Montaigne, Ess,^ I
3. Spartien, Sev., i, 4 fin (P. ï, p. 123, 13) : Octavo decimo anno publiée declamavit.
l'école. — LES LIVRES. 207
OU d'épouser. Les modernes ont raillé ces thèmes ; dès Tantiquité, on en avait senti le ridicule. Ceux qui les proposaient, répondaient que, par un accord tacite accepté de tous, maîtres et auditeurs, il était entendu que ces cadres n'avaient par eux-mêmes aucune importance. On tablait là-dessus. Dans le choix des exercices pédagogiques auxquels ont recours les modernes, n'entre-t-il pas de même une part de convention?
On a ridiculisé aussi ceux qui donnaient cet enseignement, et il est certain qu'il n'y a rien d'aussi plaisant que ce rhéteur du Satyricon, le solennel Agamemnon, grand hâbleur, débitant à volonté longues périodes ou petits vers, renchérissant dans le particulier sur le mal qu'on peut dire de ses élèves et de ce qu'il enseigne ; surtout fort sujet à sa bouche, et, quand il est dans une bonne maison, sachant se ménager plus d'une invitation nouvelle. Mais n'oublions pas que, pour que la série soit complète, à la suite de ce héros de Pétrone, avec l'intervalle pt en prenant les précautions qu'on voudra, il faudrait mettre cependant d'autres maîtres, très nombreux et très illustres, devenus plus tard des pères de l'Église, les Ambroise, les Augustin, les Lactance, qui furent tous d'abord d'anciens, de brillants rhéteurs.
On comprend que dans un tel milieu ait couvé mainte idée bizarre. Celui qui fut au ni« siècle l'empereur Gordien, avait refait les poèmes de jeunesse de Cicéron {Marins^ Aratea, etc.), afin de
montrer qu'ils avaient grand besoin d'être rajeunis*. On s'amusait aux tours de force de mémoire ; Hortensius en avait donné l'exemple au grand siècle, et Porcins Latro et Sénèque le père en avaient conservé la tradition *. On goûtait ces jeux poétiques qui ont occupé la décadence grecque comme celle des Romains : poèmes figurant des œufs, des haches; poèmes où les mots commencent ou finissent tous par la même lettre; où les mots ont tel nombre fixe de lettres, de syllabes, ou bien encore où se suivent des mots d'un nombre toujours croissant (1, 2, 3, 4, 5) de syllabes^ : genre d'habileté que Montaigne * comparait jus-^ tement à celle d'un homme qui se faisait voir de son temps, et de la main gauche, sans faillir, faisait passer un grain de mil dans un trou d'aiguille.
Rome étant un pays où l'éloquence a été un genre national, où elle a fleuri avant de subir l'influence grecque, on n'y conçoit pas un homme d'État qui n'ait pas le don de la paj'ole, alors même que la parole n'est plus dans l'État qu'un décor. Tout pourra changer; l'empire sera ébranlé et assailli : ce préjugé national, renforcé de préjugés d'école, restera intact; on le voit clairement par certaines anecdotes conservées dans les historiens