‹ Rome; lettres d'un pèlerinChapitre 2 sur 82 · II ROME ET FRANCE · texte numérisé non relu

II ROME ET FRANCE

Rome domine encor toutes nos origines, Quel peuple n'est pas fier d'être issu des Romains? Chacun cherche sa source au piod des Sept-Collines, Et voici qu'à leur tour réclament les Roumains *.

Rome chrétienne est le centre de la civilisation morale; les barbares du Nord y sont venus se faire civili*ser ; les peuples d'Orient , qui se sont détournés de cette lumière , sont retombés dans la nuit de la barbarie , et Rome seule peut les en retirer : fiât lux !

Comme du soleil partent les rayons qui éclairent l'univers, c'est de Rome que sont partis les Apôtres qui ont porté à l'Europe la lumière évangélique. Toutes les nations chrétiennes ont reçu avec le baptême le sacre de Rome ; toutes ont formé des alliances filiales avec la Papauté. Nous n'avons pu étudier Rome dans Rome, sans y retrouver les traces que la France, l'Espagne, l'Angleterre, TAllemagne, la Pologne , ont laissées dans la capitale du Christianisme ; nous y verrons même la Russie , et nous avons consacré une étude à part à chacun de ces peuples dans ses rapports avec Rome. « Les Papes, dit de Maistre, ont élevé la jeunesse de la monarchie européenne ; ils Vont faite , au pied de la lettre , comme Fénelon fit le duc de Bourgogne. »

^ LeB peuples Ifoldo-Yalaques ne veulent plus qu'on les appelle autrement que Roumains ; ils se disent issus de colons romains établis par Trajan dans leur pays, après l'extermination des Daces ; ils tous montrent iBUcore les ruines du pont de Trajan^ et prétendent retrouver les traits et les costumes de leur race sur les bas-reliefs de la colonne Trajane ; ils prouvent surtout leur origine romaine par leur langue qui est évidemittent formée des débris du latin. Il s'en suit que la grande famille des nations néo-latines s'est établie sur le Bas- Danube, aussi bien que sur le Tibre^ rAmo, la Garonne^ la Seine, TEbre et le Tage. Un poète moldave conftemporain, Georges Asaky de Jassy, est venu à Rome célébrer ces souvenirs de la mère-patrie au pied de la colonne Trajane.

ROME ET FRANCE. ui

Mais il est une natioo entre toutes que , dès sa naissance y rÉglise a nommée sa Fille ainée , et qui mérite encore ce titre, malgré ses fautes et ses erreurs, et quoiqu'elle ait trop souvent fait bon marché de ce noble droit d'aînesse qu'elle a failli vendre à vil prix, comme Ésaû *.

Celte nation est la France; c'est Rome, c'est l'Église, qui a fait de la France la première des nations chrétiennes; ce sont les évêques gallo-romains qui ont fusionné, en les christianisant, la race gauloise et la race franque; on connaît le mot de Gibbon : ce Le royaume de France a été fait par les évêques, comme la ruche par les abeilles. »

LaFrance Très-Chrétienne est née le jour anniversaire de la naissance du Christ, le jour de Noël , où saint Rémi baptisa le fier Sicambre au nom du Dieu de Clotilde '^. Quand le saint évêque prêcha la Passion au nouveau Constantin, à notre aïeul Clovis, le sublime Barbare s'écria : a Ah! que n'étais-je là avec mes Franks! » Cette exclamation annonçait déjà Tépée chrétienne et dévouée à l'Église de Charles-Martel , de Pépin , de Charlemagne, de Godefroi de Bouillon et de saint Louis.

^ De même que Dieu a dit à son Fils de toute éternité : « Tu es mon premier-Né ! » La Papauté a dit à la France : « Tu es ma fille lûnée. » (Lacordaire.)

* La nuit qui précéda le baptême de Clovis, comme il était seul avec la reine ^ Rémi vint les trouver en secret, et après les avoir longuement exhortés^ il finit en les assurant que si leur postérité demeurait fidèle aux lois de Dieu, elle régnerait avec gloire, exalterait la sainte Église > hériterait de la puissance romaine, et contiendrait par ses victoires les incursions des autres peuples {Vita S, Remigii, Hinemaro auctore), Cest après sa victoire sur les Yisigoths que Clovis fixa sa résidence à Lutèce, dans cette vieille cité romaine^ encore toute pleine des souvenirs des Césars^ et qui devait devenir un jour le Paris de Louis XIV et des Napoléons.

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