‹ Rome, l'antiquitéChapitre 8 sur 16 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'architecture de TEmpire romain, qui dura trois siècles, resta fidèle, pour une série d'édifices, aux formes gréco-italiennes adoptées depuis les derniers siècles de la République ; mais dans ses constructions les plus puissantes et les plus hardies, elle mit en usage des procédés nouveaux en Occident pour créer des œuvres dont les ruines démesurées font oublier d'abord les fragments plus nobles de l'art augustéen et restent pour le voyageur et pour l'histoire les monuments indestructibles de la grandeur romaine.

Depuis la mort de Néron jusqu'au milieu du IV siècle, nombre de temples furent reconstruits ou fondés dans le Forum romain etsur leCapitole. La plupart des édifices religieux construits par les Flavîens et les Antonins ne diffèrent des monuments du temps d'Auguste que par la richesse surabondante de la décoration sculptée.

Le temple de Jupiter Capitolin, qui n'avait pas été atteint par l'incendie néronien, fut brûlé, dans l'année qui suivit la mort de Néron (69), par les soldats de Vitellius. Vespasien fit relever aussitôt l'édifice, en conservant exactement les proportions et le nombre des colonnes. Moins de dix ans après sa consécration, le nouveau temple fut détruit, sous Titus, dans le grand incendie de l'an 80. Domitien le rebâtit plus magnifiquement. Ce temple, qui domina Rome jusqu'au ^'* siècle, a disparu ; son image est conservée sur quelques monnaies d'argent de Domitien, ainsi que sur un bas-relief qui provient d'un arc de triomphe de Marc-Aurèle et qui a été transporté au Palais des Conservateurs. Derrière le gproupe formé par l'empereur, voilé de sa toge à la manière des pontifes, et par les • camilles ^» et les sacrificateurs, le temple du Capitole se dresse, à côté d'un portique sur lequel étaient sculptés ou peints des jeux de bestiaires. La représentation du temple est simplifiée : la façade ne compte que quatre colonnes, au lieu de six. Mais les trois portes de la triple crlla sont encore

LES MONUMENTS DE 1,'ARCHITECTURE ROMAINE m

disposées comme celles du temple étrusque bâti par le roi Tarquîn. Le fronton est chargé de sculptures. Jupiter trône sur l'aigle, entre Junon et Minerve, adorées à ses côtés dans le triple sanctuaire. Le Soleil et la

Fig. S4. — Lu T«mple de Jupiter Capitolîn, lebdtî par Domitien, Au premier plan, Marc-Aurèle olTrant un sacrifice (Musée des Conservateurs).

Lune, pressant les chevaux de leurs quadriges, s'avancent vers la trinité divine (fig. 84).

Au pied du Capitole, Domitien bâtit un temple dédié à son père Vespasien et à son frère Titus. Trois colonnes sont encore debout et supportent un angle de l'entablement. Un morceau plus important de cet entablement est conservé â côté des ruines du temple, dans le petit musée du Tabiilarium ; il est intéressant de le comparer au fragment d'enta-

f.S ?OME

V,*ni«nt «5i; reparte encore «or le* troi» colonnes dn temple <îe Castor et

P'/;'ii, Jj v,rn->,he de l'édiSce de Dronitien est beaccoap p!as chargée d« v.'*',p'.i^re <fO'; c*r!le de IVdif.ce au^s*.éeD : pas dd ponce carré de marSre n'; ri-sU: nu, 1,'ain le p'.us ancien des deux temples, la fn=e est ;;»se et jif/.'iK : dans le sef^triil. el'.e est couverte de reliefs : enire des l^'j'rane* qui »'fnt de vraies tètes de borufs copiées d'après les rentes des sa'jrific;*, le vuîp'.eur a étalé l'appareil du cuite : bonnet de prêtre à

Fif{, K;, BiUiibU'meni du Temple de Vespuien et Titus, biii par Domltien au Forum. (Musée du Tabulariiim.)

jugulaire, chiisse-raouches, aiguière, patène, coutelas et hache d'abattoir

1^ seul temple qui dresse encore dans le Forum toute la colonnade de su façade est celui que le Sénat dédia en i6i à Antonin le Pieux et à sa flamme l-'austine. 1,'inscription est gravée sur la frise que portent les six rolonneM de marbre cipoUin. I-a cclla, dans laquelle s'est logée l'église de San Lorenzo in Miranda, a conservé une partie de son revêtement en grands blocs de marbre de Carrare et sa frise, délicatement ornée de rin- (•(*aux et de griffons (fig. Sf)).

