I.A PKIMUliK HKI.KilKl'SK A ROME
peinture historique, son prodigieux génie d'assimilation chaque jour plus fort et plus complet, tant pour la technique que pour l'intention, sous les influences les plus diverses. Sa faveur et sa renommée grandirent encore sous Léon X, tils de Laurent de Médicis (1515-1522). Fresques au Vatican, fresques dans les églises et palais de Home, cartons de tapisseries, tableaux et portraits, durant sept années il accumule, avec une activité toujours croissante, les preuves les plus variées de sa fécondité. L'art religieux, transformé entre ses mains, s'éloigne peu à peu de la simplicité et de la tendresse dont les quattroeentistes et lui-même, dans sa jeunesse, s'étaient contentés pour charmer les yeux et les âmes ; l'esprit de l'antiquité païenne qui souille de tous côtés y pénétre rapidement et profondément. Les Vierges et les Saintes, fortes et puissantes, qu'il multiplie, en ses dernières années, soit isolément, soit groupées avec d'autres figures, vont devenir, comme les personnages de la Tràngfiguralion, sa dernière œuvre, des types classiques de beauté régulière et d'expression noble qui s'imposeront, pour longtemps, à l'imagination maîtrisée des al tistes de tous pays.
Après sa mort imprévue et prématurée (6 avril 1590) ses élèves achèvent, d'après ses dessins, les peintures de la Salle de Constantin. Aucun d'eux, d'ailleurs, dans l'art religieux, ne peut se soustraire à l'imitation, «le plus en plus pauvre et insignifiante^ des modèles laissés par le maître. Si.iivstiano m:i. I'iomih» (I -4X5-15 47) représente alors, presque seul, vis-à-vis d'eux, l'esprit de Michel-Ange, pour la force et la grandeur du style, et l'esprit de Venise, pour l'éclat et la saveur du coloris. En 1527, l'horrible pillage de Home par les Allemands, que commande un traître français, le connétable de Hourbou, disperse tous I. » artistes. Lorsque le pape Clément VII peut rentrer dans sa capitale ruinée, c'est pour y rappeler le vieux Michel-Ange. Les grands travaux d'architecture et de sculpture qu'il dirige et exécute n'empêchent point le laborieux vieillard de mener à bien la plus vaste composition qu'un peintre eût encore osé entreprendre. En 1541, le Jugement dernier, dans la Chapelle Sixtine, est achevé, et cette extraordinaire vision, d'une grandeur terrifiante et écrasante, où la science passionnée des beautés plastiques transforme les vieux Saints des légendes populaires en des héros athlétiques d'une humanité gigantesque, contribue, plus encore que les derniers ouvrages de Raphaël, à jeter le trouble, en même temps que l'enthousiasme, dans l'imagination encombrée «les peintres chrétiens de plus (»n plus paganisés et emphatiques.
LA PEINTURE RELIGIEUSE A ROME
site, correspondirent le mieux aux goûts du temps, furent le Génois G au lu, dit le Bacciccio (1639-1709), et le Trentin Andréa Pozzo, père jésuite (1649-1709). La décoration de l'église du Gesù, par le premier, et celle de l'église San Ignazio, par le second, restent les types les plus caractéristiques et les plus complets de cet art allégorique et compliqué, à la fois si savant et si puéril, où le tour de force et le trompel'œil tiennent lieu de sentiment et d'expression, et dont les séductions, tout extérieures et sensuelles, ne rappellent plus en rien le charme délicat et élevé de l'ancienne peinture chrétienne.
Il n'en est pas moins vrai que ce furent là les modèles dont s'inspirèrent pendant longtemps la plupart des décorateurs d'églises dans le monde entier. C'est seulement dans la première moitié du xixe siècle que des érudits, artistes et amateurs étrangers, allemands, français, anglais, les nazaréens, les romantiques, les préraphaélites, purent difficilement rouvrir les yeux du monde aux beautés plus pures, trop longtemps oubliées, des chefs-d'œuvre de la première Renaissance et du Moyen Age. Pourtant, ainsi qu'on va le voir, ces chefs-d'œuvre, restaient bien nombreux encore dans la Ville éternelle, malgré tous les ravages du temps et des hommes; et ce sont ceux qui la rendront toujours, pour les peintres, le but final le plus vénérable et le plus édifiant de tous leurs pèlerinages d'artistes.
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