‹ Rome & l'empire aux deux premiers siècles de notre èreChapitre 101 sur 246 · I. — LES IMAGES · texte numérisé non relu

I. — LES IMAGES

Les images établissaient une ligne de démarcation très nette entre les simples citoyens et ceux qui, parvenus à quelque haute charge, avaient obtenu par là même le jus imagmum. Comme il arrive en tout pays où l'aristocratie est depuis longtemps puissante, le peuple lui-même se passionnait pour cet étalage de la vanité des grandes familles. Dans Y atrium de la maison, étaient suspendus les masques reproduisant les traits des ancêtres; et aussi, dans un long stemma, on voyait mentionnés leurs noms et les honneurs dont ils avaient été revêtus. Les images des ancêtres les plus fameux étaient représentées sur les médailles frappées par leurs descendants. Le peuple prétendait les reconnaître, et il en attendait curieusement le défilé à Toccasion des funérailles. Elles étaient alors tirées des armoires de l'atrium*.

Un tel spectacle produisait grand effet sur les étrangers, comme le prouve le récit de Polybe. L'effet n'était pas moindre en certaines occasions

1. Pro Sulla, 88 : aperientur majorum imagines (on découvnra les images des ancêtres). Polybe, Vï, 53, 4 : el; xbv ÈTriçavéaTaTOv t^tcov xr,; otxîac ÇvXiva vafSta wspiTiôévTEÇ • ... tauta; 6t| Tot; Elxdvaç àvotyovxe; (dans la partie la plus en évidence de la maison, on exposait de petites laraires en bois : CCS imap^cs alors on les ouvrait).

sur les Romains eux-mêmes : ainsi, quand aux funérailles de Drusus, le fils de Tibère, on vit défiler les images des Claudii depuis le fondateur de la gens^ Attus Clausus, et celles des Jules remontant jusqu'à Énée, derrière qui venaient lès rois d'Albc, et, à la fin, le fondateur de Rome*; ou encore quand, aux funérailles de Junie, sœur de M. Brutus, femme de C. Cassius, parurent les images des Manlius, des Quinctius, de vingt familles des plus illustres; « mais, dit le même historien*, par-dessus toutes brillaient Cassius et Brutus, par cela môme que leurs portraits n'étaient pas là ». Voilà bien Tesprit frondeur de toutes les capitales.

De même encore, pour le reste de la cérémonie, nous sentons que nous ne sommes pas en Grèce. Là les grandes familles mettent leur orgueil à réunir, à produire des objets d'art, bijoux, st«ituettes ou statues ; à Rome, on étale à l'occasion sa richesse; mais on tient aussi et surtout à montrer qu'on n'est pas « un homme nouveau », « sans images» {sine imaginibus), A défaut de pouvoir réel, il faut pouvoir dire qu'on d^cend d'hommes qui ont été quelque chose dans l'État.

Je dis bien d'hommes; car lorsque la fiction de l'apothéose, si fréquente dès le début et qui est devenue de style ensuite dans les familles impériales, a transformé le prince défunt, et que d'ancêtre il est devenu dieu, il ne paraît plus avec les

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