‹ Rome: Le Vatican, les eglisesChapitre 110 sur 140 · SS. COSMA ET DAMIANO · texte numérisé non relu

SS. COSMA ET DAMIANO

« L'aspect général de la mosaïque est sombre, imposant, presque terrible. Par bien des points, elle se rattache encore à l'art des siècles précédents, notamment par le style des ornements qui lui servent de bordure. Ce large encadrement, où des cornes d'abondance accouplées s'entremêlent à de riches enroulements, rappelle les monuments de la grande époque impériale; c'est cette même opulence un peu lourde, cette majestueuse régularité. Les personnages eux-mêmes, malgré leur pose symétrique, n'ont rien de trop raide dans leurs gestes, rien d'excessif dans leurs proportions; leurs draperies sont assez bien jetées et d'une souplesse suffisante; supprimez les visages, il n'y aura rien qui vous étonnera. Tout l'imprévu, tout l'insolite est dans les physionomies, surtout dans celles des deux saints, Cosme et Damien. La coupe de ces figures est ce qu'on peut voir de plus éloigné du vieux galbe romain. Les traits sont allongés, anguleux, les yeux démesurément ouverts, les regards fixes, les sourcils d'une épaisseur peu commune et d'une forme oblique qui les fait brusquement retomber vers le nez. D'où viennent ces bizarreries? L'artiste n'a-t-il cherché qu'à exprimer, à sa façon, rudement et sans mesure, l'ascétisme, l'excès de la vie spirituelle? Ou bien a-t-il reproduit, naïvement, et presque malgré lui, les visages de ces hommes du Nord, qui, trois fois depuis un siècle, avaient envahi l'Italie et encombré les rues de Rome? Est-ce un reflet des Goths d'Alaric, des Vandales de Genséric, des Ilérules d'Qdoacre que nous trouvons gravé sur cette mosaïque? On ne saurait le dire; mais ce qu'on peut affirmer, c'est, qu'à partir de l'époque où nous voilà parvenus, cette manière nouvelle d'interpréter et de rendre la figure humaine va devenir générale.... La barbarie sera partout, dans les corps comme dans les tètes, dans les proportions, dans les gestes, dans les draperies, dans les encadrements aussi bien que dans les physionomies. Avec le vi" siècle, avec les dernières lueurs de civilisation qui signalent la courte domination des Ostrogoths en Italie et en particulier le règne de Théodoric, on voit s'évanouir successivement jusqu'à la moindre trace des règles, des préceptes, des exemples de l'antiquité » (L. Vitet, i, 245-246).

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