II. — La Résurrection
Au milieu, le Christ, portant le labaruin, s'élève dans les airs, au milieu d'une mandorla qu'entourent des chérubins; du corps du
APPARTEMENTS BORCIA.
Sauveur, jaillissent des flammes; au pied du tombeau ouvert, trois soldats, l'un, endormi, et les deux autres, à droite, pénétrés d'effroi, l'un appuyé sur une lance, l'autre le bras gauche porté en avant. Au second plan, un quatrième soldat, dont on ne voit que la tète levée vers l'apparition ; à gauche, agenouillé, les mains jointes, le pape Alexandre VI, la tiare «à ses pieds. Auprès du tombeau, sont plantés des arbres symboliques; à droite, un olivier, l'arbre de la paix, à gauche, un cyprès, l'arbre de la douleur; au fond, à droite, devant un rocher, une mère, portant dans ses bras un nouveau-né, et donnant la main à un petit enfant; au milieu, une troupe de soldais; à gauche, Jérusalem.
« Celte fresque est la plus belle de toute la série. Le mail r»* y a peint ses figures au milieu d'un paysage ombre de boutons d'or, exécuté par un de ses élèves. Comment ne pas reconnaître immédiatement la diflérence entre les gauches poupées articulées de ce dernier et les ligures vivantes de PinluricrhioY Un remarque, en outre, que le maître peignait sa fresque sur le mur humide, tandis que son élève gravait le dessin dans le mur et peignait al secco, sur le mur sec. Digne, sa haute taille enveloppée dans une chape aux plis nombreux, constellée de pierres précieuses et de broderies d'or. Alexandre est agenouillé, téte nue, devant le Ressuscité, |;i tiare ornée de perles, qu'entourent trois cercles d'or, à ses pieds, l'as un muscle ne bouge dans ce profil nettement découpé, au ne/ aquilin proéminent, avec son double menton et le froid et clair regard de son œil levé. Pans les traits nettement accentués, nous lisons une grande prudence et une grande volonté* et aussi une tendance à la sensualité. Ll vision ne semble pas avoir trop effrayé les trois jeunes gens qui veillent sur le tombeau; le premier continue à sommeiller, le dernier, a droite, profère seul un léger cri d'effroi. Ce sont là des créations idéales, de mérita que la téte visible derrière le sarcophage et qui est inspirée de .Meloz/o da Korli. Le jeune soldat, au regard oblique, qui, un genou eu terre, s'appuie sur une lourde hallebarde, est seul un portrait. Or, qui eut osé se faire peindre dans les appartements privés du pape, vis-a-vis de lui. sinon un de ses lils? César était né en 1475 et avait été créé cardinal en septembre 1483. Mais jamais il n'a aimé l'état ecclésiastique et il se plaisait plutôt à faire admirer aux Komaius sa force et son courage chevaleresques que de se montrer à eux dans les vêlements sacrés d'un dignitaire de l'Église Ce jeune homme de 18 ans environ ne peut donc être que lui; d'ailleurs son pourpoint rouge parsemé de boutons d'or et ses haiils-de-chausse bleus portent les couleurs des Borgia » (Stkinman>, l'infur.. p. m). — II est peu probable que ce personnage, comme d'ailleurs les deux autres soldats, soit de la main de l'iutu ricchio. Comme le fait remarquer Schmabzow, le maître s'est contenté de peindre le pape, et s'est peu occupé du reste du tableau. « Les gardiens montrent la technique de l'élève habile qui a peint le mythe d'Osiris sur le plafond de la salle suivante. Le Christ lui-même a été négligé par l'inturiccliio : il a été exécuté d'après un projet du maître, celui qui a servi aussi à l'exécution de ce Christ si grêle, à la partie supérieure du tableau de l'autel, dans la chapelle Itulalini, à l'église d Aracieli (Noir page 28i), mais déjà le type de la tète n'a plus rien d'ombrien. Les lourds plis du manteau doublé- de bleu, et les parties nues montrent clairement la collaboration d'un élève étranger. Les traits du visage de ce Sauveur, les cheveux et la barbe d'un blond jaune, la carnation rose tendre et le mouvement du manteau qui, gonfle* comme une voile, tombe en longs plis parallèles se gonflant île nouveau près du bord, indiquent l'origine lombarde. »
Paroi, à gauche de la fenêtre I. 1/ Assomption.
ROME
Au-dessus du tombeau rempli de fleurs variées, de lis, de roses et de violettes, la Vierge s'élève, dans une mandorla, les mains jointes, les yeux tournés à gauche, vers saint Thomas, agenouillé, en robe bleue et manteau rouge, tenant, sur ses bras, la ceinture qu'elle lui a confiée; à droite, également agenouillé, en robe rouge, un personnage qu'on suppose être un Borgia. Autour de la mère du Sauveur que couronnent deux anges, des chérubins et quatre anges musiciens.
A rapprocher de la fresque représentant le même sujet à Santa Maria del Popolo. (Voir p. 188). — « L'Assomption est ombrienne dans sa conception comme dans son exécution et est conforme au travail de Pinturicchio ; le portrait du cardinal est certainement fait de sa main et se trouve être la meilleure œuvre de cette salle. Les autres figures dénotent un élève très habile se rapprochant plus du Pérugin que du maître qui le guidait, et cela spécialement dans saint Thomas et dans les anges à droite » (Sghmarzôw, p. 35). — Quant au prélat agenouillé,, en prière, les auteurs ne sont pas d'accord pour donner son nom. « Assurément il s'agit d'un personnage d'importance, comme en fait foi la place bien honorable qui lui est donnée; cependant on ne saurait penser à quelqu'un des cardinaux neveux, le portrait représentant un homme dont l'âge diffère peu de celui d'Alexandre VI. Resterait donc le cardinal François Borgia, le seul à qui conviennent ces différentes données. Quand Pinturicchio commença ses travaux dans les appartements Borgia, le prélat était simple cainérier; il devint plus tard trésorier général, puis évèque de Téano. » Cette conjecture du Père Eiiru.É est également celle de Schmarzow et de Steinmakx. L'opinion de Voi.pim, qui veut voir ici le portrait de César Borgia n'est pas acceptable. — « En tous cas cette figure si grandiose, si simple dans son attitude, d'une expression si intense, d'un dessin si lin et d'un coloris si vigoureux, permet à Pinturicchio de réclamer le titre de grand peintre, bien que l'art dont elle relève soit plus empirique que scientifique » (E. M. Philips, tô).