‹ Rome & l'empire aux deux premiers siècles de notre èreChapitre 77 sur 246 · Martial, II · texte numérisé non relu

Martial, II

« Hœc sunt... quœ sinu ferebas Per convivia cuncta, yer theatra. »

(Voilà les vers que tu portais, soigneusement cachés, à travers tous les festins, et dans tous les théâtres.)

conseille à Famant non pourvu d'aller chercher sa proie.

Comme cette société mondaine ne peut cependant se livrer à ses caprices qu'autant qu'ils sont partagés et qu'ils s'accordent avec des conventions reçues, comme il lui faut ici s'appuyer sur le goût de la foule, qui lui sert comme de contrôle, il serait très intéressant pour nous de bien connaître l'histoire du théâtre ; de démêler les préférences et les antipathies du public ; de suivre à tous ses degrés l'évolution qui a fait descendre le théâtre romain, des genres les plus élevés, la tragédie traduite ou imitée des grands maîtres, et la comédie de caractère *, aux grossièretés et à l'indécence des mimes et des pantomimes. Le malheur est que, sur les pièces qu'on représentait au théâtre, sur la composition exacte du public et l'intérêt qu'il prenait à la représentation, les renseignements sont rarçs et vagues; si bien que ce qui nous paraîtrait essentiel, est justement ce qui nous échappe plus qu'à demi.

Par contre, grâce à Vitruve, grâce surtout aux théâtres qui nous restent, on peut se faire une idée précise de ce qu'était un théâtre romain. Il nous en reste de toute grandeur. Pour la décoration extérieure, on se guidera sur le théâtre de

1. Nous avons vu qu'un contemporain de Pline le Jeune, Vergiliiis Romanus, composait avec succès des comédies imitées de Ménandre : Ep, VI, 21, 2. Cf. Buecheler, Carm. Epig., I, n° 97.

Marcellus. Pour la distribution et la disposition intérieure, sur le petit théâtre de la villa d'Hadrien, sur celui d'Herculanum ou sur ceux de Pompéi.

On sait quelle est la disposition générale : une sorte d'hémicycle où s'étagent les sièges {cunei), en séries parallèles {prœcmctiones)^ que traversent des allées de sortie {vomitoria). En face un mur décoré de colonnes et de statues devant lequel est la scène. Le tout est découvert; à l'occasion les spectateurs sont protégés du soleil par des voiles. Au dehors, des portiques, qui servent d'abri en cas de pluie, donnent à l'édifice l'aspect monumental.

On voit que ces théâtres différaient des nôtres autant que les théâtres grecs, dont ils n'étaient qu'un dérivé. Nous remarquons surtout qu'ils étaient, presque sans exception, à ciel ouvert *, et ne contenaient souvent qu'un nombre restreint de spectateurs, quoique leur capacité fût très variable. Ils gagnaient naturellement en sonorité ce qu'ils perdaient en étendue. Les acteurs jouaient masqués, dressés et quasi immobiles sur leurs socques ou leurs cothurnes, affublés de robes traînantes et de manteaux magnifiques. Nous connaissons tout ce matériel par les statues, les peintures et surtout parles mosaïques, où les masques et tous les acces-

1. L'exception est le petit théâtre couvert de Pompéi. On peut voir, dans le Timgad de MM. Bœswillwald et Gagns^t, p. 93 et suiv.jla description du théâtre de Timgad, qui c^nt^-.^ ^ nait 4000 personnes, et une comparaison de cet édifice liyèo '' \ les principaux théâtres de l'antiquité. ' ^

soires du théâtre sont un motif habituel de décoration.

On faisait au théâtre comme au cirque un tapage étourdissant. Horace l'avait remarqué de son temps *, et la tradition s'était conservée '.

Que jouait-on sur les théâtres de l'empire? Nous le savons mal, parce que les contemporains, lorsqu'ils touchent à ce sujet, paraissent n'attacher d'importance qu'aux démonstrations du public ou au talent de tel ou tel acteur. De ces pièces, dont beaucoup n'étaient sans doute que de simples canevas, il ne nous est rien resté. Il est probable qu'on voyait se succéder devant les spectateurs beaucoup de reprises à côté, de pièces nouvelles; des tragédies dont l'acteur chantait et mimait [saltabat) les canlica; à côté, des comédies classiques, des tpgatœ^ des prœtexiœ; surtout des mimes et des pantomimes. Ni le sujet des pièces, ni le jeu des acteurs n'étaient en général fort honnêtes. Les philosophes, les poètes eux-mêmes reconnaissaient que l'influence du théâtre était démoralisante ^.

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