Jusqu'au II' et au in' siècle de l'Kmpire, le type des petits temples

ronds, d'origine italiote, fut reproduit à côté du type commun des grands temples rectangulaires. Les dernières fouilles du Forum ont fait retrouver devant la basilique de Constantin, au bord de la Voie Sacrée, un fragment d'un tholus de Bacchus, rebâti par Antonin le Pieux : de même que le temple voisin de Vesta, cette chapelle était entourée d'une colonnade circulaire d'ordre corinthien.

Fig. 86. — Le Temple d'Amoni et de Fausiine et la Voie Sacrée.

Pour les tombeaux, comme pour les temples, les architectes de l'époque impériale conservent des types adoptés sous le règne d'Auguste et au temps de la République. Dans le vallon de l'Almo ou valle délia Caffarella. entre la Voie Appienne et la Voie Latine, s'élèvent, près d'un petit bois de chênes verts, deux chapelles funéraires en brique, de proportions gracieuses. L'une a passé pour un temple élevé au dieu Rediculus, le dieu de la Retraite, pour commémorer le départ d'Annibal, dont l'armée se serait avancée jusqu'à ce vallon {fig. 87), L'autre a été transformée au X' ou au xi* siècle en une église dédiée au pape saint Urbain. Ces deux chapelles sont probablement deux des monuments com-

mémoratifs que le Grec Hérode Atticus, l'homme le plus riche du temps de Trajan, éleva à sa femme Annia Regilla sur les terres que celle-ci possédait le long de la Via Appia. L'un et l'autre de ces tempietti isolés en pleine campagne reproduisent encore les formes de la chapelle funéraire de Bibulus, bâtie hors de l'ancien agger, au pied du Capitule.

Le mausolée qu'Hadrien éleva pour lui et pour ses descendants sur la rive droite du Tibre fut imité du mausolée d'Auguste, qui dominait la rive opposée du fleuve. Il se composait d'un énorme cylindre de pierre élevé sur une base carrée, à la manière du tombeau de Caecilia Metella. Le tumulus qui montait en gradins au-dessus de la tour était une construction de pierre, surmontée d'un quadrige de bronze doré. Le mausolée transformé en forteresse a perdu dans les guerres étrangères et civiles son revêtement de marbre et sa ceinture de pilastres. Les statues qui le couronnaient ont été jetées sur les Fig. 87. — Chapelle lonéraire, Goths de Vitigès et leurs morceaux

dite temple de Redieulus. ont joDChé le fossé. La chambre

funéraire où furent déposées les cendres de tous les empereurs, depuis Hadrien jusqu'à Caracalla, est vide (fig. 83).

L'arcade combinée avec les ordres grecs avait été employée sous le règne d'Auguste à la construction du théâtre de Marcellus. Le même système d'architecture fut appliqué au revêtement extérieur du gigantesque amphithéâtre desFlaviens, fondé parVespasien et dédié par Titus, qui y donna en l'an 80 des jeux prolongés pendant cent jours. Mais cet amphithéâtre, — le Cotisée, — s'éleva au-dessus de tous les monuments augustéens comme un Titan au-dessus d'une poignée de héros. Le théâtre de Marcellus avait, à l'extérieur, deux étages d'arcades et de colonnes, ainsi que Tabiilariiim du Capitole et les grande-s basiliques du Forum ; un ordre dorique et un ordre ionique. A l'extérieur du Colisée Tordre dorique et Tordre ionique du rez-de-chaus^éc et du premier étage sont surmontés d'un ordre de colonnes corinthiennes etd'un ordre de pilastres

corintiiiens, ce dernier plus élancé et plus élevé que les trois autres. Ces quatre étages d'ordres grecs se sont conservés intacts sur la partie du monument qui regarde le Nord (fig. 88). Au-dessus des pilastres du quatrième étage et entre ces pilastres, des consoles percées de trous qui sortent de la muraille supportaient des mâts destinés à la manœuvre des cordages qui tendaient au-dessus des gradins un immense vélum : ces mâts formaient ^u-dessus des quatre étages d'arcades et de colonnes une

Fig. S8. — L'Amphithâiire des Flaviens iColi&ée).

dernière colonnade fine et aérienne comme celles qui étaient peintes sur les parois des hôtels patriciens. Des statues étaient rangées, à tous les étages, sous chacune des arcades.

