‹ Rome: Le Vatican, les eglisesChapitre 105 sur 140 · CH1ESA DEL GESE · texte numérisé non relu

CH1ESA DEL GESE

Transept gauche :

Chapelle de Saint Jgnace .

(Construite par le P. Pozzo).

Les peintures de la voûte sont du Bacciccio. Elles représentent : L'Apothéose de saint Ignace.

Sur l'autel, devant la statue en argent du saint, par Legros, entre les groupes en marbre du même Legros et d'un autre artiste français J. Théodon •

Pozzo (fe Père Andréa).

Saint-Ignace.

Sur l'autel en face, construit d'après les dessins de Pietro da Cortona :

Maratta (Carlo).

La Mort de saint François-Xavier.

ROME

SAN ANDREA DELLA VALLE

(Saint-André-de-la-Vallée. )

Sur le Corso Vittorio Emmanuele, vis-à-vis le Palais Valle, construite en 1591 sous la direction de Pietro Olivieri, terminée par Maderna. La façade, qui date de 1665, est de Ch. Rainaldi. A trois nets.

Il Domenichino et Lanfranco.

Décoration du dôme central .

Cette peinture, entreprise en 1621, ne fut terminée qu'en 1625; depuis longtemps Lanfranco avait obtenu du cardinal Alexandre Montalto cette commande; mais lorsque la construction de l'église fut terminée, le cardinal, oubliant sa promesse, en avait confié au Dominiquin toute la décoration; sur les réclamations de Lanfranco, le cardinal se ravisa; mais on eut toutes les peines du monde à faire entendre raison au Dominiquin qui lui aussi avait une commande en bonne forme ; il lui fallut pourtant se résigner à partager avec Lanfranco l'honneur d'une aussi belle entreprise;. mais il lui en garda toujours rancune. — «.Donc, tandis que Zampieri peignait les quatre pendentifs, Lanfranco se préparait à renouveler, dans la coupole, l'effet prodigieux qui l'avait émerveillé dans la décoration duGorrége à Parme. Je dis l'effet, car en somme, c'était l'unique préoccupation de Lanfranco qui se trouvait ainsi, non seulement le rival du Dominiquin, mais son antipode; car, autant la composition de ce dernier est expressive, et s'adresse à l'âme, autant celle de l'autre est décorative, c'est-à-dire inventée, agencée, éclairée et tachée de couleurs, pour le seul plaisir des yeux» (Ch. Blanc). — Toute la ville de Rome courut voir cette décoration lorsqu'elle fut découverte; et, comme il arrive toujours quand deux rivaux sont en présence, les spectateurs se divisèrent en deux camps, les uns préférant de beaucoup les fresques du Dominiquin, les autres sacrifiant le maître bolonais au praticien vaillant et terrible, comme ils le disaient, qui avait su recommencer le Corrège et donner à l'Italie un nouveau modèle de grande machine. Mais au nombre des premiers, se trouvait Nicolas Poussin, et celui-là eut bientôt distingué entre la sincère éloquence du Dominiquin et la vaine rhétorique de Lanfranco. Son jugement a été celui de la postérité.

A la coupole :

Lanfranco (Giovanni).

Le Paradis.

Cette coupole remplit parfaitement le but que s'était proposé le peintre, et qui consistait à faire disparaître les pierres de l'édifice pour

ÉGLISE SANTA ANDREA DELL A VALLÈ

Cliché Anderson. Typogravure Jean .Malvaux

Domenichino (Domenico Zampieri dit II). — Le Dominiouin. L'Évangéliste Saint Mathieu.

SAN ANDREA DELLA VALLE

y substituer une sorte de Paradis lumineux, au sein duquel apparaîtraient la Vierge, les Anges, les Prophètes, les Apôtres et les Martyrs gravitant autour de Jésus-Christ, d'où émanerait toute la lumière.

