GefTroy, les Barbares^ p. iv
3. Avant de croire que nous ayons ici un extrait des Histoires, j'attendrai : 1** qu'on ait montré, dans la Get^manie, une seule phrase qui la rattache clairement à une grande histoire; 2"* qu'on ait découvert, dans le reste de l'œuvre de Tacite, un second exemple d'une digression en 46 chapitres. La thèse contraire, reprise à nouv.au, a été soutenue par M. Brunot : Un fraQment des Histoires de Tacite, Étude sur le De Moribus Germanorum, Paris, Picard, 1883.
sens particulier; il a aussi, suivant les habitudes de forme de Fauteur, un début et une clausule à effet : le début, imité du commencement de la Guerre des Gaules de César; la fin brusque* et volontairement dédaigneuse, comme il convenait à un écrivain soucieux des faits, non des légendes.
La date de la composition est indiquée au chapitre XXXVII, où l'on voit que l'ouvrage a été écrit après le i® consulat de.Trajan (98) et avant le 3° (100).
L'ordre des matières est nettement indiqué par la phrase de transition, qu'on lit à la fin du chapitre XXVII : tout ce qui précède traitait de l'origine et des mœurs des Germains considéré» en général [in commune)] dans ce qui suit. Tacite parlera des institutions et des usages des diverses nations germaines prises à part [singulœ gentes). Il veut en démêler les traits caractéristiques, et noter celles d'entre elles qui ont passé en Gaule.
^ Première question dont on sent facilement l'importance : Tacite a-t-il fait directement les observations dont il nous communique les résultats, ou parle-t-il d'après autrui ? La première hypothèse, qui s'accorde mieux avec l'estime que nous avons pour la Germanie, avait prévalu jusqu'en ces dernières années; elle avait surtout pour elle un argument tiré des recherches de Borghèsi sur la bio-
\. Quod ego ut incompertum in medio relinquam (comme là-dessus nous ne savons rien de certain, il est inutile d'insister).
300 ROME ET l'empire.
graphie de Tacite. M. Fustel de Coulanges Ta depuis vivement combattue*.
Le mot brillant de Montesquieu sur Tacite « qui abrégeait tout parce qu'il voyait tout * », serait donc faux pour la Germaniey si on ne Tentend pas simplement comme une figure. Ici Tacite a beaucoup abrégé; mais il est possible qu'il n'ait pas ru, au moins pour la meilleure partie, ce qu'il a écrit. Arrc^tons-nous pour plus de sûreté à l'hypothèse négative, et disons qu'à défaut d'observation personnelle, Tacite avait réuni un nombre immense d'informations de tout genre.
Autre question non moins discutée : comment faut-il entendre la phrase assez énigmatique qui termine le chapitre xxxni*? Tacite n'ignorait pas, il le dit nettement ici même, que dans le conflit des nations, c'est à la force, non à la justice qu'est réservé le dernier mot*. A-t-il conçu quelque doute sur la supériorité des forces de Rome, à l'égard des
1. Histoire des Institutions politiques de V ancienne France, t. II, l'Invasion, p. 237 et suiv.