Il est impossible de savoir dans quelle mesure l'amphithéâtre des Flaviens a reproduit les plans de l'amphithéâtre de pierre bâti sous Auguste par Statilius Taurus, non loin du théâtre de Marcellus. L'amphithéâtre porte un nom grec, mais il constitue un typed'édifice tout romain par ses dispositions comme par sa destination. 11 est composé, ainsi que le mot l'indique, de deux théâtres dont les hémicycles de gradins sont opposés et réunis de manière à dessiner une courbe fermée. l.es scènes

ont disparu ; les combats et les meurtres ne sont plus relégués dans la coulisse. Il faut que de toutes parts le peuple voie tuer et mourir. La scène devient une arène, qui rappelle le stade des courses par son tracé elliptique. Mais l'amphithéâtre diffère du cirque en ce que son arène n'est pas divisée par le mur de la spina, autour duquel tourne les chars. L'amphithéâtre n'e-ît pas fait pour les courses, mais pour les mêlées. Le Colisée est romain par sa grandeur. Il a 48°',50 de haut,

Fig. 89. — L'Arène et les dessous du Colisée.

188 mètres de long sur le grand axe de son plan elliptique ; l'arène mesure 86 mètres sur 54. D'après les mesures les plus rigoureuses des archéologues modernes, l'amphithéâtre pouvait contenir environ 50000 spectateurs,

La division des places correspondait à la hiérarchie romaine, au temps de l'Empire. Deux loges se faisaient face sur le petit axe de l'ellipse, l'une réservée à l'empereur et à ses familiers, l'autre aux magistrats les plus élevés. Une plate-forme circulaire suffisamment élevée au-dessus de l'arène recevait les sièges destinés aux sénateurs et aux vestales. Le premier étage des gradins de pierre était occupé par les chevaliers, le deuxième par les bourgeois ; plus haut une estrade en planches recevait le

mesu peuple. Enfin les femmes trouvaient place sur une large plateforme de bois, soutenue par une colonnade érigée sur la muraille qui séparait le deuxième étage de gradins du troisième.

Les quatre-vingts arcades inférieures étaient de larges portes qui donnaient accès aux gradins. Quatre de ces portes, placés sur les deux axes de l'arène elliptique, étaient réservées aux spectateurs des li^es et de la plate-forme d'honneur. Les soixante-seize autres portaient encore un numéro d'ordre gravé sur l'archivolte : des contre-marques corres-

Fig. 90. — Theimes de Dioclénen.

pondantes étaient distribuées et permettaient à la foule de se diviser dès l'entrée. Puis le flot populaire était canalisé par un système de couloirs et d'escaliers dont l'enchevêtrement varie d'étage en étage. Dans l'amphithéâlre où débouchent de toutes parts les entrées de ces voniitoria, des escaliers taillés dans les gradins et des promenoirs qui circulent entre les différents étages permettaient à chacun de trouver un siège sans encombre.

La distribution des voies rayonnantes ou circulaires, parallèles ou montantes, qui desservaient les étages de l'amphithéâtre a été combinée avec cet esprit d'organisation qui a permis aux Romains d'administrer le monde. Jamais les Grecs n'avaient rien imaginé de pareil. Leurs stades s'étageaient le long des collines, comme les gradins du Grand Cirque, appuyés aux flancs du Palatin et à l'Aventin. Les architectes du Colisée ont élevé leur monument dans le bassin du lac artificiel où se reflétait la

ti8 ROME

Maison d'Or de Néron ; ils ont mis à profit peut-être le creux le plus profond pour y établir les « dessous » de l'amphithéâtre, ces loges et ces couloirs dont les murs ont été mis à nu sur une partie de l'arène ; c'est là que se trouvaient les cages des bêtes et les décors qui surgissaient à un signal donné pour élever sur le sable un paysage de rochers ou de forêts, dans lequel les fauves bondissaient comme au désert ou dans la jungle. Ces substructions étaient couvertes en partie par des voûtes, en partie par des

Fig. 91 . — Les Tliermes de Caiacalla, vus de la villa Matiei.

trappes sur lesquelles s'étendait le sable de l'arène (fig. 89). Autour de cette arène il avait fallu élever une véritable montagne artificielle qui portait les gradins et que traversaient les tunnels des galeries et des escaliers.

L'art grec n'avait donné aucun modèle pour un pareil système deconstruction voûtée, L'Orient hellénisé connaissait l'arcade ; il n'employait pas à de grands édifices la voûte en berceau. Les Étrusques eux-mêmes n'avaient construit sur leurs chambres funéraires que des voûtes établies en encorbellement, par assises parallèles, comme celle du très ancien réservoir du Capitole, dit le Tullianum, ou des arcades régulièrement appareillées. Au Colisée les arcades de l'ordonnance extérieure sont assemblées à joints vifs, sans ciment, et tiennent, comme les anciennes voûtes étrusques, par la seule coupe des pierres. Les voûtes intérieures sont

construites d'une manière absolument différente. Murs et pieds-droits forment un massif bétonné, composé de blocage de pierrailles et de ciment coulé dans des cadres de brique. Les voûtes sont bâties de même, avec cette seule différence qu'un cintre courbe en charpente reçoit la coulée de blocage et la maintient jusqu'à ce qu'elle ait « pris » et se trouve

Fig. 92. — Thermes de Caracalla.

