III
VT. — Rosselli (Cosimo).
* La Cène.
Dans une salle, autour d'une table en demi-cercle, sont assis sur un banc, à dossier élevé, le Christ et ses disciples; seul, en avant, Judas, sur l'épaule duquel est posé un diablotin ; sur le sol, des aiguières, une bassine renfermant des ilacons et un plat, et deux chats; de chaque côté, au premier plan, deux assistants; devant ceux de gauche, un petit chien ; au fond, on aperçoit, par trois baies rectangulaires, trois scènes de la Passion : — Le Christ au mont des Oliviers. — Le baiser de Judas. — Le Calvaire.
« Il fit, dans la Cène, une table à huit pans qu'on voit en perspective, et, au-devant, à huit pans aussi, a cloison qui forme huit angles, où, en faisant très bien les raccourcis, il montra s'entendre, en cet art, aussi bien que les autres » (Vas., m, jsn). — Cosimo eut aussi pour aide, dans cette composition très supérieure à ses trois autres, notamment pour les paysages, son élève, Piero di Cosimo.
ROME
5° Paroi supérieure : Figures de Papes.
Au-dessus de ces fresques, est représentée toute une série de figures de papes; on comptait primitivement trente figures, ou plus exactement trente-deux, en y comprenant saint Pierre et le Christ; mais le Sauveur, l'Apôtre et deux Papes ont été recouverts par la fresque du Jugement dernier. Bien que Botticelli ait eu la haute direction de cette partie de la décoration, et ait, en effet, exécuté un grand nombre de ces portraits, il est présumable qu'il se fit aider, dans ces travaux, par plusieurs de ses élèves, parmi lesquels Schmarzow croit pouvoir citer avec certitude Fra Diamante et Ghirlandajo. Les travaux récents de MM. Milanesi, Venturi et Ulmann et les rapprochements auxquels ces critiques se sont livrés avec d'autres œuvres connues des peintres précités, ont permis d'identifier, avec une grande probabilité, l'œuvre personnelle de chaque maître dans cette suite de portraits.
Il est présumable que le souverain pontife, qui avait pu admirer, à Spolèle, Le talent de Fra Diamante, appela tout d'abord cet artiste à Rome et le chargea de travaux dans sa chapelle ; plus tard, on se rendit compte, sans doute, que jamais un seul peintre ne viendrait à bout de terminer cette décoration, et, peut-être même sur la demande du Frate, divers collaborateurs lui furent adjoints.
« Les ligures largement dessinées, la tète dans les épaules, aux pommettes saillantes, avec le nez épaté, les yeux trop écartés, la bouche fermée donnant à la physionomie un air maussade, l'ensemble du visage sans animation et conventionnel » (Ulmamk). Tous ces caractères distinctifs de Fra Diamante se trouvent ici dans les porraits suivants.
Fra Diamante — Florentin. Vers 1450; f après 1492 :
* Saint Alexandre Ier, un livre dans la main gauche, bénissant.
A rapprocher du Saint Grégoire à Prato.
* Saint Fabien, un rouleau de papier à la main.
* Saint Éleulhère montrant, d'une main, un livre qu'il tient de l'autre main.
Le plus caractéristique du maître.
* Saint Denys tenant, de ses deux mains, un livre ouvert.
Le même manteau, drapé avec les mêmes plis, se retrouve dans' le Saint Grégoire déjà signalé et VHérode à Prato.
Schmarzow indique également comme peints, ou tout au moins esquissés, par Fra Diamante :
CHAPELLE SIXTTNE
* Saint Anter, aux petits yeux, regardant obliquement.
* Saint Telesphore; saint Eutychian ; saint Calixte; saint Iginus; saint Anicet.
Le pinceau de Botticelli se reconnaît, d'autre part, dans :
* Saint Évariste.
* Saint Soter, — dont on retrouve les traits dans un des personnages du Couronnement de la Vierge.
* Saint Sixte II, — dont la pose est la même que celle de Saint Augustin (église Ognissanti à Florence).
*Saint Élienne, ce dernier très endommagé.
Ghirlandajo est probablement l'auteur des figures suivantes :
* Saint Anaclet, au nez aquilin dont les traits se retrouvent dans la fresque de la Vocation des fils de Zébédé, le vieillard à gauche du Christ (voir ci-dessus, page 155).
*Saint Victor. Ce personnage au profil très accentué, aux sourcils très épais, se retrouve dans le Saint Jérôme de l'église Ognissanti, et dans un des personnages du tableau de la Vierge et l'Enfant (Académie de Florence).
* Saint Félix; saint Clément; saint Marcellin: saint Urbain; saint Damase.
Muraille du Fond.
Au-dessus de l'autel :
Buonarroti (Michèle Angelo). — Michel-Ange.
* Le Jugement dernier (1555-1 541).
« La première impression qu'on éprouve devant cette fresque est celle d'un étonnement rempli de malaise et même d'angoisse. On croit assister à la catastrophe d'un déluge dans lequel on verrait pleuvoir à torrents des figures humaines. L'esprit demeure quelque temps consterné, en présence de cette avalanche de corps athlétiques, suspendus dans les airs ou précipités, et ce n'est pas sans peine que les yeux se reconnaissent, dans ce labyrinthe obscur de nudités, qui ressemble maintenant à un immense dessin à l'estampe sur fond bleu, rehaussé de
HOME
blanc. Celte composition est cependant un modèle d'ordre et de méthode. Ce qui domine ici, c'est la haute raison mûrie, Ja force concentrée, la prodigieuse sagesse du héros qui frappe de grands coups, mais qui calcule. Il a étage et superposé ces innombrables figures en quatre rangées à peu près parallèles, dont la régularité s'infléchit, monte ou descend, variant, par des sinuosités heureuses, la rigueur de l'horizontale. La disposition symétrique de ces quatre bandes successives s'atténue d'ailleurs, par le jet de certaines figures qui sortent çà et là de l'alignement et relient les masses les unes aux autres. » (Voir Ch. Blanc et P. Mantz.)
Sur ces quatre rangées sont répartis les onze groupes principaux ou scènes principales, que nous décrivons séparément, et dont la disposition peut être donnée par le tableau ci-contre :
1 et 2. Groupes d'anges portant les instruments de la Passion.