LES DIVERSES LÉGIONS
Les institutions militaires que j'ai décrites, les transformations que nous avons relevées dans l'histoire de l'armée d'Afrique, ne furent certainement pas particulières à cette armée. Chaque fraction des deux cent mille hommes environ qui assuraient la paix à l'empire, dut s'accommoder
1. Lettre de Sévère, iVip-e?*, m, 11 : quem (militem) quamdiu non timueris, tamdiu timeheris,
2. On lit dans sa biographie, xvii, 7, cette anecdote i Hadrien rencontre aux bains publics un vétéran qui, faute d*aide, se frottait contre le mur : il lui donne des esclaves. Le lendemain, aux mêmes bains, les vieux soldats s'étaient multipliés et se frottaient consciencieusement au mur, sous les yeux du prince : celui-ci leur donna simplement le con* seil de se frotter entre eux.
au climat de la région à laquelle elle était attachée. De là des différences inévitables : les soldats construisaient en Germanie des digues et des canaux de drainage, tandis qu'en Afrique, ils allaient chercher au loin les sources, les amenaient dans de magnifiques aqueducs, et les recueillaient parcimonieusement dans de vastes réservoirs. Ici ils se défendaient du soleil, là des froids et de l'humidité. On a pu aussi distribuer en proportions différentes la cavalerie et Tinfanterie, apporter dans le choix des armes diverses modifications.
Mais ces différences secondaires n'altéraient pas le fond général de l'organisation des armées. Les mêmes principes durent être appliqués au nord comme au midi. Les empereurs ne s'accommodaient pas aux circonstances; ils obéissaient à une nécessité de jour en jour plus impérieuse, quand ils ont décidé de recruter sur place les légions, et quand, par des avantages légaux, par des tolérances de plus en plus larges, ils ont rendu supportables et chaque jour plus douces les conditions de vie du soldat. Le résultat n'est pas douteux. L'empire, avant sa chute, avait su faire aux soldats et aux officiers la situation qui leur convenait. Nous ne voyons pas que ni les uns ni les autres aient désiré autre chose que ce qu'ils avaient*