II. — LA « LAUDATIO
Qu'était-ce que la /audario? A l'arrivée au forum, le mort était porté sur un lit funèbre et d'ordinaire dressé sur les pieds •. Par la pompe des funérailles, par le défilé des images, la famille venait de marquer quelle place elle avait tenue, elle tenait dans l'État. Elle recourait maintenant à la parole pour le démontrer mieux encore» L'éloge du mort, prononcé par le parent le plus proche, était en somme l'apologie de la gens^ faite par elle-même : apologie qui n'était ni plus scrupuleuse, ni plus modeste que les autres. Plus d'une fois les auditeurs avaient noté, en souriant, que maints consulats, maints triomphes, célébrés dans ces éloges, étaient de purs mensonges. Quand il s'agit de louer un mort, nul ne proteste, et Ton sait que, dans des funérailles, on peut tout dire. Mais la conséquence a été qu'à force d'être répétés, ces mensonges glorieux ont pris pied
i. Les triumvirs, pour honorer César, ordonnent qu'aucune image de César ne serait portée aux funérailles de ses parents (Dion, XLVll, 19). De même, dans les funérailles des empereurs, on ne porte pas les images de ceux de leurs prédécesseurs qui ont été divinisés; l'image de César n'est pas portée au convoi d'Auguste (Dion, LVÏ, 34), et le sénat défend qu'on porte ensuite l'image d'Auguste dans aucune pompe funèbre {ibid., 46).
2, Polybe, VI, 53, 1 : irorè |A6v éorô); ivapYr,;, Tiiavîci); Sï xaxaxexXijjilvo;.
dans là tradition, et qu'ils se sont glissés dans les annales, comme autant de faits historiques. D'après ce qui précède, on voit clairement aussi que ces éloges sont tout autres que les oraisons funèbres, que les Grecs ont prononcées, en certaines occasions, pour honorer leurs morts; en Grèce, c'était un discours collectif, public; la laudatio romaine était privée, individuelle.
De bonne heure on a loué ainsi les femmes à Rome, et les éloges très curieuxde Turia^ de Murdia^ conservés sous la forme d'inscriptions, représentent pour nous assez bien ce genre d'éloquence, plus simplement et plus exactement sans doute que les epicedia^ intercalés dans les Silves de Stace. N'est-il pas plaisant que dans la dernière de ces laudationes^ dans celle de Murdia, nous lisions des réflexions sur le genre même, et sur la monotonie à laquelle il ne peut guère échapper *?