"■ plan, ruines du Caldarium; au V, Ttpidariiim ; au î'^, F'ig'dar

solidifiée.' Le'cintre enlevé,^ mur [et voûte ne forment qu'un bloc, tout entier composé de couches horizontales comme les stratifications d'un rocher ou dun terrain. La voûte ainsi moulée, se comporte comme une véritable caverne creusée par la nature dans une masse géologique. L'édifice, avec ses pleins et ses vides, est, suivant le mot de Viollet-le-Duc, un monolithe artificiel.

Ce procédé de construction se prêtait aux plus grandes entreprises : il était simple, rustique et expéditif. Dix ans suffirent pour achever le Colisée. La voûte de blocage ne demandait que des bras et un ciment capable d'atteindre en séchant à la dureté des laves; tel fut le ciment romain, nourri de tuf volcanique. Les origines de la voûte en brique et

en blocage moulé sont encore obscures ; dès les derniers siècles de la République, les Romains avaient employé une sorte de béton pourélever le soubassement des temples et pour former les voûtes d'un édifice comme le Tabularium. Mais le Colisée est à Rome le premier exemple bien conservé d'un édifice énorme, simplement revêtu à l'extérieur d'un parement

Fig. 93. — Thermes de CaracalU. Ruines du Caldaiium.

en pierre d'appareil et dont la masse profonde n'est qu'un système de voûtes en blocage. Ce système fut employé, après Vespasien, pendant quatre siècles, à la construction d'édifices très divers par leur destination et par leur plan. En face des temples dont les colonnes à chapiteaux grecs portent un entablement droit, les grandes constructions voûtées de l'Empire sont les monuments d'une architecture toute romaine.

Comme le Colisée, les Thermes étaient destinés à la distraction des innombrables oisifs qui vivaient sur leur patrimoine ou étaient nourris par la munificence régulière des empereurs. Le citoyen devenu sujet ne manquait point à l'amphithéâtre les jours de fête, aux bains les jours ordinaires. Les Thermes étaient un lieu de réunion : ils étaient, en dehors

de la suite des Forums impériaux, d'autres Forums, entourés de portiques, et dont le monument central n'était plus un temple, mais une sorte de gigantesque Casino.

Dans les trois siècles de l'Empire, six grands Thermes furent élevés à Rome, les uns au centre même de la ville près des Forums impériaux, les autres au Champ de Mars ou dans les faubourgs, à l'extrémité du Qui-

Fig. 94. — Les Dioscures du Quirinal. Statues colossales provenant des Thermes de Constantin.

rinal et au delà du Célius. De ces énormes édifices, bâtis par Néron, Titus, Trajan, Caracalla, Dioclétien et Constantin, deux seulement ont laissé des ruines importantes. Les Thermes que Dioclétien bâtit sur le Viminal furent les plus grands de Rome et du monde. Ils contenaient plus de deux mille sièges de marbre pour les baigneurs. Les ruines des hautes salles se dressent encore en face de la gare : elles sont les premiers restes de l'antiquité que le voyageur rencontre en débarquant dans la ville moderne. Les Thermes de Dioclétien ont donné leur nom à la grande place au milieu de laquelle s'ouvre majestueusement laViaNazionale. Cette place même, toute bordée de maisons neuves, a gardé le plan demi-circulaire de la grande exèdre qui s'avançait au milieu de l'un des

laî ROME

portiques de l'enceinte des Thermes. Deux édifices ronds qui s'élevaien. aux extrémités de ce portique comme des tourelles d'angle font saillie, l'un sur la Via Viminale, l'autre sur la piazza San Bernardo; le premier est englobé dans les constructions d'une grande prison ; l'autre est occupé par une petite église. Quant à l'édifice même des Thermes, après avoir servi de Chartreuse, il est devenu le Musée National où les trésors d'art

Hg. 9$. — Poouioe moDumeutale de la place Viitorio-Einmanude («trophëes de Maiius*).

de la galerie Ludovisi sont venus rejoindre les débris précieux exhumés chaque année dans les fouilles officielles. Au-dessus du massif des ruines s'élève encore une haute et longue nef croisée par un transept (fig. 90). C'est l'ancienne galerie centrale des Thermes, le Tepidarium à l'atmosphère toujours tiède. Michel-Ange en a fait, sous Pie IV, l'énorme église des Chartreux, Santa Maria degli Angeli ; il n'a eu qu'à restaurer les larges voûtes d'arêtes et à redresser les colonnes de granit.