Avant de commencer son travail, Lanfranco exécuta sa composition sur un carton de 1 mètre 40 qu'il colora à l'aquarelle. « Répandue sur tant de figures qui vont graduellement resplendir ou s'éteindre, suivant qu'elles s'approchent ou s'éloignent du centre glorieux, la lumière est habilement soutenue par des valeurs fermes, quoique reflétées, que forment les draperies plus ou moins brunes, distribuées avec art, pour les besoins du clair-obscur et la magnificence de l'effet. Voulant exalter la splendeur de la lumière dans le lanternon de la coupole où nage la figure du Christ, il employa l'artifice d'une grosse guirlande de fleurs, tenue par sept anges, laquelle, par un ton vigoureux, s'oppose à la lumière centrale et la surexcite. Lanfranco s'est d'ailleurs bien gardé de préciser les silhouettes de ses figures. Il en a laissé perdre, au contraire, tous les contours, les noyant dans les lumières du Paradis, de sorte que chaque figure, bien qu'elle ait, en son milieu, un relief suffisant, se fond dans l'ensemble et n'y joue qu'un rôle inaperçu, de même qu'en un grand orchestre, chaque instrument se modère et s'efface au profit de l'harmonie générale, qui doit seule triompher (Ch. Blanc).

Aux pendentifs de la voûte :

Domenichino (Domenico Zampieri, dit II). — Le Dominiquin. * Les quatre Évangélistes.

Saint Mathieu. — L'Évangéliste, en vêtement violet et manteau vert, est assis, les jambes croisées, tenant, de la main gauche, un livre ouvert posé sur l'arc de la voûte. Son coude droit est appuyé sur son genou, de la main droite, il soutient son visage qu'il tourne à gauche et il semble lire sur une tablette que lui présentent un ange et un chérubin ; un ange, au second plan, embrasse une croix; à ses pieds, un autre ange, debout sur un piédestal, porte, sur sa tête, un berceau dans lequel un enfant déroule une banderole.

Saint Luc. — L'Évangéliste, en vêtement jaune et manteau bleu, est assis, de trois quarts tourné vers la gauche, le visage vu de face. De ses deux mains levées, il tient un rouleau que déroule un ange, et sur lequel on lit : fvit sacerdos. A droite, deux anges portant un tableau sur lequel sont représentés la Vierge et l'Enfant Jésus. A ses pieds, sur un nuage que soutient un ange debout sur un piédestal, volent deux anges présentant les insignes du grand prêtre, le pectoral et le bonnet. Au second plan, le bœuf.

Saint Jean. — Assis sur des nuages, un aigle, entre les jambes, l'Évangéliste, en vêtement vert et manteau rouge, les bras étendus, lève les yeux au ciel. La main gauche est posée sur un livre que porte un ange ; de la main droite, il trempe une plume dans un encrier que lui

HO ME

présente un autre ange; au ciel, deux anges, l'un en prière, l'autre tenant une torche enflammée; deux anges sont enlacés à ses pieds, audessus d'un ange, debout, sur .un piédestal, adorant l'Évangélisle.

« Cette figure touche au sublime. Toutes les tendresses de la terre et tous les orages des nuées sont dans cette figure, aimable comme la jeunesse, effrayante comme les audaces de la pensée. Douceur ineffable, aspirations infinies, ambition du cœur, fermentation des rêves, voilà ce qui se lit sur cet adorable visage, la représentation la plus accomplie et la plus profonde que la peinture nous ait laissée du disciple bienaimé » (Montégut, Revue des Deux Mondes, 1870, t. îv, p. 488).

Saint Marc. — L'Évangélisle, drapé dans un manteau jaune, est assis, de profil tourné vers la gauche ; de ses deux mains, il tient une tablette, sur laquelle il est penché ; à ses pieds, un lion, sur lequel sont assis deux enfants et entre les pattes duquel est étendu un troisième enfant. Dans les airs, à gauche, vole un ange, tenant à la main une hampe terminée par une croix. Sur le piédestal, un autre ânge portant une palme.

« Ces évangélistes sont plus grandioses que les figures des pendentifs de Parme » (Bunr.K., sis). — « Dominiquin a saisi, avec une pénétration des plus admirables, l'affinité obscure qui rattache les natures morales des évangélistes aux emblèmes dont la tradition les fait accompagner. Saint Mathieu a la gravité sentencieuse comme le ministre divin sous la dictée duquel il écrit; saint Marc, concis, rapide, aux bonds elliptiques et supprimant les intervalles, comme ceux du lion; saint Luc, à la narration lente et patiente, comme la marche du bœuf ; saint Jean, audacieux comme l'aigle et se jouant comme lui dans la région des éclairs et du tonnerre » (Montégut, Id.).

Chœur.

Voûte de l'abside.

Domenichino (Domenico Zampieri dit II). — Le Dominiquin.

Épisodes de la vie de saint André.

Saint André et saint Jean consultant saint Jean-Baptiste.

