SANTA MARIA DELL A PACE
SANTA MARIA DELLA PACE
(Sainte-Marie-de-la-Paix.)
Sur la place du même nom, près de la place Navone. Edifiée en 148-7 sous la direction de Baccio Pintelli, par ordre du pape Sixte IV, pour consacrer le souvenir des traités de paix qui furent échangés, à cette époque, entre les différents princes de la chrétienté. Agrandie pendant le pontificat d'Alexandre VII, sous la direction de Pietro da Cortona, qui dessina le plan de la façade et du portique en hémicycle, soutenu par des colonnes doriques. L'intérieur se compose d'une nef unique avec chapelles latérales et. d'un dôme octogonal. Jusqu'en 1825, propriété des chanoines de Sainl-Jean-de-Latran.
Bas côté de droite.
Première chapelle. La façade que traversent des piliers surmontés d'une corniche, et dont la partie centrale est coupée par une coupole demi-circulaire, est décorée sur deux rangées superposées de peintures, représentant : en bas, les Sibylles; en haut, les Prophètes.
Raphaël Sanzio (Raffaello Santi dit). — Raphaël. * Les Sibylles.
« Les quatre Sibylles sont debout, penchées ou assises, pour s'accommoder à la courbure de la voûte, et de petits anges, leur présentant le parchemin pour écrire, achèvent de former le groupe » (Ch. Blanc).
A gauche, la Sibylle de Cumes, en robe rose, manteau violet à doublure verte, vue de face, est assise, tenant, de sa main gauche, un livre fermé et prenant, de la main droite levée, un rouleau que lui tend un ange volant, vers lequel elle tourne son visage « au regard fier et sauvage, à étrange grandeur semi-animale, semi-divine des êtres primitifs ». Sur le rouleau, on lit, en lettres] grecques : La Résurrection des Morts.
La Sibylle Persique «douce jeune femme, dans la fleur de Page, dont
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le contour arrondi du visage annonce la plus parfaite bonté tranquille », assise contre le cintre de la voûte, se soulève pour écrire sur une tablette que lui présente un ange agenouillé, qui, de la main droite levée, lui montre le ciel. Sur la tablette, on lit : Il aura la destinée de la mort. La Sibylle est vêtue d'une robe verte, d'un manteau jaune et coiffée d'un turban gris. Entre ces deux figures, un petit ange nu est accoudé sur un cartouche ; à la clef de voûte, sur un piédestal, un petit ange nu, un genou en terre, tient un flambeau.
A droite, faisant pendant à la Sibylle de dîmes, la Sibylle de Tibur, « qui conserve, en dépit de sa vieillesse, un air de majestueuse dignité », vêtue d'une robe violette, un capuchon jaune encadrant son visage et retombant en plis sur sa poitrine et sur ses épaules, appuyant ses deux mains sur le bras de son trône, un livre ouvert sur ses genoux, se tourne de profil à gauche vers la Sibylle de Phrygie. Celle-ci, debout contre le cintre, sur lequel est posé son bras droit, en robe blanche et manteau rouge, le corps à droite, tourne son visage juvénile à gauche vers un ange assis qui lui montre sur une tablette cette inscription : Le ciel entoure le vase de la terre. Entre les deux Sibylles, un petit ange nu, appuyé sur une tablette où se lisent les mots : J'ouvrirai et je ressusciterai. A l'angle de la composition, vole un ange déroulant un parchemin où sont inscrits ces mots, empruntés à une églogue de Virgile : Déjà, une génération nouvelle.... Ces figures se détachent sur un fond architectural très sombre.
11 existe un grand nombre d'études pour ces fresques. Parmi les plus importantes, nous citerons : à Oxford, un carton de l'ensemble, d'une authenticité douteuse, peut-être une copie de la fresque, par un élève de Raphaël, et une esquisse de la Sibylle de Phrygie; un autre dessin de l'ensemble, à Stockholm, et un de la Sibylle Persique avec l'ange ; à l'Albertine de Vienne, la Sibylle de Tibur, et la Sibylle de Cumes, accompagnée de l'ange. Voir la liste complète des études dans Pass. (11,1*2) et Cr. et Cav., {Raph., h, pages 213 à 221). Les gravures les plus célèbres sont celles de Volpato, Romae 1712 ; Dieu, Landon, etc.
