M. Boissier, V Afrique romaine, p. 152 et suiv
que ne faisait-on pas?) : on aura des thermes ou bains publics. Par les deux thermes de Pompéi, qui sont assez bien conservés, nous avons Tidée des bains publics des petites villes italiennes. Ceux de Pompéi ne sont pas très grands; on les chauffait ainsi plus facilement : la presse au bain comptait parmi les plaisirs du lieu ^ Ils étaient déjà très beaux et très décorés. Supposez que rétablissement soit beaucoup plus étendu dans tous les sens; qu'il compte salles d'exercices gymniques, restaurants, boutiques de parfumeurs, bibliothèques, pinacothèques, portiques et péristyles; qu'il soit très richement décoré : on aura les grands thermes de la capitale.
Beaucoup d'entre ceux-ci, et qui étaient célèbres, ont disparu: ainsi les thermes d'Agrippa, ceux de Néron, ceux de Vespasien; il reste le cadre superbe des thermes de Garacalla, et, pour que nous ayons quelque idée de la décoration intérieure, les grandes salles des thermes de Dioclétien qui ont donné des églises à la Rome chrétienne (Saint-Bernard et Sainte-Mari e-des- Anges).
Nous savons, d'une manière certaine, que les empereurs ne se contentaient pas des bains de leurs palais. Alexandre Sévère usait des thermes publics ; on le voyait revenir au Palatin en costume de
1. Épictète, Entretiens, IV, 4, 24 On, trad. Gourd., p. 362 : êv TOt; PaXaveîo'.ç o^Xo<; • xai xt; i^jpLwv où X^^'p^'' "^"n wavTjyupst Ta'jTT), xa\ oôuvoifjisvoç du-f,; dcTiaXXàavsTai; (il y a foule au bain :' et qui de nous ne se réjouit de voir tout ce inonde, qui s'avise, par mauvaise humeur, de s'en aller?)
bain, n'ayant d'autre Signe de son rang qu'un manteau de pourpre*. Hadrien avait fait de même. On le sait par une anecdote célèbre que j'aurai occasion de citer plus loin *.
Dans ces établissements, que remplissait une foule des plus mêlées, régnait une extrême confusion, et les scènes scandaleuses devaient y être continuelles. Passe pour le tapage assourdissant : en dehors des baigneurs qui font du bruit pour se réchauffer ou simplement pour faire du bruit, il y avait les philosophes qui, comme le cynique Théagène, venaient disputer chaque jpur à l'un des grands thermes*, et les poètes qui, comme le vieil Eumolpe du Satyricon^^ tentaient de réciter leurs élucubrations et qu'on chassait à coups de pierres. Malandrins et tire-laine de tous genres affluaient. Malheur aux baigneurs qui ne faisaient pas garder leurs vêtements! D'autres cherchaient des intrigues. Qu'un Elagabal y compte les citoyens affligés de hernies ^ ou y recrute des instruments pour ses honteux plaisirs ®, la preuve, vu le nom, serait insuffisante. Mais par les détails que rapportent Martial et Ju vénal, par les prescriptions mêmes des empereurs, on devine qu'il se passait dans les bains d'assez graves désordres.