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LA CAMPAGNE AU POINT DE VUE DES ROMAINS

Les Romains aimaient la campagne, bien entendu à leur manière. Leurs écrivains vantent le calme, les plaisirs solides, les joies vraies de la vie des champs; c'est là que, dans quelque coin ombreux et frais, TibuUe et Properce aiment à placer la scène de leurs élégies. L'histoire vante la race mâle de la Sabine [Sahella pubes) qui s'infiltre constamment à Rome et d'où viennent les meilleurs soldats de la légion, ces enfants, ces femmes, hauts et forts, aussi brûlés par le soleil que le maître; c'est aux champs, derrière les charrues qu'apparaissent, suivant la tradition, les noms les plus glorieux des premiers siècles, Cincinnatus, Fabricius, Dentatus. D'autre part le théâtre oppose sans cesse aux distractions, à la douceur de la ville, le séjour aux champs, dont il raille à plaisir les inconvénients;

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ni ROME ET L'EMPine.

de la campagne viennenl, dans la comédie, les jeunes gens gauches, grossiers, brutaux [i^uin, Iruculenli), qu'agaceront les courtisanes ou Ictus soubrettes, el qu'elles auront vile fait de dégrossir; de là vient aussi le père de famille, parcimonieux et dur '; il est de tradition que plus d'une surprise l'attende à la maison. Aucune littérature n'a, autant qu'on l'a fait à Rome, opposé l'un à l'autre les deux caractères représentés par les deux mots : rusticus, Mj'Aanus; Horace 'n"a-t-il pas poursuivi ce contraste jusque chez les rats?

Quel était donc cet amour des Romains pour la vie des champs, qu'ils voyaient cependant telle qu'elle est? sur quoi reposait-il? Comment s'esl-il transformé avec le temps? en quoi diffère-t-il de ce sentiment de la nature, que les modernes refusent volontiers aux anciens? C'est d'un point de vue moderne que nous allons considérer un des c&tés de la vie romaine : nous verrons que la réputation des Romains n'y perd pas.

En aucun temps, les Romains de race n'ont dissimulé leur dédain pour les habitants de la ville (urbam). C'est chez eux une tradition, que les esclaves de la capitale ne valent rien, et que les citoyens qui n'en sortent pas, ne valent pas beaucoup mieux. A chaque cens, les politiques, sou-

1. Suétone, Galba, 13 : venit Onesimus (Galba) a villa (plaisanterie d'un mime, dirigée contre le vieillard économe qu'était Galba et que le public saisit avidement, comme une parodie très exacte des ridicules de l'empereur).

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