IV ROME ET FRANCE
La France avec Clovis repousse Farianisme; avec Charles-Martel elle écrase la mahométisme ; avec Charlemagne elle assure un trône indépendant à la Papauté; elle a l'idée des croisades avec un Pape français, Urbain II , et elle l'exécute avec l'éloquence de Pierre TErmite et de saint Bernard, avec l'épée de Godefroi de Bouillon, 'de Louis VII, de Philippe- Auguste et de saint Louis. Deux fois sauvée par Dieu et par Jeanned'Arc , la France refuse d'être protestante , même avec Henri IV , à qui elle n'accorde le trône qu'au prix d'une abjuration; elle fonde sur la religion la gloire du siècle de Louis XIV; elle applaudit à Napoléon I" lui rendant le culte catholique , et à Napoléon III rétablissant Pie IX sur le siège de saint Pierre.
C'est Noire-Seigneur Jésus-Christ qui a créé la souveraineté spirituelle du Pape; c'est la France qui, par l'inspiration divine, a créé et soutenu la souveraineté temporelle du Saint-Siège; c'est là son œuvre et sa gloire ; aussi ce qu^elle avait fondé en 800, elle l'a rétabli en 1849, alors que, tirant du fourreau l'épée de Charlemagne , elle tranchait d'un seul coup le nœud gordien de cette question tant débattue dans ces derniers temps.
Par sa nature et ses traditions , par ses mœurs et par sa langue (de Maistre parle quelque part de la monarchie de la langue française) , par la parole et par l'épée , par ses prêtres et ses soldats , par son esprit de prosélytisme universel , la France est le peuple missionnaire par excellence ; elle exerce , ajoute de Maistre , une sorte de magistrature sur le reste de l'Europe ; c'est une fonction qui , comme toute fonction , produit un devoir,
La France, ce royaume le plus beau , disait-oa, après
ROME ET FRANCE. v
celui du ciel, a trop souvent méconnu et trahi sa mission providentielle ; selon l'expression de saint Louis mourant , elle a guerroyé Dieu de ses dons. Dieu a retiré sa main , et elle est tombée dans les abîmes.
En ces derniers temps, la France a renoué avec l'Église son alliance séculaire; elle est redevenue plus digne de son titre de Très-Chrétienne ; elle a repris ses traditions , et elle s'est remise à la tète de l'Europe ' .
Elle est à Rome comme au temps de Gharlemagne, eu Afrique mieux qu'au temps de saint Louis ; en Grèce et en Turquie comme à la quatrième croisade, quand l'empereur byzantin vint implorer le secours des croisés. Nous avons replanté la Croix sur le sol africain, ainsi que sur les lombes de nos soldats enterrés dans les cimetières de la ville de Constantin , étonnée de revoir, après quatre cents ans d'absence, le signe de la Rédemption. L'image de Marie Immaculée est donnée à nos flottes, in hoc signo vinces, et le 8 septembre, le jour de la Nativité de la sainte Vierge, Sébastopol tombe en notre pouvoir.
Rome, Athènes, Constantinople, ces capitales de la religion, de l'histoire et de la poésie , ne pourront plus effacer les traces récentes des pas de nos soldats.
Avec quel bonheur un Français à Rome y retrouve encore la France , l'arme au bras , veillant à la sûreté de la Ville et du Pape , et reprenant ainsi Fœuvre de sa politique et de sa foi qu'elle a inaugurée il y a mille ^Ds. Que , fidèle à son nom et à sa vocation , elle reste
' La France a toujours eu le privilège d*étre menée plus visiblement Que toute autre nation par la Providence , parce que c'est par eUe que <^Ue-ci mène le monde ; c'est le timon qui est plus immédiatement dans la main du Pilote, et dont le plus léger mouvement influe sur la marche entière du vaisseau. (A. Nicolas^ Études philosophiques.)