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LES MORALISTES

La soif d'une vie morale plus active, d'un enseignement nouveau, surtout pratique,, est alors si

vive qu'il naît, se répand, se développe dans l'espace de peu d'années, sous les formes les plus différentes, mais avec la même intensité. C'est ici surtout qu'on peut dire que « le besoin a créé la fonction ». Prenez les plus grands noms. Sénèque, Épictète, Marc-Aurèle : leurs livres, grecs ou latins, diffèrent par la langue, par le style; rien de plus divers que la condition des auteurs : l'un, un pauvre esclave infirme; l'autre, un lettré, parvenu au pouvoir par son talent, hélas ! sans doute aussi par sa souplesse, peut-être par ses vices; le dernier, un César resté philosophe malgré son rang; que de contrastes entre eux! et cependant ce qu'ils enseignent dérive, sans nul doute, de la même inspiration.

On retrouve dans ces ouvrages les défauts habituels aux livres d'édification : la composition est sacrifiée, ou plutôt il n'y a pas de composition; l'auteur consigne à la suite une série de réflexions et d'entretiens. La forme est volontairement négligée; on ne ferait exception que pour Sénèque, qui, par habitude, ne peut écrire qu'en un style brillant, à facettes multiples ; encore a-t-il, comme les autres et plus que les autres, ce travers de répéter sans fin la même pensée avec d'autres mots.

Dans tous ces livres, il y a une partie morte : ainsi tout ce qui se rattache aux systèmes de l'époque. Ce sont des ombres qu'il faut traverser pour arriver aux mots, aux pages qui illumineront tout le reste. Supportons les tirades accoutumées

de ces philosophes, les éloges de Socrate et de Caton, héros défigurés ici au point de n'être plus que des fantoches; bref tout le bagage d'école dont ces auteurs n'ont pu se dépouiller*. Bientôt l'homme paraît, et, d'une voix pénétrante, que nous croirions contemporaine, il développe ce dont on ne dit rien ailleurs, ce qui nous touche de plus près; bref il parle au cœur.

Avant de considérer à part ces trois guides anciens de la vie morale, signalons un trait assez singulier qui leur est commun : la conscience qu'ils ont de viser un but honnête, leur donne dans leurs idées, dans leurs expressions, une audace qui égale, qui dépasse celle des auteurs réalistes, même les plus licencieux. Je suis forcé, malgré moi, de donner ici comme preuves deux exemples empruntés à Épictète et à Marc-Aurèle : il serait aisé d'en . trouver d'autres '.

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