Les Thermes de Dioclétien n'étaient qu'une reproduction, encore agrandie, des Thermes bâtis par Caracalla à quelque distance du Grand Cirque, dans le faubourg que traversait la Via Appia. Ce dernier édifice

a laissé des ruines gigantesques, dont les pans de mur se dressent comme des tours démantelées au-dessus des jardins et des vignes (fig. 91).

Une visite aux Thermes de Caracalla permet de reconstituer par la pensée l'un des monuments dédiés par les empereurs aux plaisirs de leurs sujets. Trois grandes salles disposées parallèlement l'une à l'autre et flanquées de vestiaires et de dépendances diverses recevaient les baigneurs ;

Fig. 96. — Fontaine monumentale du jardin des Licinli, diie temple de Afin» va Midica.

au centre le Tcpidarimn. la salle tiède, de plan rectangulaire, était la plus haute et la plus majestueuse : des portiques, alignés perpendiculairement à l'axe, divisaient l'énorme vaisseau en trois nefs ; la partie centrale était couverte de voûtes d'arêtes (comme dans les Thermes de Dioclétien). Au Nord, le Frigidarium, égal en longueur à la salle du milieu et traversé par des portiques analogues, abritait sous une voûte plus basse la piscine froide (fig. gî). Au Sud, une puissante rotonde couverte d'une coupole était séparée de la salle tiède par des vestibules chauffés. Les murs circulaires de la rotonde et la coupole même étaient doubles et laissaient circuler sous leur revêtement l'air chaud répandu par un calorifère souterrain. Il ne reste de la rotonde que deux énormes pylônes de maçonnerie (fig. 93).

A l'ouest et à l'est des trois salles qui étaient les Thermes proprement dits, c'est-à-dire les bains, deux grands péristyles à ciel ouvert, entourés de boutiques, étaient disposés pour les jeux gymniques : le pavement de l'un de ces péristyles était composé d'une mosaïque représentant les athlètes fameux; cette mosaïque a été transportée au premier étage du

Fig. 97. — Bassia et surtout monumental dans le trkUniiim du palais des Flaviens au Palatin.

Musée du Latran. Le bâtiment au-dessus duquel s'élevaient la nef du Tepidariuni et la coupole du Caldarium était entouré d'une large esplanade, enclose par un portique carré de 300 mètres de côté. Deux exèdres semi circulaires, plus grandes que celles des Forums d'Auguste et de Trajan, s'arrondissaient l'une en face de l'autre; avec une rangée de gradins disposés sur l'une des faces du portiijue, elles formaient l'amphithéâtre d'un stade pour la course à pied. Les Grecs, qui traitaient les athlètes en héros, n'avaient jamais songé à élever des monuments d'une grandeur asiatique pour les jeux virils et pour leurs spectateurs désœuvrés. Quant au monde moderne, il ne reverra la pompe des Thermes romains que le jour où un Mécène d'Amérique, riche comme un

César, aura doté quelque Université d'outre-mer d'un Palais des Sports. Aujourd'hui les seuls édifices qui puissent donner l'idée d'un Tepidarium ou d'un Caldarium de l'antiquité sont les halls et les rotondes d'une Exposition Universelle, si on les suppose bâtis pour l'éternité. Comme les constructions éphémères des grandes foires modernes, les murs

Fig. 98. — Portique derrière e palais des Flaviens, sur le Palatin.

de brique et de blocage qui ont résisté aux siècles étaient revêtus d'une parure polychrome et étincelante ; seulement, dans les Thermes romains, les lambris et les colonnes étaient des marbres précieux, les mosaïques des pavements et des niches étaient des travaux d'artistes, les bas-reliefs et les statues étaient des chefs-d'œuvre originaux ou des copies savantes. Les statues colossales des Dioscures, avec leurs chevaux, qui sont érigées devant le Quirinal, ont été trouvées non loin de là dans les ruines des Thermes de Constantin : elles formaient, non point un groupe isolé, mais un haut relief adossé à une paroi (fig. 9;), Le cardinal Farnèse (plus tard Paul III) fit fouiller au xvi' siècle les Thermes de Caracalla pour enrichir sa collection d'antiques ; il retrouva des marbres gigantesques comme

les ruines du monument : le Taureau et l'Hercule Famèse, qui ont été transportés au Musée de Naples.

