‹ Rome & l'empire aux deux premiers siècles de notre èreChapitre 20 sur 246 · Friedlaînder, Mœurs romaines, Irad., III, p. 297 au bas · texte numérisé non relu

Friedlaînder, Mœurs romaines, Irad., III, p. 297 au bas

a été conservé en d'assez nombreux exemplaires, à Pompéi môme, à Naples et au musée du Capitole. Quant à Vasarotos proprement dit, il est fort habilement reproduit^ dans une mosaïque, signée du nom d'Heraclite^ qui se trouve au musée de Latran.

Je n'étudierai pas en détail les peintures de Pompéi. Je n'ai pas la compétence nécessaire *, et il est trop clair que l'espace me manquerait. On ne trouvera, dans ce qui suit, qu'une impression très générale et qui est d'un profane.

Après un premier mouvement de surprise naturel à des yeux habitués aux couleurs et aux sujets modernes, les peintures de Pompéi attirent le regard avant même qu'on soit familiarisé avec leurs sujets habituels, et qu'on soit moins choqué de leurs défauts et de l'état lamentable où quelquesunes se présentent à nous. Sur place, comme aussi à Naples, elles piquent la curiosité; elles ont leur charme et causent un vif plaisir. Mais entre elles et les mosaïques, il y a cette différence qu'on devine, que les peintures, bien plus fragiles, ont perdu et perdent chaque jour de leur couleur et de leur éclat.

Le nombre est considérable de celles qui, depuis un demi-siècle, se sont effacées au point de disparaître presque entièrement, sur les murs de la ville, et même au musée de Naples. Cependant il suffit

1. Pour tous les détails techniques, voir les beaux livres de M. W. Helbig : WandgemCilde dev vom Vesuv verschatteten *Staedte Campaniens, Leipzig, 1868, et Untersuchungen ûber die campanische Wandmalerei, ibid,, 1873.

de parcourir les maisons qui ont été dégagées pendant ces dernières années, de voir Féclat des fresques nouvelles, et surtout des beaux laraires, pour comprendre que ces peintures, quoique assez éloignées de notre goût par l'exécution, n'en sont pas moins une des parties essentielles, et l'une des plus originales, de la décoration de ces maisons.

Leurs défauts sont visibles; les peintres qui les ont brossées en quelques jours, n'avaient aucune prétention à l'originalité ; les modèles qu'ils suivaient répondaient au goût du jour, mais en fait appartenaient à la décadence. En somme nous avons ici un spécimen parfois médiocre, mais généralement exact, de ce qu'était devenue la peinture en Italie, vers la fin du premier siècle. On le prouve, de la manière la plus claire, en rapprochant les fresques pompéiennes de celles qu'on a trouvées ailleurs : ainsi des fresques de la maison de Livie ; et aussi en les rapprochant des mosaïques, des statues, des bas-reliefs et des vases du même temps. De cette sorte de contrôle il ne résulte rien qui ne soit à l'avantage des peintures de Pompéi.

Pour ce qui concerne les paysages, nous avons de plus, dans les auteurs mêmes, un point de repère intéressant.

Tous les paysages que nous voyons au musée de Naples, nous paraissent, avouons-le, faibles et confus ; ils ne répondent presque en rien à notre goût; mais nous avons la certitude qu'ils représentent en ce genre les sujets et le « faire » qu'impo-

sait aux artistes la mode du jour. Un texte très curieux de Pline, tout à fait analogue à celui que j'ai cité plus haut * au sujet des mosaïques, le prouve de la manière la plus claire, ,

« Au temps d'Auguste, dit Pline, S. Tadius s'avisa le premier de peindre à peu de frais {minimo irnpendio) dans les appartements de plein air {sub dialibus) des fresques représentant des villas où l'on faisait la vendange; ou encore le bord de la mer ou d'une rivière avec des barques pt des pêcheuns *. » L'ensemble devait être agréable, et, dans ces paysages de genre, on avait des prétentions à l'esprit {argutiœ facetissimi salis). Les paysage? de Pompéi ne sont en vérité qu'une illustration exacte de ce curieux témoignage.

