II. — Botticelli (Sandro
*Le Sacrifice de purification du lépreux et le Christ tenté par le démon.
Au premier plan, au milieu, le jeune lépreux montre du doigt sa jambe droite et un grand prêtre plonge un morceau de bois d'hysope, dans un plat contenant du sang que lui présente un lévite habillé de blanc; à gauche, une jeune femme s'avance, portant, sur la tète, le bois du sacrifice ; un enfant la précède, des grappes de raisin dans les mains; à ses côtés, de nombreux assistants, membres de la confrérie de San Spirito, parmi lesquels un seigneur, le bâton de commandement à la main, qu'on suppose être Girolamo Riario, neveu du pape, grand gonfalonier de l'église, et un cardinal, dont les traits rappellent ceux de Giulano délia Rovere, plus tard pape sous le nom de Jules II. D'après M. Ulmann (Botticelli, p. 97), le personnage, eh pleine lumière, tourné de trois quarts, serait Botticelli; à son côté, se tiendrait Filippino Lippi, son élève et son collaborateur, alors âgé de 25 ans. A gauche, d'autres assistants, assis sur un banc, les uns conversant entre eux, les autres tournés vers le grandprêtre; au second plan, an milieu, l'autel qu'entoure la foule des fidèles, et vers lequel se dirige une femme, la mère
ROME
du lépreux, portant sur sa tête, dans une bassine, les deux oiseaux dont l'un, d'après la loi de Moïse, devait être remis en liberté, et l'autre tué; c'est avec son sang, contenu dans le plat ci-dessus indiqué, que le grand prêtre sanctifiait le malade; au fond, l'hôpital de San Spirito, édifié par le pape, au sommet duquel, sur un socle, le Christ que tente le démon, revêtu d'une robe de moine. A gauche, descendant un escalier, le Christ accompagné de trois anges ; et, dans un bois, le Sauveur auquel le démon présente les pierres pour qu'il les change en pains ; à droite, le Sauveur précipite le démon du haut d'un rocher et trois anges disposent des victuailles sur une table; à l'horizon, une ville, sur les bords d'une rivière.
« Cette fresque, qui aurait été conçue pour rappeler l'édification de l'hôpital par Sixte IV, contient des groupes qui permettent de lui donner une des premières places dans l'œuvre de Botticelli. La partie, à gauche du spectateur, rappelle par la beauté et le caractère l'Adoration des Mages aux Uffizi » (Cr. et Cav., «, 421). — Citée par Vasaki (ni, 516), elle était autrefois désignée sous le nom du Christ tenté par le démon. Les auteurs contemporains ont voulu chercher une explication aux scènes qui décorent le premier plan. Schmarzow, dans son ouvrage sur Melozzo da Forli, p. 216, l'avait intitulée : Scène devant le temple de Jérusalem, laissant à M. Steinmann le soin de donner le motif réel de la fresque. Dans un intéressant article du Repertorium fur Kunstwissenschaft et dans son ouvrage Rome sous la Renaissance, p. es, ce critique, rapprochant les diverses scènes reproduites par Botticelli du chapitre xiv du Lêvitique, a très justement indiqué que le peintre avait voulu représenter ici le sacrifice de purification des lépreux; il a, en effet, retrouvé, dans les détails de la fresque, toutes les phases de la cérémonie prescrite parle livre saint. On peut, en outre, présumer que cette fresque a été exécutée pour rappeler le péril auquel on venait d'échapper par la mort de Mahomet II survenue le 5 mai 1481, à la veille de l'envahissement de la chrétienté, et le danger de la lèpre qu'une guerre n'eût pas manqué de propager en Italie: cet événement ayant eu lieu sous le pontificat de Sixte IV, Botticelli a eu soin d'introduire, en divers endroits de sa fresque, le chêne qui figure dans les armes de la famille des Bovère ; ce sont deux chênes qui s'élèvent sur le bord de la mer, des feuilles de chêne sont dessinées sur le vêtement d'un des assistants — derrière le lépreux — et un gland surmonte la coiffure du grand prêtre dont les traits seraient ceux du souverain pontife. D'après M. Ulmann, le jeune homme présentant le vase contenant de l'eau représente l'Église, et le grandprêtre la Synagogue; et, rappelant la signification mystique de l'eau et du sang, cet auteur pense que Sandroa voulu donner ici une représentation du mystère de la Bédemption. Il est vraisemblable que Filippino Lippi collabora à cette fresque : c'est lui qui peignit le paysage et la partie architecturale. M. Ulmann croit même qu'il aurait exécuté le groupe des trois hommes assis, à gauche, sur un banc. Pour les portraits du maître et de l'élève, cités plus haut, comparer : l'Adoration des Mages où Botticelli s'est représenté et les Apôtres devant le Proconsul au Carminé. (Voir Florence par les mêmes auteurs, p. 95 et 255.) Quant à la mère du lépreux, elle rappelle la servante de la Judith, aux Uffizi, n" 1156 (Id., p. 32). — « Dans cette fresque, bien que les groupes des personnages soient un peu confus, cependant quelques figures ressortent, empreintes de dignité et de grâce. La femme portant du bois sur sa tête nous rappelle un type bien familier à nous, que Pinturicchio a peint bien souvent et auquel Raphaël a bien souvent pensé, pour sa grâce adorable et son attitude. Le petit enfant, à demi nu, derrière cette femme, qui laisse tomber quelques-unes des grappes qu'il tient dans ses mains, effrayé par le serpent qui lui pique la jambe, est
charmant.... Le paysage est rendu avec une admirable maîtrise; les églises et les tours du fond sont d'une architecture superbe » (Plunkett, Botlicelli, 37).