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supprimé Tautre ; enfin les formes de rituel comme celle que j'ai citée, où Ton reconnaît une fiction qui marque le passage d'un usage à l'autre. Je me borne ici aux données générales qui sont proprement d'ordre historique.
Voici d'abord le cadre habituel des funérailles.
Après la mort d'un Romain, les citoyens étaient convoqués à la maison mortuaire; le lit funèbre, placé à l'atrium, était enlevé à dos d'hommes; le cortège s'organisait : en tête défilaient les images. Le mort était revêtu du costume national, la toge. Il portait la prétexte s'il avait été magistrat, la robe triomphale s'il avait obtenu le triomphe; de toute manière, le vêtement le plus riche qu'il eût jamais revêtu aux jours les plus solennels. Près du mort se tenaient les parents en vêtements de couleur sombre; c'est seulement sous l'empire, ou plus exactement après Auguste \ que les femmes adoptèrent le blanc comme couleur de deuil. Autour des parents, les pleureuses chantaient leurs nœniœ avec accompagnement de joueurs de flûtes et faisaient tout retentir de leurs cris. De tous côtés, on brûlait de l'encens et des parfums. Pour les dtoyens ayant un nom, on s'arrêtait au forum, où le plus proche parent prononçait l'éloge du mort ; de là on
1. Sous Auguste, le changement n'avait pas eu lieu encore, puisqu'on lit dans Tibulle-Lygdamus, 111, 2, 18, en parlant de Neère et de sa mère :
ossa Incinctœ nigra candida veste legent
(elles réuniront mes os blancs, couvertes de noirs vêtements).
430 ROME ET L*EMPIIIE.
gagnait le lieu du tombeau où le mort était enterré [situa est) ou brûlé. Près de la fosse ou autour du bûcher, on tuait parfois les animaux familiers qu'avait aimés le défunt, et on plaçait ou Ton détruisait avec lui les objets qui lui étaient chers, des armes, etc. ^ Quand il y avait crémation, les os étaient recueillis [ossilegmm) et placés dans Turne [ossa componeré) qu'on couronnait de fleurs.
Pour honorer le souvenir d'un de leurs membres, les grandes familles faisaient des distributions d'argent, offraient des repas publics, et surtout donnaient des jeux. Ceux-ci avaient lieu primitivement dans les forums de Rome ou d'Italie, et consistaient surtout en combats de hèies (venationes) ou combats de gladiateurs. Une famille noble aurait dérogé, si elle eût manqué à ces usages. Discours, jeux ne suffisaient pas à l'ostentation de quelques-uns : ils écrivaient ou faisaient écrire un livre sur la vie de celui qu'ils avaient perdu; ils le faisaient réciter devant un grand auditoire, et en répandaient des exemplaires dans toute l'Italie et dans les provinces, en priant les décurions de choisir la meilleure voix de l'endroit pour en édifier les habitants'.
Aussitôt après les funérailles, on purifiait la maison; neuf jours après, on célébrait un repas funèbre [novemdialia ou feriœ novemdiales) ; on purî-
1. Ainsi fait Régulus pour les petits chevaux, les chiens, les oiseaux familiers de son fils; Pline, Ep. IV, 2, 3. On voit par le testament du Gaulois Lingon (Bruns, Fontes juris, p. 297, n) qu'il a fait brûler avec lui tous ses instruments de chasse.
2. Ainsi Régulus après la mort de son fils, Pline, Ep, IV, 7, 2.
fiait la famille {feriœ denicales). Enfin ceux qui conservaient la mémoire du défunt, célébraient annuellement, après le 21 février, pendant plusieurs jours, une fête spéciale [feralia placandis manibus : proprement : fête funèbre pour apaiser les mânes).
Tel était le cadre général qui n'a pas changé. Mais on devine bien que, quand Torgueil de Taristocratie augmenta et que le luxe s'introduisit partout, la tradition ici encore se transforma dans le même sens. Aux funérailles des nobles se pressait un cortège immense; dans les fêtes données au peuple, datis les tapis, les vêtements déployés, dans les bois précieux, l'or prodigué partout, mais surtout dans les parfums brûlés à cette occasion, on faisait parade d'un luxe inouï. Dans chacune des Silves adressées à un de ses protecteurs, frappé de quelque deuil {epicedia), Stace consacre des séries de vers à énumérer tous les produits d'Orient et d'Arabie consumés autour du bûcher. Ainsi se manifestait, non sans étalage, la piété des survivants.
Avant les sépultures fastueuses qui rivalisèrent avec les pyramides et les mausolées d'Orient, Rome avait vu, dans les funérailles mômes, deux statues de cinnamome et de myrrhe dressées aux frais des dames romaines et représentant l'heureux Sylla * ; et, une autre fois, un masque de perles précieuses reproduisant les traits du grand Pompée*. Tacite