I. — ÉPICTÈTE
Pour Épictète, dont nous nous occuperons tout d'abord, nous ne chercherons pas le meilleur de sa pensée dans le Manuel. Pascal, qui plaçait si haut Fauteur grec, ne paraît avoir connu que cet ouvrage; mais en cela Pascal, docile aux conseils
1. Sénèque, Ep, xxiv, 6 : decantatae, inquis, in omnibus scholis fabulse istse sunt (ce sont là, dis-tu, des histoires ressas» sées dans toutes les écoles).
2. Épictète, Entretiens, II, 18 : la description de la tentation ; dans Marc-Aurèle, sa définition de Tamour physique : VI, 13 : xa\ i%\ Toiv xafà tyiv ffuvowacav....
de ses amis de Port-Royal, se conformait à la méthode des polémistes chrétiens : entendons ceux de la seconde période, puisque ceux de la première traitaient Épictète en ennemi *. Pour nous le système importe bien moins que Thomme ; or c'est dans les Entretiens qu'Épictète parle de lui; c'est là et d'après lui-même que nous nous le représentons comme un « petit vieux », « boiteux * », éveillé de grand matin par le souci de corriger les devoirs que ses élè^^es lui ont remis la veille'; autour de lui est dépeint le milieu dans lequel vivait l'auteur : la capitale, où il est dangereux de bavarder, alors qu'on est entouré d'agents de la police secrète; les dames romaines*, sur lesquelles le philosophe ne se fait pas d'illusion : les femmes, à Rome, ont toutes entre les mains la République de Platon : pourquoi? est-ce pour s'élever l'esprit? Non pas; les Romaines ont et goûtent ce livre parce que l'auteur y prêche la communauté des femmes : c'est ce qu'elles retiennent comme étant l'essence et le meilleur de sa philosophie *.
Autre trait tiré de la manière même dont sont reçues à Rome fies leçons de ceux qu'on affecte d'écouter, de consulter comme des maîtres : Épie-