L'eau que dix-neuf aqueducs déversaient dans la ville au temps de Constantin ne servait pas seulement à l'alimentation du peuple et au bienêtre des baigneurs. Des fontaines monumentales, dont l'architecture

F'g' 9<9- — Siade du Palatin.

massive et richement parée de marbres et de statues rappelait celle des Thermes, répandaient l'eau et la faisaient jaillir pour le rafraîchissement des jardins et des places. Les ruines de deux de ces fontaines ont été conservées et dégagées dans le quartier neuf bâti le long du chemin de fer qui conduit à la gare centrale. L'une s'élève au-dessus d'un bouquet d'arbres, dans le square de la place Vittorio-Emmanuele. Le bassin où se reflètent les murs de brique rousse se trouvait dans l'antiquité du côté opposé de la fontaine, devant une autre place, où se rencontraient quatre avenues. Le monument, qui remonte sans doute au temps des Flaviens, était orné de trophées de mjrbre que Sixte-Quint fit transporter sur la balustrade de la place du Capitole : cette décoration triomphale avait valu

à la fontaine son nom populaire de trophées des Marins (fig. 95), Une autre fontaine située à quelques pas du chemin de fer passe encore pour un temple, celui de Mincrva Medica ; mais les seules déesses à qui le monument a pu être consacré sont les nymphes qui présidaient aux jeux des eaux. La fontaine en question se trouvait dans les jardins des Lici-

Fig. 100. — Grande exàJre du SuJe du P^latio.

nii, ouverts au public. Elle a la forme et les dimensions d'un Caldarïum des grands Thermes. C'est une rotonde autour de laquelle sont disposées dix absidioles en forme de niche et qui était surmontée d'une coupole (fig. 9b).

Philostrate, dans sa vie du thaumaturge Apollonius de Tyane, décrit le peuple des courtisans et des affranchis qui se pressaient sur le Palatin pour faire leur cour à l'empereur : on croirait voir, dit-il, la foule qui remplit les Thermes. Pour recevoir la foule de leurs clients, les Flaviens et les Antonins élevèrent des palais qui imitèrent précisément les proportions énormes des bains publics et quelques-unes de leurs dispositions. Déjà le palais de Domitien, qui semble avoir été une reconstruction par-

tielle ou un agrandissement du palais d'Auguste, était couvert d'énormes voûtes : l'architecte Rabirius y avait imité, dit Martial (vil, 56), le firmament étoile. Entre l'ancien palais d'Auguste, remanié par Domitien, et le palais de Tibère, rebâti une première fois par Trajan, s'étendait un autre palais, dont une faible partie seulement est restée comprise, avec les

constructions augustéennes, dans l'enclos de la villa .Mills.

Les fondations de ce palais ont été dégagées presque complètement; quelques pans de murs restent debout; on y a retrouvé des briques marquées au nom d'Hadrien. Ce palais n'était pas destiné à l'habitation, mais aux réceptions.

Sa façade regardait une large place où débouchait l'avenue dallée qui montait du Forum, La porte centrale donnait directement accès à la grande salle, — une salle du trône, — qui n'avait point d'analogue dans les anciennes maisons Fig. 101. — Palais de Sepiime Sévère au Palaiin. patriciennes. Cette salle ,

magnifiquement décorée de colonnes et de niches ou se dressaient des statues, était flanquée de deux salles plus petites, accompagaées de dépendances. La salle située à droite de l'entrée était une petite basilique séparée en trois nefs par deux files de cinq colonnes et terminée par une abside semi-circulaire ; elle servait probablement de tribunal impérial. La salle du trône s'ouvrait par deux grandes portes sur un péristyle à deux étages de colonnes, qui était un ulritiin élevé à des proportions inconuues des contemporains d'Auguste. Trois grandes salles, au delà du péristyle, faisaient pendant aux trois salles du premier corps de bâtiment. Elles communiquaient entre elles par de larges arcades et formaient ensemble la triple salle des grands festins, le tricliniiim monumental. Chacune des

salles latérales, dont l'une est encore enclose dans le jardin de la villa Mills, était égayée par des jeux d'eaux, comme un frigidarium. Au milieu d'un bassin, un îlot de brique revêtu de marbre servait sans doute de piédestal à des statues, mêlées aux fleurs et aux plantes vertes (fig. 97) Dans les banquets où défilaient les curiosités et les monstruosités gastronomiques du monde entier, ce parterre élevé sur l'eau brillante devait

Fig. 101. — Rotonde du Panthéon, bâtie par Hadrien. Vue intérieure.

faire l'effet des surtouts qui mirent dans une glace leurs figurines de biscuit et leurs corbeilles de fleurs ; seulement, pour les festins des Césars, le surtout était un petit monument.

