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XII PREFACE

belles que la correspondance avec Franz Liszt et Hans de Bellow nous ait fait connaître.

M. Maréchal a voulu s'en tenir à ses souvenirs de Rome, aux chers camarades disparus, comme Blanchard ou Lafrance. Il pouvait nous donner sur Gounod comme sur notre cher Hébert, sur Hector Berlioz comme sur Liszt, des souvenirs précieux. Il a aimé et connu l'auteur de la Damnation de Faust, les auteurs de ces deux Faust qui sont l'honneur de l'Ecole française. Ces autres souvenirs dont je sais tout le prix par' les confidences du « musicien » il nous les donnera sans doute plus tard. Ce sera Paris après Rome, En attendant, lisons ces pages sur Rome, remontons avec M. Henri Maréchal vers notre jeunesse. Revivons les heures de rêve. Montons au mont Cassin, parmi les livres: entrons, en barque, dans la baie de Naples; écoutons les chansons de Santa Lucia, qui n'existe plus, et, avec ce Parisien épris de la vie romaine, faisons un voyage dans le passé, un voyage en Italie, dans une Italie qui ne connaissait pas à Venise les omnibus à vapeur, à Florence

PREFACE Xiri

k's tramways et à Rome les ponts de fonte ou de fer.

Je ne connais pas de meilleur guide que M. Maréchal vers TArt et la Jeunesse. Le bon Montaig-ne, le fin et profond gascon, eût accepté avec joie de faire route vers la ville Eternelle avec ce gai, spirituel, alerte et mâle enfant de Paris, artiste jusqu'au sang et écrivain jusqu'aux ongles.

Jules Claretie.

9 mai 1904.

SOUVENIRS DTN MUSICIEN

LA plupart des jeunes musiciens qui se présentent au concours de Rome ne sont que des musiciens ; quelques-uns, vrais privilégiés, ont grandi dans une atmosphère d'art, mais ceux-là ont toujours été en minorité ; le plus grand nombre n'a jamais su voir un tableau, un groupe ni un monument ; quelques lectures constituent tout leur fonds.

Est-ce un bien, est-ce un mal ? Les deux thèses peuvent se défendre; car, si les esprits préparés étendent certainement à Rome les connaissances acquises, les autres reçoivent le coup de foudre, à moins qu'ils n'aient apporl(' de Paris une forte dose de scepticisme !

Quoi qu'il en soit, Rome (^st pour tous quelque chose comme la terre promise, le premier port oîi l'on ira reprendi-e d(*s foires après les hilles de

l'École, naïv^es préfaces de celles que la vie réserve à la plupart d'entre nous.

Si l'on m'avait demandé quel but je poursuivais lorsque j'entrai au Conservatoire en avril 1866, j'aurais répondu : apprendre tout ce qu'on peut apprendre pour écrire ensuite des opéras. Je n'avais pas d'autre objectif; quant au prix de Rome, je n'y avais jamais songé. L'eussé-je fait que le brusque contact avec les forts en thème de l'Ecole m'eùl bien vite donné à réfléchir!

Tl y avait parmi ces jeunes gens, pour la plupart fort intelligents, de vieux lutteurs plusieurs fois hlackboulés au concours, mais tenant bon néanmoins ! Ceux-là paraissaient très familiers avec ce qu'ils appelaient les trucs, de la patte ; bien qu'il n'y ait qu'un truc, au fond, pour toutes les étapes de la vie : faire ce qu'on doit sincèrement d'abord, et de son mieux ensuite. Cependant le concours de Rome étant le but principal visé par les classes de composition, les études sont tout naturellement dirigées dans le sens de la double épreuve qui doit être passée pour y réussir.

En 1866, il y avait au Conservatoire quatre classes de composition, réduites à trois aujourd'hui, ce qui est bien suffisant! Chacune de ces classes recevait huit élèves. Nous étions donc trente-deux ; chiffre énorme si on le compare aux rares débouchés qui s'offrent à la production de tant de travailleurs ! Tous les mois nous nous réunissions dans un banquet.

modeste conimo nos ressources et gai comme nos vingt ans ! Il s'y disait d'énormes bêtises mêlées à quelques bonnes choses.

Age heureux !

Ah ! par exemple, en ces bruyantes agapes les maîtres étaient vertement traités ! Haydn, Mozart ? D'assommantes perruques! Auber? Un simple farceur! Méhul, Hérold, Halévy? quantités négligeables! Berlioz? Un fou! Mendelssohn? Un pale rêveur, au fond! Beethoven? Ileu^ lieu!.., bien vieillot... les quatuors cependant et la neuvième symphonie avaient droit à quelque indulgence ! Mais Schumann, en revanche, avait les honneurs du : (( Oh ! Oh ! » et même du « Ah ! Ah ! » en forme de superlatif! Enfin, les malins qui commençaient à découvrir Wagner en racontaient de si rares merveilles à ceux qui n'en connaissaient presque rien, que tout le monde finissait par tomber d'accord sur le ramage de l'oiseau rare !

