Ce dernier sujet a été trouvé au fond de la Numidie
C'est sur cette trame étrangère que travaillaient les artistes comme les poètes.
Il faut admettre cependant que les maîtres, qui faisaient la dépense de Tornement de leurs maisons, savaient tout au moins ce que représentaient les tableaux et les fresques qui couvraient leurs murs. Qu'un parvenu, comme Trimalcion, n'ait su dire que des sottises, quand il s'engageait sur ce terrain, cela était caractéristique, mais comme exception. Nous ne pouvons douter, qu'en fait, les bourgeois des petites villes italiennes ne fussent familiers avec ces sujets. Ce n'était pas chez eux science de la veille, souvenir de lectures ou des leçons de leur enfance ; toute leur vie s'était passée au milieu de ces représentations ; toutes les générations avaient eu de telles scènes sous les yeux; leur imagination ne concevait pas autre chose ; elle eût été dépaysée, si Ton avait prétendu l'enfermer dans les légendes nationales.
Nous blâmons souvent dans quelques poètes latins, ce que nous appelons « l'abus de la mythologie ». C'est sans doute une source d'obscurités, mais en bien des cas pour nous, beaucoup plus que pour les anciens. Rien de plus pédantesque sans doute que la manie qu'avaient les Alexandrins de se référer à de vieilles légendes, que souvent ils n'avaient débrouillées que la veille, dans des gloses ignorées. Mais Ovide n'était pas obscur, quand il
dans un groupe sculpté, à Lambôse, comme dans les fresques d'Herculanum, de Pompéi, etc.
l'art dans la vie des romains. 231
rappelait les sujets qu'on retrouvait partout, quand il introduisait dans ses poèmes les personnages, dont maints tableaux racontaient la vie, et qui, sous forme de statues, peuplaient les maisons grecques et romaines. Il parlait alors un langage que tous entendaient. Il n'y avait pas d'initiés là où il n'y avait pas non plus de mystère.
Il semble bien, et tel serait le faible de cette époque, qu'alors toute création avait cessé; que les artistes n'étaient guère que des copistes; qu'il n'y avait plus nulle part, et en aucun genre, d'originalité; le goût de l'art n'en remplissait, n'en pénétrait pas moins la vie de ces Italiens, et cela à un degré qui ne se retrouve dans aucune nation moderne.
PREUVES TIRÉES DE l'rISTOIRE ET DES OEUVRES LITTÉRAIRES
L'histoire générale et les œuvres littéraires confirment ce que nous n'avons appuyé jusqu'ici que sur les données de l'archéologie. Nous sommes très fiers de ces expositions qui, dans la seconde moitié de notre siècle, ont prouvé les progrès des générations modernes, et qui ont mis à la portée de tous ce que d'autres temps cachaient comme des trésors secrets. Mais on peut dire que dans la vie des anciens, au moins pour ce qui concerne
les riches mobiliers et les objets d'art, les expositions se suivaient sans fin * . Les maisons particulières, plus facilement ouvertes, étalaient ce qu'elles avaient de précieux; Sisenna montrait ses belles coupes même à un Verres'. Il n'y avait pas de fête sur une place publique, dans un cirque, un théâtre, un amphithéâtre sans qu'une exposition d'objets d'art en fût l'accompagnement. Le magistrat qui donnait la fête, faisait appel au dévouement de ses amis, à la générosité de tous, même de simples connaissances. Il réunissait à grands frais, et sans regarder aux distances, tout ce qui pouvait exciter la curiosité des spectateurs. A défaut de nos expositions universelles, les habitants de Rome et des villes italiennes en avaient tout au moins la monnaie.
Rappelons brièvement ce que les auteurs nous disent des objets de luxe, accumulés dans les maisons privées de leur temps, même en province. D'après Gicéron', avant la préture de Verres, il n'y avait pas en Sicile de maison bourgeoise qui n'eût, à défaut d'autre argenterie, tout au moins « une ou plusieurs coupes plus ou moins grandes pour les sacrifices, avec les statuettes des divinités sous la protection de qui était la famille, et un réchaud à brûler l'encens : le tout d'un travail
1. Les anciens le savaient et nous Tont dit eux-mêmes : voir Cicéron, Tmjc, V, 35, 102.