I. — d'après les monuments figurés
Adressons-nous d'abord à cette dernière source, celle des monuments figurés. Ici la représentation ne sera pas sans doute tout à fait exacte ; les artistes ont pu exagérer certains traits, et, par imitation des Grecs, qui avaient aussi représenté des barbares et chez qui ce type existait sous une forme conventionnelle, les sculpteurs romains, élevés à cette école, ont pu idéaliser iHmage qu'ils proposaient à leurs contemporains. Il est probable aussi qu'ils ont flatté les préjugés de leur temps. Cependant, comme la réalité revenait, par intervalles, sous les yeux des Romains, l'art a dû chez eux s'en éloigner beaucoup moins qu'en Grèce. Que trouvons-nous dans ces monuments?
Dans toutes ces représentations, les barbares paraissaient à titre de vaincus; d'autres, Temper reur, ses officiers, ses soldats ont le beau rôle; aux barbiares on prête un air sombre. Juvénal* en décrivant le trophée d'un vainqueur y ajoute comme trait final :
et summo trisiis captivos in arcu,
(et à rextrémité de l'arc [de triomphe], un prisonnier, à l'air sombre).
Captif et barbare, depuis la conquête du monde, sont termes synonymes. Ils portent les cheveux longs, bouclés ou embroussaillés, et, par là, dès le premier coup d'œil, se distinguent des Romains *. Rien qu'à leur aspect, on devine la rudesse de leur caractère et même une stupidité farouche ; cependant comme il faut aussi qu'ils fassent honneur à ceux qui les ont domptés, on leur donnera la force et le courage, parfois un courage confinant à l'héroïsme.
Par une convention empruntée à l'art grec, mais qui s'accordait en partie avec la réalité, le combattant barbare, germain, gaulois ou breton, était nu ou presque entièrement nu ». Les artistes
2. Tacite, Agr., 39 : Domitianus... emptis per commercia, quorum habitus et crines in captivorwn speciem formarentur (Domitien ayant acheté dans le commerce des hommes dont l'extérieur et la chevelure ressemblaient à ceux des captifs).
3. C'était une manière de montrer combien ils craignaient peu les blessures. Sur le Nil, Ammien, XIV, 4, 3, décrit ainsi les Saraceni : bellatores seminudi, coloratis sagulis pube
profilaient de l'occasion, que leur offraient ces sujets, pour montrer leurs connaissances anatomiques et déployer un talent qui, dans les autres parties vôtues et ornées, restait forcément latent. On s'explique ainsi le nombre de ces représentalions et les chefs-d'œuvre que nos musées nous offrent en ce genre *.
Les artistes mettaient de même à profit ce qu'on rapportait du caractère des barbares. On les disait impatients de tout joug; très jaloux de leur indépendance, et toujours, en fait d'honneurs, prétendant à la première place * ; en face des splendeurs de l'Empire, volontiers indifférents et narquois '; après la défaite, encore indomptés et insolents, s'ils ne s'avisaient pas de se montrer suppliants, mais alors faux et traîtres. Il y avait là un ensemble bien défini, avec des sentimei\jLs très divers, qui permettaient à l'artiste de varier à son gré ses sujets et la forme qu'il leur donnait.
Comme les combattants barbares répondaient, dans les groupes, aux légions, où Ton voyait, à côté des auxiliaires et des simples soldats, les officiers et le général, on devait de même distinguer parmi les barbares, comme dans l'autre groupe, les différentes armures, les chefs et les rois. Les bas-reliefs,
tenus amicli (des combattants étaient à moitié nus, revêtus, jusqu'à l'aine, de saies aux couleurs voyantes).
1. Par exemple le Gaulois que la tradition appelle faussement le Gladiateur^ au musée du Gapitole.