LES FERMES, « VILL-E RUSTIC-E
Une maison de rapport à la campagne s'appelle villa rustica ou simplement rus; elle répondrait à nos « fermes ». C'est à nos « châteaux », « domaines », « vignes », « bastides » qu'il faudrait comparer les maisons de plaisance des Romains : ils les appelaient villœ, deoersoria^ prœtoria^ prie-
dlola, etc. Ici on cherchait de beaux points de vue (species)^ tout ce qui peut procurer le repos et servir à l'agrément. Il est clair que, par contre, dans les fermes, Tidéal était un très gros rapport {utilitas^ fructus) ; « il fallait avant tout que les frais, déduits des produits, laissassent un beau bénéfice » *. S'acharner sur un champ sans profit, « ce n'est pas de la culture, ce serait pure duperie » '. Voilà un premier précepte où nous reconnaissons le sens pratique de la race.
Les agronomes romains ne manquent pas d'ajouter, et ce semble ^vec une incontestable sincérité, que nul pays n'est plus fécond que l'Italie. Il est vrai que là, comme partout, on se ruine par maladresse et par ignorance. Que le propriétaire ait soin de bien choisir d'abord l'emplacement de sa ferme. Qu'il s'assure de la salubrité du sol, de l'air et de l'eau : c'est de là que viennent les maladies. Il est bon d'avoir à proximité des moyens faciles de communication, ainsi, une grande route; non pas sans doute en bordure, ce qui a trop d'inconvénients; mais à peu de distance. On peut tirer de l'expérience d'autrui de bonnes indications. Quel est l'aspect des fermes voisines? ont-elles bon air? les gens du pays sont-ils robustes? l'œil clair et franc^, l'ouïe bonne, la voix claire et sonore? les
i. Varron, I, 53 fin : summa spectanda ne in ea rc sumptus fructum superet.