Antoine, xcv fin, trad. Amyot, p
Apophoreta étaient, au moins pour une partie *, des objets de prix, et de plus ils étaient appariés. Nous avons vu plus haut qu'en matière de présents, le client prévenait son patron. C'est sans doute en souvenir de cette coutume qu'est établie, parmi les Apophoreta ordinairejfnent distribués, la succession régulière d'un cadeau de riche et d'un cadeau de pauvre, l'ordre de la réalité étant ici interverti, et, de plus, le cadeau du pauvre devenant pour l'ordinaire une parodie du présent du riche. Voici une bourse d'ivoire qui ne contient que de l'or; l'autre en offrira une de bois où l'on ne met que de la monnaie (12 et 13). Tel objet, candélabre, statuette ou autre, donné par le riche en un métal précieux, or ou airain de Corinthe, sera offert par le pauvre en matière vulgaire, argile ou bois. Il se trouvera ainsi que, si le sort assigne successivement à deux convives le môme objet, le premier seul a quelque valeur; l'attribution du second n'est qu'une occasion, saisie par tous avec empresseifient, de railler celui qui a eu la malchance que son nom arrive trop tard.
Pour certains objets, ce contraste ne serait même pas nécessaire, et l'attribution, par exemple, d'une
1. Ainsi tous les cadeaux du riche dans Martial. N'était-ce pas un cadeau de ce genre que ces tablettes de cornaline et de cristal (Sekxâpia, tôv èptotixtôv ôvj^iva xal xpvdTaXXiva) sur lesquelles Cléopâtre écrit à Antoine des lettres d'amour, et que les Romains s'indignent de voir lire par le triumvir, en son tribunal, alors qu'il « rendait droit » aux princes et aux rois? (Plutarque, Ant., lxxvi, p. ^68.)
besace ou d'un mamillaire à un homme *, ne peut qu'être plaisante.
11 suffît de faire un pas de plus pour arriver aux tombolas où les devises cachent de gros calembours. On s'en amusait beaucoup chez Trimalcion et aussi à la cour d'Élagabal '.
J'ai indiqué sur quelle combinaison principale reposait cette espèce de jeu de société. Les objets donnés étaient des plus variés : vêtements, meubles divers, instruments de musique, livres, objets de toilette, animaux domestiques, esclaves de luxe. Beaucoup de détails de mœurs nous sont ainsi révélés en passant; rien que par la succession même qui était nettement déterminée, nous sommes renseignés sur l'estime qu'on avait pour tel objet, telle matière ou tel ouvrage. Il est vrai que le texte de ce livre de Martial paraît altéré en plus d'un endroit, et qu'il faut l'aide de corrections et de conjectures pour revenir à l'ordre primitif.
Parmi les cadeaux énumérés par Martial, il en est qui nous intéressent particulièrement, je veux dire les objets d'art. La liste donnée par le poète
1. Le mamillaire est une espèce de corset pour femme; toute besace fait penser aux mendiants.
2. Citons d'après Pétrone (56) un exemple qui soit clair : le billet tiré portait : murœna et litera (une murène et une lettre) : voici le cadeau : murem cum rana fascemque hetx accepit (il reçut un rat et une grenouille, par calembour avec le mot latin [murxnà]^ et une botte de bettes ou poirées, par calembour avec le nom de la lettre grecque p). Pour Elagabal, voir sa vie dans VRistoire-AugusteoMchw^iiT^ xxn. Mais ne pas oublier qu'on s'amusait de même, ou peu s'en faut, à la cour d'Auguste (Suét., 75).
nous apprend en effet quels sont ceux qui ornaient ii
les tables et les buffets des riches Romains, et $
ceux auxquels il était de mode alors de donner la ..J
préférence. Nous reviendrons sur ce sujet en un autre chapitre.
Si le dicton est vrai : n Dis-moi ce que tu donnes, où et comment tu donnes, je te dirai qui tu es », on a pu, d'après ce qui précède, saisir tout au moins quelques traits du caractère des Romains de Tempire.