I, 13 i limor est, limor emendalor aapernmus
capables de feinte (IV, 2, 4 et suiv.). Ici tout était vrai, et Pline compare modestement cette grande journée au jour fameux où Eschine lut aux Rhodiens sa harangue et celle de Démosthène (IV, 5).
Après avoir été lecteur, vient pour Pline le moment d'être auditeur. Il Test avec non moins de conviction et de zèle ; il applaudit au grand nombre des lectures. Les lettres n'ont plus leur ancien éclat. Aussi, pour ceux qui survivent, est-ce un devoir de se louer et de se soutenir les uns les autres *. Tel est le sentiment de Pline. La pratique des lectures qui nous semble bien avoir contribué à la décadence, est pour lui tout au contraire un des meilleurs moyens de secouer l'indifférence du public. Tacite était plus clairvoyant '.
Pline, cependant, ne nous dissimule pas les dessous de « ce monde où l'on s'ennuie » qu'a déjà connu l'antiquité. Il raconte lui-même comment les amis, attendus comme des juges, arrivent tard, se tiennent en dehors de la salle, sauf à être renseignés par un esclave, sur le point où en est le lecteur; comment, vers la fin, ils entrent en masse (I, 13) et déploient un enthousiasme d'autant plus vif dans
1. Même sentiment chez Stace; préface du livre I des Silves : Maniliiis certe Vopiscus, vir eruditissimus et qui prœcipue vindicat a situ litlerasjctm psene fugientes (Manilius Vopiscus, un des hommes les plus instruits et qui venge de leur état présent les lettres, qui déjà ont presque fui loin de nous).
2. Remarquez le ton avec lequel Aper {Dial. ix, 15) décrit le poète travaillant jour et nuit, toute une année, « pour prier enfin très humblement des amis de consentira l'entendre» : (ut sint qui diqnentur audire).
la forme qu'il est au fond purement factice. Et Pline de protester. Mais il protesterait bien davantage (VI, 17), si les auditeurs restaient immobiles et muets. Le bel emploi d'une journée consacrée à un ami! Et pourquoi celte contenance? C'était un devoir de conscience d'applaudir celui qui lit, de quelque manière qu'on le juge, à quelque rang qu'on le place. Vous est-il supérieur par le talent? Si l'on montre tant de réserve à son égard, quel sera votre lot? Serait-il votre égal ou votre inférieur? Vous avez encore le plus grand intérêt à placer haut celui que vous égalez ou que vous surpassez. Et telle est la pratique de Pline. Nous l'en croyons de reste.
Nous connaissons, par d'autres que Pline, tel incident plaisant survenu dans ces lectures : ainsi le gros homme qui, pendant une lecture de Claude, a écrasé les sièges au milieu des rires de tous, tandis que le malheureux Claude renouvelait ces rires par sa maladresse *. Mais c'est avec les faits que rapporte Pline, qu'on reconstitue, avec le plus de facilité, l'histoire des lectures publiques au r' siècle. Ne citons que l'anecdote du descendant de Prçperce, commençant des vers élégiaques par Prisée^
1. Suélone, Claud., 41 : cum inilio recitationis, defraciis compluribus svhsellïis obesitate cujusdam, risus exortus essel, , ne sedalo quidem tumultu, temperare potiiit (Claudius) quin ex intervallo subinde facti reminisceretur cachinnosqup revocaret (au commencement de la lecture, plusieurs banc: s'étant brisés sous le poids d'un homme obèse, il s'était élevi. plusieurs éclats de rire; quand le tumulte fut apaisé, Claude ne put s'empêcher de rappeler le fait à plusieurs reprises ce qui à chaque fois renouvelait les rires).
jubés *... quand un jurisconsulte célèbre du temps, Priscus Javolehus, qui était là, interrompt : Ego vero nonjubeo *. On devine les rires.