D'après Milanesi (Vas., iv, ui), les peintures de cette chapelle furent commandées à Raphaël par Agostino Chigi, du vivant de Jules II, mais elles ne furent exécutées que sous Léon X, entre 1514 et 1519. 11 est certain que Vasari se trompe lorsqu'il accorde à ïimoteo Viti une collaboration quelconque dans les Sibylles. Sa participation dans la décoration de la chapelle consiste vraisemblablement dans l'exécution de la rangée supérieure représentant les Prophètes (voir ci-dessous). D'ailleurs Vasari infirme lui-même cette opinion consignée dans la Vie de T. Viti (iv, 495); car, dans la Vie de Raphaël, il déclare que ce peintre exécuta non seulement les cartons, mais les peintures des Sibylles qu'il considère comme son œuvre la plus rare et la plus excellente. De plus Raphaël seul toucha le prix fixé pour les fresques des Sibylles et le règlement de ce compte donna lieu à une discussion assez plaisante que relate Francesco Bocchi : « Raphaël avait reçu, parait-il. un premier acompte de 500 écus. Lorsque le travail fut terminé, il demanda au caissier de Chigi le surplus de la somme ; et comme des difficultés s'étaient élevées, il offrit de faire estimer la décoration par un homme compétent qui devait juger si sa réclamation était fondée. Connaissant la rivalité de
ÉGLISE SANTA MARIA DEL LA P Ai IE
Cliché Anderson. Typogravuie Jean Malvaux.
aphael Sanzio (Raffaello Santi dit). — Raphaël. Les Sibylles (Détail).
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Raphaël et de Michel-Ange, le caissier choisit ce dernier comme arbitre, s'imaginant qu'il déprécierait le prix de la peinture. Buonarroti, après longue hésitation, consentit enfin à suivre le caissier de Chigi. Il demeura longtemps à contempler la fresque de Raphaël, sans proférer une parole; puis, comme on le pressait de donner son avis: « Cette téte, dit-il, en montrant du doigt une des Sibylles, vaut à elle seule cent écus. — « Et les autres ? reprit le caissier. — Les autres ne valent pas moins, » répondit Michel- Ange. Chigi ayant eu connaissance de cette réponse, s'exécuta de bonne grâce, suivant son habitude, et fit compter à Raphaël cent écus pour chaque figure. En les lui envoyant par son caissier, il ajouta : « Tâchez que Raphaël soit content, car, s'il se fait encore payer « les draperies, nous allons bientôt être ruinés. » — « Les superbes figures des Sibylles sont si magistralement exécutées qu'il n'est pas permis de douter qu'elles ne soient entièrement de la main de Raphaël. Sous quelques rapports, elles se rapprochent des Trois Vertus cardinales, peintes dans la chambre de la Signature, mais elles sont traitées plus librement, quoique avec le même soin, mais avec plus d'ensemble et de puissance dans l'effet, plus de vigueur et de chaleur dans le ton. Vasari prétend que Raphaël a peint ces Sibylles, après avoir admiré les peintures de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine, et que la vue de ces magnifiques fresques lui fit, tout à coup, changer sa manière, en lui conseillant de donner à ses œuvres un cachet plus grandiose; ce sont là deux faits distincts; le premier seul est incontestable. Quant au second, il n'a rien de sérieux, attendu que le style grandiose de Michel-Ange n'a influé que d'une manière générale, sur le développement du génie de Raphaël, et cela, sans lui faire perdre son individualité et même sans lui faire adopter aucun style étranger à cette individualité si franchement caractérisée. Bien plus, ces fresques prouvent de la façon la plus péremptoire la vérité de ce que nous venons de dire, en ce qu'elles révèlent partout le génie de Raphaël et que l'on n'y saurait découvrir la moindre imitation de Michel-Ange » (Pass., ti, tu). — « Pour l'originalité et le grandiose, rien ne dépasse les Sibylles de Michel-Ange. Pour la beauté des lignes et des formes, le charme de l'expression, la grâce des tournures, rien n'atteint les Sibylles de Raphaël. Les unes frappent l'esprit par leur majesté. Les autres, par leur douceur et leur noblesse, touchent, attachent et élèvent l'âme » (ld.. i, 1S6). — Quatremère de quincï (Histoire de Raphaël) prouve, lui aussi, que Raphaël ne s'est nullement inspiré de Michel-Ange dans ces fresques : « On dirait, au contraire, que, guidé par une tout autre inspiration, i se serait proposé de montrer, dans toutes les parties de son œuvre, précisément ce qui manque aux représentations de son prédécesseur, c'est-à-dire la noblesse des formes, la dignité du caractère, la beauté des physionomies, la propriété du sujet. Michel-Ange, d'autre part, n'a jamais porté plus loin, que dans les Sibylles de la Sixtine, une sorte