Le précurseur assis, au milieu, un agneau à ses pieds, montre aux deux néophytes, debout à droite, vêtus, l'un en jaune, l'autre en vert, le Sauveur qui s'avance, à gauche, dans le paysage.

Vocation de saint Simon et de saint André.

Sur le rivage, se tient le Sauveur; il appelle vers lui les deux jeunes gens qui sortent d'une barque qu'un pêcheur fait accoster.

Flagellation de saint André.

Le saint, couché sous un portique, enchaîné par les quatre membres

SAN ANDREA DELLA VALLE

à des piquets, est torturé par quatre bourreaux. Trois autres bourreaux, au premier plan ; à droite, une mère et ses enfants en prières ; au fond, nombreuse assistance.

Saint André contemplant la croix sur laquelle il va être attache'.

Au milieu, le martyr, en manteau bleu, est agenouillé. Trois bourreaux qui le soutiennent et un cavalier lui montrent l'instrument de son supplice planté au second plan, à droite, devant les murs d'une ville. Le premier plan est occupé, à gauche, par la foule que contiennent des soldats.

Entre les fenêtres, le peintre a représenté :

Les Quatre vertus cardinales et deux autres vertus.

« Ces six figures allégoriques, chefs-d'œuvre de ce genre artificiel, intéressent comme les plus belles des femmes et émeuvent comme les plus pathétiques des héroïnes. C'est qu'en effet ces images ne sont pas sorties des combinaisons d'une imagination s'essoufflant à froid, mais d'atomes émanés d'oeuvres vivantes. La mémoire du peintre, riche de souvenirs de tout un siècle d'art, a discrètement, à son insu même, aidé son imagination. Les ombres des voluptés éprouvées devant les grandes œuvres se sont mêlées à ses méditations personnelles, et ont enfanté ces irrésistibles figures, rêves par le charme, réalités par la beauté. Si vivantes elles sont, si peu soucieuses de conserver avec précision le caractère abstrait qui les ferait reconnaître à première vue, qu'on peut hésiter pour savoir quel nom leur donner. Cette figure du centre qui lève les bras au ciel, d'un geste si ardent, en montrant un torse d'un dessin si robuste, est-ce l'Espérance ou n'est-ce pas plutôt la prière désespérée, l'appel à Dieu? Cette belle guerrière coiffée d'un casque qui se présente à côté d'elle, sur un fond d'une blancheur si musicale, oserai-je dire, est-ce la Force, ministre de la Justice, ou la Sagesse, souvenir de la Minerve armée des anciens? La Foi est facile à reconnaître à ses attributs; mais quel est le nom véritable de cette femme, à la douceur si rayonnante qui lui fait face? Est-ce la Clémence, est-ce la Modestie, est-ce l'Humilité? » (Montégut. Revue des Deux Mondes,, 1870. t. iv, p. 489)- — « Cette décoration forme l'œuvre principale du peintre ; c'est celle qui présente le meilleur coloris. Le mérite en apparaît encore plus clairement par la comparaison avec les peintures de Calabrese qui ornent les parois inférieures » (Burck., 789). — « Les quatre Évangélistes sont très beaux mais tous païens et ne parlent qu'à l'imagination pittoresque; saint André est un Hercule vieux.... Certainement le spectateur ne venait chercher ici que des gestes hardis des corps puissants capables de remuer les sympathies d'un athlète gesticulateur. Il n'était pas choqué, bien au contraire; son saint lui était représenté aussi fort et aussi fier que possible : il se le figurait ainsi » (Taine, 399). Cette opinion de Taine. si différente de celles des autres critiques, et d'une justesse contestable, avait été celle des contemporains du peintre. Lorsqu'on découvrit les fresques de San Andréa délia Valle, on cria au scandale et à la profanation; on voulut dénoncer au souverain pontife ces peintures. « On ne savait ce qui devait révolter le plus, de l'ignorance du peintre ou de son audace. Les plus indulgents proposaient tout uniment de les détruire; et Lanfranco, qui avait ses raisons pour qu'on s'arrêtât à ce dernier parti, insistait fort sur la nécessité de les faire au moins retoucher par une main plus savante et plus pure: il va sans dire que cette main était la sienne. » Ces fresques, heureusement

ROME

ne furent ni détruites ni retouchées et de nos jours sont appréciées à leur juste valeur. « Peu de peintures provoquent la rêverie à l'égal de ces fresques qui, pareilles aux apparitions des esprits bienfaisants, se présentent au sein d'une lumière pure et comme tamisée d'une fine fleur de lumière, pourrait-on dire.... L'âme physique est finement émue, l'âme morale s'embarque avec une innocente volupté sur l'océan des rêveries. C'est le coloris caressant de ces fresques qui, en passant sur l'imagination, y fait éclore cette musique de la rêverie » (Montégut, Éd., 48i).

