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LE MONDE BARBARE

Pour une description détaillée du monde barbare, je renvoie aux historiens ^ Rappelons seulement en quelques mots quels peuples se tenaient au Nord, derrière les frontières naturelles de l'empire. C'étaient, au i®^* siècle (l'énumération est de Sénèque) * : au delà de l'Ister, les Daces; au nord du Strymon et de l'Hémus, les Thraces; au nord du Danube, les Sarmates, redoutables surtout par leur cavalerie; au delà du Rhin, les Germains, puissants au contraire par leur infanterie.

Pour plus de simplicité, nous laissons de côté la frontière de l'Est, où les Arsacides ont toujours été pour Rome de dangereux adversaires, et où les humiliations, subies par un empereur prisonnier, ont préludé à la décadence de l'empire. Au Nord, la lutte a continué presque sans interruption, sur la rive des deux fleuves. Sur le Danube, les Q.uades et les Marcomans feront courir à Rome un danger terrible, dont Marc-Aurèle aura grand'peine à la sauver. A l'Ouest, tous les enfants illustres de

1. Tout le monde connaît, en dehors de V Histoire romaine de M. Duruy, les travaux remarquables qui ont paru en France sur ce sujet depuis un demi-siècle, et les noms d'Amédée Thierry, Littré, Gefîroy et Fustel de Goulanges.

2. Sénèque, Quœsi. Nat, ProL, 8. Dans une épigramme de Martial, Epigr. lib. (ou De Spectac), 3, on voit réunis de môme, avec la diversité de leurs mœurs et de leurs costumes, les principaux peuples du monde ancien.

Rome, princes, généraux, écrivains, sont venus combattre ou veiller sur le Rhin ; après César, après les princes de la famille impériale et les futurs empereurs, ici sont venus Agricola, Pline, Tacite; c'est ici encore que Julien s'est d'abord fait connaître Les luttes de Rome et de la Germanie ne cesseront qu'au moment oii, les digues élevées contre la barbarie se rompant, le flot de l'invasion couvrira les Gaules, le Nord de. l'Italie et tout l'empire.

Rome défendait là son territoire suivant ses habitudes. Les formes de la fortification ont varié. A la meilleure époque, sur cette frontière longue de six cents lieues, étaient distribués les camps permanents de huit légions dans les deux Germanies- de deux autres en Pannonie, deux en Dalmatie et deux en Mésie ; toute une suite de châteaux forts étaient reliés par des remparts et des palissades en bois.

Ne croyons pas d'ailleurs que ces forliTications aient établi entre les peuples Une barrière absolument infranchissable. Ces deux mondes de la civilisation et de la barbarie n'étaient pas fermés; il y avait des infiltrations fréquentes de l'un à l'autre. Plus d'un trafiquant gaulois ou italien se risquaient au loin dans l'intérieur avec leurs marchandises, et en rapportaient les produits du pays; par exemple l'ambre et les pelleteries de la Germame; de leur côté les barbares venaient en deçà des limites assiéger les marchés et s'initier à des usages et a une vie qu'ils voulaient connaître, tout en affec-

tant de la dédaigner, et dont ils ne savaient, comme cela arrive toujours, s'assimiler d'abord que les vices.

D'autres nations, portant d'autres noms, vont apparaître au bord des deux grands fleuves limitrophes: lesGoths au commencernent du uF siècle; puis les barbares de la grande invasion; mais la limite et le champ de bataille resteront sensiblement les mêmes. Suivant les époques et aussi suivant les empereurs, Rome emploie à l'égard de ^es ennemis tour à tour la ruse et la force; elle les régente, les pille, les décime, les jette aux bêtes; ou elle les paie, les prend à sa solde, les arme, les instruit : jeux de dompteur maladroit avec le monstre qui doit le dévorer.

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