d'étrangeté de costumes et de formes, une manière d'être qui n'est, ni féminine, ni virile, et dont le type n'a aucun analogue. Raphaël n'a guère présenté dans aucun de ses ouvrages, de conceptions plus nobles, plus gracieuses, plus religieuses, à la fois, que celles de ses Sibylles; la grâce, la beauté, la variété des ajustements y sont au niveau de l'élévation du caractère et des hautes pensées, dont elles deviennent, pour les yeux, l'expression sensible. » — « Silencieuses, pacifiques, ce sont bien là des créatures surhumaines, situées, comme les déesses antiques, audessus de l'action; un geste calme leur suffit pour apparaître tout entières ; leur être n'est pas dispersé ni transitoire; elles subsistent, immuables, dans un présent éternel. Il ne faut pas chercher ici l'illusion, le relief; une pareille apparition est un rêve ; et, c'est les yeux fermés, dans les grands moments d'émotion, qu'on peut les retrouver.... Si, un jour, effaçant de notre esprit tous les souvenirs tristes et laids de la vie, nous pouvions entrevoir un tel groupe d'adolescents, d'enfants et de femmes, nous serions heureux, nous ne concevrions rien au delà » (Talne, Voyage en Italie, 257). — « Très différentes de l'idéal représenté dans les Muses antiques, ces figures de femmes inspirées, appartiennent à la symbolique du moyen âge, de même que les anges qui servent à les caractériser. Michel-Ange avait concentré tout le surnaturel dans les figures mêmes des Sibylles, en sorte que les enfants n'étaient guère qu'un
ROME
accompagnement, une suite. Plus tard, chez le Guerchin et le Dominiquin, les enfants disparaissent, et la Sibylle seule soupire dans le tableau. Chez Raphaël, au contraire, la réunion des Sibylles et des anges exprime l'enthousiasme de la* révélation et de la connaissance. On ne songe pas à remarquer que les anges sont de dimension plus petite ; les Grecs, d'ailleurs, représentaient le suivant plus petit que le héros môme. L'ordonnance, la parfaite symétrie, la beauté des formes et des expressions placent cette œuvre parmi les plus accomplies de Raphaël, et de toutes les fresques du maître, c'est peut-être celle qui éveille le plus iti la sympathie du spectateur » (BcncK., 694). — « Les Sibylles sont un produit mixte dans lequel devrait prédominer l'inspiration chrétienne : mais l'artiste qui avait peut-être à subir les exigences de Chigi s'est plutôt inspiré des statues et des bas-reliefs antiques qui captivaient alors son imagination. Il voulut réaliser, à sa manière, cet idéal de beauté qui avait ravi les Grecs dans les oeuvres de Praxitèle, à l'époque où l'art s'était complètement émancipé des traditions religieuses. Qu'on se figure les quatre Sibylles, dépouillées de leurs vêtements, et on aura devant soi, les trois Grâces et une des Parques qui est certainement là pour servir de contraste. Lors même que l'on exhumerait de quelque ruine jusqu'à présent oubliée, l'un des produits les plus gracieux du pinceau grec dans le siècle le plus riche en ce genre, il serait difficile de trouver quelque chose qui surpassât ces figures, soit par le charme de l'expression, soit pour la grâce des mouvements, soit pour la beauté harmonieuse des lignes et des formes » (Rio, Art chrétien, iv, soc). D'après le même auteur (id., soi) parmi ces Sibylles se trouve l'image de la belle Impéria, la courtisane dont son patron voulait immortaliser la mémoire et que Raphaël peignit, d'ailleurs, dans la fresque d'Héliodore, au milieu du groupe de femmes réunies au premier plan.
Au-dessus des Sibylles :
Viti (Timoteo) ou délia Vite. — Ferrarais. 1469;fl525. * Les quatre Prophètes.
A gauche, est assis le prophète Daniel, en vêtement vert et manteau rouge. Il écrit sur une tablette qu'il appuie sur son genou et tourne la tête a gauche vers le roi David. Celui-ci, debout en robe violette et en manteau vert, tient, de ses deux mains, une tablette sur laquelle on lit : RESVRREXI ET ADHUC SVM TECVM (Je suis ressuscité et je suis encore près de toi). Au second plan, devant un motif architectural, un ange, bénissant Daniel.
« Une inspiration divine éclaire le regard du jeune Daniel, un geste élégant, la grâce, le naturel et l'abondance de ses draperies lui prêtent quelque chose d'auguste et démontrent, qu'on pouvait, après Michel-Ange, trouver une autre façon de s'élever jusqu'au sublime » (Ch. Blanc).
A droite, le prophète Jouas, debout, drapé dans un manteau jaune, les yeux levés au ciel, appuie sur son genou une tablette, et le prophète Osée, assis, en manteau violet, montre du doigt une tablette qu'il tient ' à la main et sur laquelle on lit : SVSC1TAY1T EVM DEYS POST B1DVM DIE