Derrière les salles de festins, d'autres salles et d'autres portiques, dont quelques colonnes ont été relevées sur leurs bases (fig. 98), se suivaient jusqu'aux édifices qui dominaient le Grand Cirque, En continuant vers le Sud, le long du mur de la villa Mills, on passe devant l'ancien palais d'Auguste, qui servait sans doute de résidence impériale, à côté du grand palais où se répandaient chaque matin les courtisans et où se donnaient chaque jour les fêtes. Devant le mur de la Villa, une exèdre ser-

vait de tribune pour assister du haut du Palatin aux courses qui se donnaient dans la vallée. D'ailleurs le Palatin avait son hippodronie, disposé sur le plateau. Les ruines en sont visibles au sud de la Villa Mills, le long du mur du jardin (fig. qg). Cet hippodrome, entouré de portiques, a i6o mètres de long; l'énorme exèdre semi-circulaire qui s'élève sur l'une des faces longues du portique rectangulaire est une construction d'Hadrien, toute pareille aui exèdres des thermes de Caracatla (fig. loo).

Fig. lOj. — Temple double de Véaus et de Itonie. bjci par Hadrico.

Des constructions confuses sont massées au sud de l'hippodrome et de l'exèdre : une série de salles voûtées dont les arcades ont encore une ordonnance majestueuse conduisent jusqu'à l'extrémité du Palatin et jusqu'aux terrasses du Sipiî^oiiïtim de Septime Sévère ^tig. loi'.

Le système d'architecture voûtée emiiloyé pour les thermes. les fontaines monumentales et les palais impériaux, fut appliqué par Hadrien aux temples eux-mêmes.

Lorsi^ue l'empereur rebâtit le Panthéon d'Agrippa. il en fit. comme on l'a vu, une rotonde couverte d'une coupole. L'édifice, que dix-sept siècles ont laissé intact, ressemble bien moins à un temple grec qu'à un C.i/./<i- /■/.'(/« des gr,inds Thermes. Le diamètre de la rotonde est de 43 mètres :

il est égal à la hauteur de l'édifice. Du haut de Vocultis central, qui a toujours été ouvert, une lumière égale se répand sur les flancs arrondis du dôme. Quand la pluie tombe à travers cet oculus, elle fait sur le marbre du pavé un cercle de g mètres de diamètre. En dehors de la baie de l'entrée, sept niches sont ménagées dans la rotonde ; toutes étaient autrefois surmontées d'une archivolte. Une seule d'entre elles est restée

ouverte, celle qui fait fonction d'abside en face de l'entrée. Au-dessus de la colonnade inférieure, une série de pilastres étaient rangés sur la paroi entre les arcades. Toutes ces décorations, dont les restes étaient encore considérables au xvi' siècle, furent remplacées au xviii' par un médiocre placage de stuc. Les études récentes dont ce monument a été l'objet ont établi que le tambour de la rotonde qui a six mètres d'épaisseur apparente se composait de deux murailles circulaires et concentriques : c'est encore une ressemblance avec l'architecture d'un Cnhiariiim. L'énorme dôme, allégé par les caissons ménagés dans son épaisseur, a un squelette intérieur composé d'un système d'arcs de briques. La coupole repose sur les tambours par l'intermédiaire de grands arcs, qui, à l'intérieur de

l'édifice portaient de tout leur poids, sur les pilastres d'angle des niches aujourd'hui murées (fig. 102).

Dans l'assemblée solennelle et monotone des temples rectilignes dont les Grecs avaient fixé le plan et les proportions, le Panthéon d'Hadrien apparaît comme un monument d'un art étranger au monde gréco-romain. Cette énorme coupole, maçonnée avec toute la science des constructeurs romains, a été bâtie par ordre d'un empereur qui aimait à s'entourer des curiosités du monde oriental. Le plan du nouveau Panthéon doit être attribué à un architecte venu d'Orient, comme ApoUodore de Damas qui, après avoir été Tarchitecte de Trajan, resta quelques années au service de son successeur.

Hadrien donna lui-même les plans d'un grand temple qu'il fonda en Thonneur de Vénus et de Rome, entre le Forum romain et le Colisée. Ces plans furent critiqués par ApoUodore, à qui sa franchise d'artiste coûta, dit-on, la vie.