A la rangée inférieure :

Calabrese (Mattia Preti dit II). — Napolitain. 1613 ; f 1699.

Épisodes de la vie de saint André :

Saint André est conduit à Patras devant le proconsul Egeas,

Suivi de soldats, l'apôtre se présente au proconsul, assis sur un trône sur les degrés duquel est étendu un vieillard, et déroule un rouleau.

Saint André est attaché sur la croix.

Devant la façade d'un palais, des soldats et des bourreaux lient avec des cordes, sur la croix, les pieds et les mains du martyr. Au second plan, Egeas, à cheval. A gauche, volent deux anges tenant une palme et une couronne.

Saint André, attaché à la croix, parle au peuple.

Autour de l'instrument de supplice sont réunis des soldais, des cavaliers et des assistants. Le saint, vu de face, prononce des paroles que saint Augustin a reproduites dans son livre sur la Pénitence. Au ciel, des anges, dans une gloire, descendent vers le martyr.

Saint André est mis au tombeau.

Le saint est porté par deux hommes vers un tombeau ; des femmes, parmi lesquelles l'épouse du proconsul, assistent à la cérémonie. Au ciel, deux anges.

Un Evêque se rend au tombeau du saint.

Revêtu de ses habits pontificaux, un évêque descend d'une embarcation et se dirige vers un baldaquin autour duquel sont réunis plusieurs religieux. Au premier plan, un mendiant s'agenouille.

« Calabrese dut à l'influence de la belle Dona Olympia, toute-puissante auprès d'Innocent X, la commande de cette décoration. Quand on découvrit ces fresques, les Romains

SAN ANDREA DELLA VALLE

en firent d'amères critiques; les peintres se moquèrent de Preti, qui, dans sa colère, frappa un de ces railleurs et fut obligé de s'enfuir à Naples. « Il faut convenir que ces fresques ont deux défauts considérables : le premier, d'offrir des figures colossales à une place où cette proportion n'était pas voulue; le second, de ne pas soutenir le voisinage des compositions si expressives et si bien senties du Dominiquin, qui font paraître matérielles et pesantes celles du Calabrese » (Lanzi, u, 4H et Ch. Blanc).

ROME

SANTA MARIA IN VALLICELLA ou CHIESA NUOVA

(Église neuve.)

Corso Vittorio Emanuele, devant le Palais de Justice. Église dédiée à la Nativité de la Vierge par le pape Clément VIII. Édifiée, en 1575, par Alexandre de Médicis et saint Philippe de Néri, fondateur de l'ordre de l'Oratoire. Renferme le corps de plusieurs martyrs.

Au maître autel :

Rubens (Petrus-Paulus). — Flamand. 1577; f 1640. Retable .

Panneau central :

La Vierge en gloire et des anges.

A la partie supérieure, la Vierge et l'Enfant Jésus, dans un médaillon ovale encastré dans le panneau, est porté par treize petits anges. A la partie inférieure deux rangées superposées d'anges en adoration.

H., 4,25; L., 2,50. Ardoise. — Le médaillon n'est pas de la main de Rubens ; c'est une image sacrée de la Madone Vallicella qui était honorée dans l'église que remplaça, en 1575, la construction actuelle. — « C'est une œuvre peu importante, où l'on reconnaît à peine la main de Rubens. La carnation des anges est brunâtre et manque de moelleux, les draperies ont assez d'éclat. Les petits anges entourant le médaillon forment la partie la mieux réussie. La composition est d'une extrême Simplicité. Rubens avoue implicitement qu'il s'est donné peu de peine pour produire une œuvre irréprochable. Il savait qu'elle serait mal éclairée, et, écrit-il à Chieppio, le 2 février 1608 : « Je n'aurai pas. à m'occuper de la faire si bonne, ni de la rendre aussi finie, car jamais on ne pourra la juger » (Max Rooses, L'œuvre de P.-P. Rubens, i, 270).

Panneau de gauche :

Trois Saints.

Au milieu, saint Grégoire, en riche dalmatique, appuie un livre sur sa hanche gauche; au-dessus de sa tète, vole le Saint-Esprit; à droite,

Page 1