Eh! bien, lorsque je me reporte à cette époque de discussions violentes, d'où semblait devoir jaillir tant de lumière, je ne puis m 'empêcher de songer que, sur ces trente-deux gladiateurs acharnés, nous ne sommes guère plus de trois ou quatre ayant pu réussir à nouer quelques relations avec le public ; nous nous rappelons le nom de quelques autres, quant au reste nous ne savons même pas ce qu'il est devenu !

Heureusement pour les maîtres, n'(^st-ce pas? Car

il est à croire qu'il n'en serait pas resté une note si cette armée de réformateurs avait daigné se mêler de l'affaire ! Du reste, rien n'a changé; et l'opinion de nos jeunes musiciens sur les maîtres contemporains est exactement semblable à celle que nous professions jadis à l'égard de leurs aînés. Il en sera de cette jeunesse comme de la notre : elle s'éparpillera aux quatre vents, qui ne sont pas toujours ceux de l'esprit, et le crible implacable par lequel tous doivent passer ne retiendra seulement que ce qui vaut d'être retenu !

Dans ce concert de malédictions et de louanges outrancières, je faisais certes ma partie comme tous les autres ; mais j'étais surtout ébloui, je le répète, par les récits des anciens, et le concours de Rome m'apparaissait comme un de ces caps dangereux qu'on n'a que peu de chances de doubler heureusement. Être seulement reçu au premier concours me paraissait une victoire extraordinaire. Réussir au second me semblait un rêve inouï, invraisemblable, absurde et réservé seulement à quelques élus annoncés par les prophètes !

J'ai vécu quatre ans dans cet état d'esprit, ayant en croupe bien d'autres soucis familiers à tous mes camarades ! Enfin, poussé par quelques amitiés et surtout par mon maître, mon cher Victor Massé, qui répondait de tout, je me fis inscrire en avril 1870.

LE CONCOrRS

Le concours préparatoire dure six jours pleins : du lundi, 6 heures du matin, au samedi minuit. Pendant ces six jours, le concurrent est enfermé dans une chambre meublée d'un petit lit de fer, d'une planche de toilette, d'une table et de deux chaises de paille. Pas de piano ni aucun autre instrument de musique ; il faut tirer tout de soi, comme laraignée sa toile. La porte est fermée à double tour: la fenêtre est étroitement arrillée ; toute communication avec l'extérieur est interdite ; les lettres reçues pour vous sont ouvertes et lues ; enfin c'est la prison.

Le travail à faire dans ces conditions, et dans ce court espace de temps, se compose d'une fugue à quatre parties et d'un chœur avec orchestre, sur des paroles données par le jury, ainsi que le sujet de la fugue, au moment de ce qu'on appelle l'entrée en loge. En cage serait le mot plus exact.

Un matin de mai je sortis donc de chez moi vers cinq heures et demie pour me rendre au Conservatoire ^ où je trouvai mes camarades prêts à la lutte

1. Depuis 1809 les musiciens ijui se pivsenlenl au concours sont logés au palais de Conipiègne.

De 1803 (année où remonte l'admission des musiciens à ce concours) à 1862. il eut lieu à l'Institut.

C'est donc à la période de 1893 à 1898 que se rattachent les détails ci-dessus.

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comme moi-même. Nous étions dix. Le règlement de l'Institut fixe à un maximum de six le nombre de ceux qui peuvent être admis au concours définitif.

Le plus jeune des membi'es du jniy était désigné par celui-ci pour nous recevoir et nous dicti^r notre travail. Ce délégué était Georges Bizel.

Nous voilà donc au premier étage, dans le salon qui précède le cabinet du directeur, assis autour d'un de ces tapis verts comme on n'en voyait alors qu'au Conservatoire. Les coudes, frottés pendant les heures interminables des interminables concours, avaient donné à l'étofTe un luisant spécial où l'on retrouvait, comme en un miroir magique, les espoirs déçus, les joies inespérées des élèves, comme aussi les longs bâillements des juges dévorés par un incurable ennui !

Le silence n'était troublé que par la voix franche et claire de Bizet dominant le grattement des dix plumes.

(( Personne n'a d'observations à faire?... )>

Nul n'ayant répondu, tout le monde se leva, et Bizet vint nous installer chacun dans sa cellule, non sans une bonne parole accompagnée d'une vigoureuse poignée de mains.

Le cric-crac de la serrure fait encore ressortir l'isolement dans lequel on se trouve tout à coup!... Sept heures du matin... la fenêtre donne sur l'église Saint-Eugène, dont l'orgue est parfois bien gênant... de rares passants à cette heure matinale ; ... un silence glacial ! De cette porte, fermée sur vous comme celle

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