Les peintures de Pompéi, conservées au musée de Naples, sont sans doute les plus belles de toutes celles qu'on avait trouvées autrefois; elles sont là à l'abri. Cependant c'est à Pompéi seulement qu'on

2. XXXV, 116 : « S. Tadius, divi Augusti œtate, primus înstituit amœnissimaoi parietum picturam ; villas et portus, oc topiana opéra, lucos, nemora; ... littora qualia quis optaret; varias ibi obambulantium species aut navigantium aut villas adeuntium asellis aut vehiculis; jam piscantes aucupantesque aut etiam vindemiantes. » Cf. plus loin à la fin du chapitre viii, p. 195. D'après une récente communication de M. Gauckler à l'Académie des inscriptions, la mosaïque qui vient d'être trouvée à Sousse (lladrumelum) représente avec des motifs géométriques, des fruits et des fleurs, un vaste paysage marin, où des barques de pécheurs à la nasse, au trident et à l'épervier, sillonnent une mer poissonneuse : sur le seuil, deux Nymphes sont debout, flanquées de deux divinités marines assises.

peut bien juger de leur caractère. La décision récente qui laisse à leur place les fresques récemment découvertes préviendra, pour ce qui les concerne, bien des erreurs. Sur place, il.saute aux yeux que ces peintures étaient avant tout décoratives, et que leur étendue, leur élégance, aussi bien que le choix des sujets, étaient proportionnés à Tendroit qu'elles devaient occuper et au caractère général de la maison. Elles répondaient assez exactement aux tapis, dont nous choisissons la couleur et le sujet, d'après l'ensemble dont ils doivent . faire partie. Les anciens n'y attachaient probablement pas plus d'importance. Telle petite peinture de genre, avec une légende plaisante, par exemple le Voyageur qui demandée boire {cfafrigidarn^), n'avait qu'un très petit ' cadre, entre plusieurs autres de même forme, et se trouvait au mur d'une sorte de cabaret. Par contre, telle grande fresque à sujet héroïque ornait un trich'nium ou un péristyle. Nous nous perdons d'abord dans les sujets mythologiques ; les guides eux-mêmes s'y perdent et commettent des confusions plaisantes. Le nombre cependant de ces sujets est assez restreint* on a vite fait de s'y retrouver, et, quand on ^'est donné la peine d'en suivre la série, on constate que les mêmes sujets se répètent sans fin. Dans les maisons récemment mises au jour, notamnient dans celle de 1895, les peintures sont des répliques

i. Donne et bien frais.

de sujets déjà traités à Pompéi : Amours tressant des couronnes ou remplissant quelque métier; Hercule enfant et les serpents; Penthée; supplice de Dircé *, etc.

Dès qu'on s'est mis dans Tesprit ces thèmes familiers à tous les Pompéiens, on goûte mieux les variations intentionnelles qu'y introduit le peintre à telle place, et les nombreuses parodies qui répondaient aux sujets sérieux et qui se trouvent partout. Car la fantaisie du peintre groujpait autour de ces grands sujets tout un monde gracieux et bizarre d'Amours, de Faunes, de Centaures, d'animaux et de grotesques, monde sûrement fort goûté des modernes, qui mettraient volontiers au-dessus des autres fresques les danseuses et les Satyres acrobates. Tel n'était pas, je crois, le point de vue des anciens, qui laissaient toutes choses, et aussi les peintures, à leur rang. Je suppose qu'ils s'arrêtaient davantage devant les grands sujets, devant ces héros ou ces personnages tragiques, Thésée, Orphée, lo, Dircé, Médée, dont les grands yeux, pleins d'expression, restent longtemps présents à l'esprit de quiconque a vu les originaux ou de bonnes copies.

1. La légende de Dircé fut de bonne heure familière aux Romains puisqu'un leno de Plaute, Pseud., 195, s'adressant à l'une des femmes qu'il nourrit, lire de là une menace.

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