L'édifice était, en effet, aussi bizarre que magnifique d'aspect. Hadrien voulut l'élever sur le tertre artificiel où Néron avait érigé sa statue colossale. Pour bâtir le temple, il fallut déplacer le colosse. Vingt-huit éléphants l'amenèrent sur un échafaudage en plan incliné jusqu'à la nouvelle base dont le massif est encore visible. Le temple fut entouré d'un portique de quatre cents colonnes en granit oriental. Cette enceinte forma comme un dernier Forum impérial, à proximité du Forum de Domitien.

Les restes du temple, conservés derrière l'église de Sainte-Françoise Romaine, permettent de restituer le plan et 1 élévation. Il comprenait deux cellcBy terminées par deux absides opposées l'une à Tautre et où étaient assises dos à dos les statues colossales de deux déesses, Roma œterna^ Venus felix^ — suivant les légendes des monnaies qui représentent l'édifice. Rome regardait le Capitole. Chacun des temples était couvert d'une voûte en berceau ornée de caissons, comme la coupole du Panthéon ; des niches étaient nénagées dans les murs (fig. 103). A l'extérieur, les deux temples jumeaux se trouvaient unis sous un même toit et entourés d'une même colonnade. Un bas-relief brisé en deux morceaux, qui ont été répartis entre le musée de Latran et le musée des Thermes, a conservé l'image de Tune des façades du temple. Sur le fronton étaient représentés Mars auprès de Rhéa Sylvia et les enfants nourris par la louve. Ainsi une architecture assez semblable au temple de Jupiter Capitolin servait d'enveloppe à une construction voûtée et décorée comme une salle du palais impérial.

Plus d'un siècle et demi après Hadrien, Maxence bâtit au Forum, en mémoire de son fils Romulus, un temple rond qui n'était point entouré d'une colonnade comme le temple voisin de Vesta, mais qui se composait d'un simple tambour de brique surmonté d'une coupole, à la manière du Panthéon. Ce temple forme aujourd'hui une annexe de l'église des Saints-Cosme-et-Damien (fig. 109).

A quelques pas du temple de Romulus, Maxence avait commencé une grande basilique, qui devait couvrir l'espace compris entre le Forum de la Paix et le portique au milieu duquel s'élevait le temple de Vénus et de Rome. Cette basilique fut achevée par Constantin : on y a retrouvé la tête d'une statue colossale du premier empereur chrétien {%• 105)-

Elle diffère autant de la basilique Julia ou de la basilique jEmilia que le Panthéon d'Hadrien différait du Panthéon d' Agrippa. La grande rotonde bâtie par Hadrien ressem blàit au Caldariiiin d'un établissement de Thermes ; la basilique de Maxence et de Constantin fut couverte de voûtes d'arêtes, à la manière du Tepidariiim des Thermes de Dioclétien .

Quatre énormes piliers séparent en trois nefs un édifice qui a 80 mètres de long. Les voûtes en berceau de la nef latérale la plus éloignée du Forum ont conservé leurs

caissons, analogues à ceux qui décorent les voûtes des temples d'Hadrien. Les trois voûtes d'arêtes qui s'élevaient au-dessus de la nef centrale

Fig. loj. — Tiie colossale de Constantin, trouvée dans la basilique achevée par cet empereur.

retombaient directement sur des colonnes de granit que Sixte-Quint a enlevées : l'une d'elles a été dressée comme un obélisque devant l'église de Sainte-Marie Majeure. Ces voiîtes dominaient toutes les constructions du Forum ; elles étaient plus hautes que le plateau du Palatin. Aujourd'hui encore les ruines de la basilique qui est à Rome la dernière construction profane d'un empereur, font comprendre la grandeur surhumaine

Fig, io6. ^ Basilique de Constantin.

de l'architecture voûtée qui fut l'architecture officielle de l'empire romain (fig. lOÔ).

Ces voûtes dont les arrachements restent suspendus au-dessus des arcades démesurées de la basilique de Constantin ont été élevées par ifne armée de manœuvres qui ont accumulé couche par couche les pierres noyées dans le ciment, comme la nature a superposé les lits de calcaire pour composer des rochers. De tels édifices, montagnes élevées par les hommes, défient le temps, comme les rochers défient les éléments. Quand ils succombent, leurs écroulements sont des éboulements ; les pieds-droits et les morceaux de voûtes qui restent debout dans la vallée du Forum ou sur le Palatin font penser aux piliers naturels qui se dressent le long des côtes normandes sur les ruines des falaises minées par les flots.

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