Pluribus simul loris et iis divcrsis circa forum
42 ROME ET l'empire.
venger la défaite de leur patrie ; le feu détruisit les boutiques qui occupaient la bordure sur laquelle on construisit plus tard les basiliques : boutiques anciennes (VII iabernœ veteres) à la place de la basilique Julia ; boutiques nouvelles, occupées surtout par des banquiers {argentatiœ qux nunc novœ)^ à la place de la basilique j^milia ; de plus le quartier de la prison, vers les scalœ gemonias, au bas du Gapitole, entre le temple de Saturne et la Curie; on l'appelait alors Lautumiœ^ sans doute parce qu'il y avait eu là originairement des carrières ; l'incendie dura une nuit et un jour, et détruisit nombre de constructions privées ; il s'en fallut de très peu qu'il ne consumât les édifices qu'on regardait comme le foyer de la ville, et qui se trouvaient vers l'extrémité est, au pied du Palatin, à savoir : le temple de Vesta et la Ilegia ou autrement la demeure du Summus Ponlifex,
Telle était la disposition de la place avant que le luxe de la Grèce eût pénétré à Rome. Mais dès ce moment, chaque fois qu'un accident, surtout un incendie, avait détruit ou endommagé un édifice, on profitait de l'occasion pour l'agrandir et aussi l'embellir. Le forum était déjà tout peuplé de statues, tout orné de colonnes. L'honneur d'avoir une statue à cet endroit était des plus recherchés ; le Sénat s'en servait comme d'un excellent moyen d'exciter parmi les citoyens une émulation qui profitât au bien public. Les colonnes donnaient à la place un aspect imposant. Vers la fin de l'empire
le dédaigneux Constance, habitué au luxe de Constantinople et des villes d'Asie, resta ébloui en arrivant devant les rostres et en parcourant des yeux toute la place *.
Les habitués tiraient parti à leur manière de la décoration du forum. A Rome comme en province, les colonnes et les statues servaient à se dissimuler, à voir sans être vu : par elles, il était facile d'éviter un fâcheux, un créancier, etc.
De tous les points de la ville le Romain « va au forum » ; c'est la formule stéréotypée; mais là, s'il est cherché et ne veut pas être trouvé, il sait fort bien « fuir derrière les statues et se cacher derrière les colonnes » *. C'est un côté plaisant de la vie ancienne dont il est bon de prendre note.
LE FORUM, CENTRE DE LA VIE POLITIQUE, DU COMMERCE, DE LA VIE RELIGIEUSE, DES CÉRÉMONIES ET DES FÊTES DONNÉES A ROME.
Cherchons maintenant si dans cette place, située à peu près au milieu de la ville comme Rome est
1. Animien Marcellin, XVI, 10, 13 : Cum venisset ad rostra, perspeclissimum priscœ potentiae forum obstupiiit, perqiie omne latus, quo se ociili contulissent, miraculorum densitate prœstrictus... (Arrivé aux rostres, il contempla avec admiralion le forum, où éclatait avec le plus d'évidence l'ancienne puissance du peuple romain, et regardant de tous côtés, il demeurait ébloui par toutes les merveilles qu'il découvrait).
2. Sidoine, Ep. I, H, 7 : fugere post statuas^ occuli post columnas. Apulée, Métam., III, 1 : Columnis implexi... statuis dependuli.,. semiconspicui (perdus dans les colonnes, pendus aux statues, visibles à demi); voir aussi saint Basile, saint Ambroise, etc.
au milieu de Tempire, nous ne pourrons pas, en y regardant de plus près, démêler quelque image des institutions et des mœurs des Romains.
1. On a justement remarqué que dans toutes les villes anciennes, le forum, organe principal de la cité, était le centre de la vie politique, du commerce, de la vie religieuse et des fêtes qui étaient données au peuple. Comment le forum romanum répondait-il à cette quadruple nécessité?
Dans rénumération que nous avons faite, un groupe se distingue d'abord des autres. N'est-il pas clair que le cnmitium^ les rostres, la curie, le temple de Saturne où se conservaient les tables de lois, les décrets et l'argent public, tous réunis vers le nord-ouest, représentent ici la vie politique? La disposition matérielle y réfléchit la hiérarchie des ordres. La curie domine le tout : là siégeait Tordre suprême de TÉtat, le seul qui ait compté d'abord; un peu au-dessous ont pris place les nobles^ associés les premiers au gouvernement; ensuite là plèbe, à laquelle la noblesse a dû faire sa part. C'est dans cet espace de quelques mètres carrés que se sont livrés, au commencement de la république, les plus après combats : luttes des ultras, des Appius par exemple, défenseurs attitrés de l'ancienne constitution, contre les Canuleius, les Terentius, qui conduisaient l'ordre nouveau à l'assaut de la citadelle des vieux privilèges. Pour prendre pied, pour monter ces quelques degrés, il a fallu, à la plèbe et à ses chefs, des années,
presque des siècles ; quand la plèbe a été ou s'est crue victorieuse, quand le comitium arriva au niveau de la curie, la république était près de sa fin.
N'oublions pas que le forum lui-même et tous les partis étaient dominés par le Capitole *, siège et emblème de l'empire. Quand les poètes latins veulent promettre à leurs œuvres une gloire durable, ils les associent dans la postérité à la solidité de la citadelle, maîtresse à tout jamais du monde *. Ils n'ont pas si mal prévu. Jupiter Capitolin a tenu bon tant qu'a duré l'empire; il s'est vigoureusement défendu contre la religion nouvelle; contre les barbares de l'invasion ; mais quelle destinée de finir par n'être plus dans la langue populaire, qui l'a déformé, que le champ d'huile [Campïdoglio) et de dominer le champ des vaches {Campo vaccino)l
2. Voilà pour la vie politique. Comment le forum était-il, au moins dans l'origine, associé à la vie commerciale de Rome? Dans tous les forums italiens il y avait, paraît-il, deux places contiguës,
i. Les conjurés, dans le Jules César d^ Shakspeare, disent avec le double sens qu'on devine : « Le haut Orient est juste dans la direction du Capitole ».