‹ Rome & l'empire aux deux premiers siècles de notre èreChapitre 41 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

I. Le mont Palatin. — Son nom. Il n'y eut jamais à Rome qu'un palatium. Constructions et palais des premiers empereurs. — Palais d^Auguste. Maison de Livie ou palais de Tibère. Constructions de Caligula, de Domitien, de Sévère. — Souvenirs d'époques différentes qui se rattachent au Palatin; monuments de Pépoque primitive; sou venirs chrétiens; habitations des grands citoyens de la fin de la République. Difficulté de rattacher les souvenirs à une place déterminée. — Les fouilles : aspect actuel du Palatin; bel horizon qu'on découvre de tous côtés. — Principaux monuments de l'époque impériale qui se trouvaient réunis au Palatin.

IL Le régime impérial. — Cérémonial traditionnel. — Prise de possession du pouvoir. L'empereur défunt est divinisé. Quels sont, parmi les empereurs, ceux à qui le titre de clivus n'a pas été décerné. — Titres et honneurs décernés au nouveau prince et à sa famille. On reconnaît, dans le nouvel empereur, les vertus caractéristiques des meilleurs Césars. On ne dit rien de leur vigueur corporelle. Mais les biographes louent en Bonosus la faculté de boire impunément. Titre d'Alexandre décerné au nouveau César. — Compliments du sénaL Adclamationes, Attitude générale des sénateurs; ils se précipitent dans l'adulation. Malgré cela le prince reste soupc^onneux. Cruauté de tous les empereurs à l'égard de leurs compétiteurs et de leurs rivaux. — Les empereurs n'admettent pas qu'il y ait aucune limite à leur autorité. Jeux de princes. En très peu d'années, il se forme au palatin une cour et des traditions de cour analogues à celles de l'Orient. — Le régime impérial se soutenait parce qu'il donnait la paix au monde et qu'en

somme les provinces n'étaient pas mal administrées. Mais la ruine financière, de plus en plus menaçante, que les empereurs ne purent conjurer, fit tout sombrer.

UISTORIQUE

Le nom du Palatin est d'origine religieuse : il vient du culte de Paies, une divinité champêtre; mais il est devenu, et très vile, un nom commun « ; tant l'empire semblait acquis d'une manière irrévocable à ceux qui faisaient ici leur séjour. Notons encore que, malgré les accroissements énormes des constructions qui finirent par englober la ville, il n'y eut pas plusieurs « palais » comme il y eut plusieurs forums; Rome et le monde ancien ne connaissent qu'un Palatium, image de l'autorité unique dont tout dépendait : oùx àyxOôv TroXuxotpavir, ^

C'est là que demeuraient, c'est là aussi que se sont faits et défaits les empereurs; chacun y a construit, sauf à détruire d'abord les constructions de ses prédécesseurs; les premiers Césars surtout ont ici laissé leur marque. Rappelons brièvement ce qu'ils ont voulu, ce qu'ils ont fait, et à quels édifices leur nom est resté attaché.

1. Palatium a déjà ce sens dans Tacite. Voir aussi dans Dion Gassius, LUI, 16.

2. C'est un hémistiche d'Homère que cite Domitien (Suétone, 12 fin), quand il apprend que le gendre de son frère avait des esclaves vêtus de blanc {albati) comme Tempereur. Sens : il n'est pas bon qu'il y ait plusieurs maîtres.

Auguste était venu s'établir sur cette colline, où il était né, et qu'il voyait toute remplie des souvenirs de la ville primitive. Sa' maison de simple citoyen, bientôt couronnée de lauriers, agrandie de tous côtés par des adjonctions successives (maisons d'Hortensius, de Catilina, etc.), reconstruite, ornée, « maison de marbre » dans la nouvelle « ville de marbre », fut le premier palais. Quand il fut brûlé, en Tan 3 après Jésus-Christ, et qu'il fallut le rétablir, pour répondre à l'offre de contributions venues de tous côtés, Auguste éleva un édifice, dont l'entrée {propylaia), parle vicus ApoUinis^ était pour les anciens une véritable merveille. Le péristyle qui entourait Yarea Apollinis, pavée de marbre blanc, contenait cinquante-deux colonnes de gîallo antlco : entre les colonnes, on voyait les Danaïdes et leur père; en face, les statues équestres des fils de Danabs. De chaque côté du temple d'Apollon, les deux bibliothèques, l'une grecque, l'autre latine, où n'étaient admises que des œuvres de choix, avec des médaillons des auteurs en or, argent ou bronze repoussé. Au centre des bibliothèques, en face des Propylées, le temple d'Apollon, tout entier en marbre de Carrare, avec des bas-reliefs de marbre de Paros, dus à des artistes grecs. Les deux portes incrustées de bas-reliefs d'ivoire représentaient d'un côté l'extermination des Niobides; de l'autre, la fuite des Gaulois précipités de Delphes.

A ce premier édifice vraiment impérial, s'amorcèrent dans la suite tous les autres. La maison de

CO HOME ET l'empire.

Livie ou palais de Tibère {domus Tiberiana) s'est conservée jusqu'à nous. Calig'ula fit ensuite la folie d'un pont gigantesque réunissant le Palatin au Capitole. Domilien avait construit ici le stade, les grandes salles de réception et les salles de festin. Sévère éleva au sud son Septizonium (le palais aux sept rangs de colonnes superposées). Enfin il n'est pas jusqu'à un petit temple au soleil vers le sud (au nord-est des bains voisins de la Voie Sacrée), qui ne rappelle Elagabal.

A côté de ces monuments des princes, le Palatin conservait et tous les Romains étaient fiers d'y montrer des monuments de Tépoque des rois, et de la lioma quadraia : le temple de Jupiter Stator, la porta Mugonia^ la porta Homanula, et même des Scalœ Cad qui reportaient le visiteur en pleine légende *. Les inscriptions chrétiennes et antichrétiennes du paedagogium (notamment la caricature d'Alexandre, adorant son dieu crucifié à tête d'âne) annoncent les temps nouveaux.

Dans l'intervalle le Palatin avait été habité aux derniers temps de la république par les plus illustres citoyens : Catulus, Scaurus, Crassus, Cicéron

1. Les légendes auxquelles se rapportent ces divers noms peuvent être rappelées d'un mot : le premier fait allusion à la forme carrée (quadrum) de la Rome primitive; le second au temple voué par Romulus, quand la protection de Jupiter arrête {sislit, d'où Stator) la fuite de ses soldats en face des Sabins; le troisième prouve des habitudes agricoles dans ce peuple primitif; le quatrième vient du nom du peuple; enfin le cinquième rappelle la légende du combat d'Hercule et de Cacus qu'a racontée Virgile (.4in., YIII, 185 et suiv.).

lEachma et C", Pari

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