rf., chap. XXX (Peter
Aux grands noms romains qu'on ajoute comme titres au nom du nouvel empereur, on joint dans les vœux et les compliments le nom d' « Alexandre ». En effet, la gloire d'Alexandre le Grand a ébloui tous les princes qui se sont succédé au Palatin, les bons comme les mauvais *.
Le Sénat, en séance solennelle, adressait ses compliments au nouvel empereur sous la forme de ces adclamaiiones^ dont on a de si curieux spécimens dans THistoire- Auguste. A la fin revient souvent la clausule : tous! (Omnes.) Le reste est une série de cris d'adulation, titres pompeux, protestations de dévouement, vœux de bonheur {di te servent^ etc.) *. On a le pendant dans les imprécations et malédictions qui, sous la même forme, sont prononcées contre quelque rival de l'empereur, déclaré ennemi public '. La forme est plus piquante sans doute,
1. Alexandre Sévère Thonore d'un culte particulier; pour marcher contre les Perses, il a soin de se constituer une phalange de 30 000 hommes; l'identité du nom aidait à une comparaison qui revient sans cesse dans sa biographie (v, 1; xxxv, 1; XXXI, 5). Mais avant lui et pour la même raison, Caligula (Suétone, 52 fin) et Caracalla (Spartien, ii, 2) s'étaient proposé le même modèle. Ainsi firent après lui, parmi les trente tyrans, les Macriani (xiv); Quietus, iv et suiv., etc.
2. Claude entreprit vainement de modérer les acclamations trop répétées et trop emphatiques : Dion, LX, 5.
3. Voir les renvois de l'index de Peter. Parmi les adclamationes du Sénat, sanctionnant l'élection d'un empereur, on peut lire : pour Gordien, Gord., ii, 9, et Maximini, xvi, 13; pour Claude d'illyrie, Claud., iv, 2; pour Maximus et Balbinus, Max., n, 9. Gomme exemple d'imprécation, voir Comm., xviii, 3. Après la mort de tyrans comme Ëlagabal ou Domitien, le nouveau prince ainsi Alexandre Sévère), ou celui qui le complimente (ainsi Pline, passim), ne parlent du prince défunt
quand il y a une sorte de dialogue institué entre le prince et le Sénat *. Aucun prince de bon sens n'ignore que, le jour d'un véritable danger, le Sénat ne pourrait pas être pour lui un appui plus sérieux que ces vestales et ces prêtres que Didianus voulait envoyer avec les sénateurs au-devant de Sévère, maître de Ra venue *.
En face de ce pouvoir nouveau et qui semblait tel à chaque avènement, par conséquent jaloux, quelle fut la contenance des sénateurs? Ce qu'elle avait été dès l'origine : tous les nobles et môrtie et surtout les créatures du régime déchu se précipitaient à l'envi dans la servitude, et ce fut un souci pour les empereurs que d'avoir à tempérer leurs indiscrètes adulations. Dion Gassius nous a conté le cas de ce tribun, Sextus Pacuvius '*, qui prétetidit, suivant un usage espagnol, se vouer (xaôoaiwdai) à Auguste, et qui, courant çà et là dans les carrefours, entraîna tous ceux qu'il rencontrait à faire de même. La môme comédie dure toujours. Titres, honneurs, vœux, on prodigue tout au prince vivant, en déplorant la pauvreté de la langue; et cependant le prince n'est jamais satisfait *. On joue avec les
qu'en l'appelant bellua is(a, latro (ce monstre, cç brigand), etc D'autres, comme Didius Julianus, évitent de le nommer.
1. Par exemple, Alex. Sev., vi, 3 (Peler, I, p. 251, 16 et suiv.); Tacit,, n, 3 (P. II, p. 187, 5 et suiv.).