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CHAPITRE VI

LES FUNÉRAILLES i

Comment par les cérémonies des funérailles on peut juger du climat du pays où elles étaient en usage, et souvent retrouver par quelles croyances a passé le peuple où elles se sont conservées.

I. Les funérailles à Rome. — Elles étaient caractéristiques; vive impression qu'elles avaient faite sur Polybe. — Gomment elles se célébraient d'habitude. Luxe déployé dans les funérailles des riches. Funérailles des empereurs. Funérailles d'Auguste, de César. — Habitudes qui étonnent les modernes : représentation du mort par un mannequin, avec une tête en cire; représentation vivante par un histrion. — Les funérailles romaines différaient principalement de celles des Grecs par la procession des imagines et par la laudalio.

II. Tombeaux. — Tombeaux qui ont subsisté à Rome et en province; un grand nombre a péri. — Dépenses habituelles pour un tombeau. Formes adoptées. Inscriptions. Peintures et bas-reliefs trouvés dans les tombeaux. — Les gémonies. Les Puticuli.

Les croyances et Tesprit d'un peuple se reflètent dans ses traditions, dans ses usages et dans ses institutions; elles paraissent surtout dans celles qui accompagnent le début et le terme de la vie.

1. Pour la bibliographie de ce chapitre, je me borne à renvoyer à l'article récent (Funus, Rome) de M. Cuq dans le dictionnaire de Saglio.

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Pour la naissance, les Romains avaient bien des usages qui leur sont particuliers, ou du moins qui ont pris chez eux une forme particulière, et où on peut reconnaître leur esprit : la puissance paternelle se manifestait à Rome par l'acte de recevoir Tenfant {suscipere); plus tard on lui donnait un nom, une bulla; il était devenu une personne; à partir de Marc-Aurèle, on inscrivait son nom sur les registres publics : il sera dès lors un citoyen.

Mais les cérémonies qui entouraient la mort étaient à Rome bien plus caractéristiques. L'enfant ne représente que des espérances, et il appartient à ses parents; au contraire, après une longue vie, le citoyen, ouvrier bien souvent de sa fortune et de sa notoriété, n'attendait pas le moment fatal pour défendre son nom contre l'oubli. Il choisissait d'avance la place de son tombeau et en réglait la construction ^ Dans les grandes et glorieuses familles, il y avait à ce moment accord de toutes les volontés : celle du mort, que son testament venait de faire connaître ; celle des siens, qui s'efforçaient de rehausser l'éclat de la solennité ; celle de l'État, qui tenait à se montrer reconnaissant des services qu'on rendait à la patrie. Dans les cérémonies funèbres en usage sous l'empire, on retrouvait la trace des sentiments les plus divers : traces

4. De là cette formule si fréquente des inscriptions : V (ivus) F (ecit), ou V (ivus) F (aciendum) G (uravit); ou V(ivus) H(oc) S(ibi) F(ecit)M (onumentum) (c'est-à-dire telle personne [dont le nom vient d'être donné] s'est fait,s*est fait faire, de son vivant, son tombeau).

de l'orgueil aristocratique des gentes; préoccupations politiques plus ou moins habilement dissimulées; reflet des croyances de la race, ou plutôt des croyances qu'elle avait eues autrefois ou par lesquelles elle avait passé, et qui, presque toutes, avaient laissé quelque marque dans un rite ou un usage maintenant inexpliqué et parfois mal compris. Par la manière dont un peuple ensevelit ses morts, on apprend d'abord sous quel climat vivait ce peuple, et de quelles ressources il disposait dans la terre qu'il habitait : on opposerait ainsi les funérailles arabes au désert, à celles de quelques peuples d'Europe, des habitants de la Bohême en hiver ou des Lapons en toute saison *. D'après elles, on sait si tel peuple pouvait facilement creuser le sol; s'il avait trouvé du bois à bon marché, etc. Mais à ce point de vue, il* n'y a pas d'indications caractéristiques dans les funérailles des Romains, par la raison simple que l'Italie est un pays tempéré; que le froid et la chaleur n'y soiit jamais extrêmes; que la terre peut là se creuser; que le bois, sans être commun, y est moins rare qu'en

1. On sait que l'Arabe recouvre le cadavre d'une faible couche de sable; le corps se dessèche presque aussitôt. En Laponie, on recourt à la congélation : les corps restent dans des espèces de caveaux provisoires jusqu'au moment où la saison permet de les déposer au cimetière. En Bohême, le mort est placé l'hiver sur un traîneau, et l'on suit la rivière; les parents en habit tirent ou poussent le traîneau; les invités patinent autour. Dans les Pyrénées, près de Luchon, on cite tel village où l'on n'enterre pas, le sol manquant; suivre les chemins serait dangereux : le cercueil est attaché à une corde et ainsi descendu dans une plaine voisine.

d'autres pays, moins rare par exemple qu'en Attique. Les Romains ont donc pu, à la fois et à volonté, brûler ou enterrer les corps des défunts.

Dans les funérailles primitives, y avait-il des usages où se conservât le souvenir des pays habités par leur race ayant son établissement en Italie? Nous n'en voyons pas trace dans ce que nous a fait connaître la période classique.

Par contre, dans certains rites de date récente, nous, retrouvons le souvenir et en quelque sorte la survivance de croyances disparues; ainsi dans la cérémonie romaine de Vos resectum ou exceptum * qui se faisait après la crémation, autrement dit rhabitude de séparer du cadavre une très petite partie, par exemple un doigt, qu'on mettait en terre. Comment expliquer ce singulier usage?

Sans doute par le fait qu'à l'origine tous les corps devaient être enterrés, et qu'il y avait sacrilège quand le corps n'avait pas été rendu à la terre ; l'usage ayant cessé, l'ancienne obligation s'est transformée en ne laissant après elle qu'un symbole qui en conservait le souvenir. De même, on plaçait, près du corps, des aliments, les armes, les bijoux du mort, parce que, suivant l'ancienne croyance, le mort devait retrouver dans la tombe les besoins et les plaisirs qui avaient rempli sa vie * : deux exemples qui nous autorisent à chercher dans

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