante de son style, l'alacrité de sa belle humeur, l'émotion reconnaissante de sa mémoire nous laissent une heureuse impression de clarté et de plaisir. Ce n'est pas qu'il ait l'optimisme facile des satisfaits ; la vie lui a pour cela imposé trop d'épreuves ; mais il a le courage et la force et l'entrain des forts.
Et puis il aime^ il sait aimer. 11 aime cet admirable Ernest Hébert qui est bien, lui, le causeur le plus séduisant que je connaisse comme il est l'ami le plus tendre, le guide le plus sûr, le compagnon le plus fidèle, le maître le plus jeune aussi de tous les peintres immortels de la Femme. Henri Maréchal aime cette princesse de Wittgenstein dont Hébert ht le portrait et il nous donne de cette femme supérieure des lettres qui méritent de prendre place à côté des plus