A MON FILS
Dieu te ûi naître au retour d'Italie^ Pour consoler d'une mort par ta vie; Près d'un tombeau , tu Tins du paradis. Toi seul pouvais adoucir notre plainte, Ange qui vins remplacer une siiinte:
Elle montait, et toi tu descendis !
Ainsi qu'à moi, la France et l'Italie Te deviendront une double patrie Dont je saurai te montrer le chemin; En£eintelet, douce et frêle espérance, En souvenir de Rome et de la France Sois donc Français, Catholique et Romain!
Tes deux pays vont t'offrir en exemple Un Roi pieux, un Lévite du temple, Nobles patrons, que du ciel tu reçus, Louis de France et Louis de Gonzague * L'un qui portait la couronne et la dague, L'autre, l'habit de l'Ordre de Jésus.
Tu choisiras ou Tétude ou la guerre.
Ou bien l'église, ou la mer ou la terre,
Ou la famille, en tout, partout la foi !
Ne me dis pas, ange de poésie.
Quelle sera la carrière choisie :
Que Dieu, mon ûls, daigne choisir pour toi !
Quelles que soient ta vie et ta carrière, J'adresse au Ciel cette unique prière : De te Toir suivre en tout le droit chemin. 0 £siible enfant, qui dois un jour être homme. En souvenir de la France et de Rome Reste Français, Catholique et Romain !
Si Dieu permet un jour, mon fils, que je retourne à Rome pour te la faire visiter, au milieu des splendeurs de cette ville incomparable je ne manquerai pas de te mener au Gesù, pour te montrer la chambre de saint Ignace, où les deux anges de la Compagnie de Jésus, les deux jeunes patrons de. la jeunesse chrétienne, saint Louis de Gonzague et saintStanislas Kotska, ont prononcé leurs vœux. Tu verras au collège Romain la cellule où mourut Louis de Gonzague ; elle est changée en chapelle, et renferme une page de son écriture et divers objets qui lui ont appartenu. Derrière le collège Romain, je te ferai entrer dans l'église de saint Ignace , que le cardinal Ludovisi, neveu de Grégoire XV, éleva, en Thonneur du grand saint espagnol , sur remplacement du temple de la nymphe Juturne, sœur de Tumus, l'infortuné rival d'Énée. Tu vois qu'ici, comme presque partout à Rome, les souvenirs antiques coudoient les souvenirs chrétiens.
Cette église, aux voûtes hardies, éblouissante de marbre et d'or, fut construite et décorée par deux ar-
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listes de la Compagnie de Jésus y le P. Grossi et le P. Pozzi ; ce dernier a peint à la voûte la yie et Tapothcosc de saint Ignace : c'est Fouvrage le plus étonnant que Ton connaisse comme effet de perspective. La quatrième chapelle b droite surpasse toutes les autres en magniGcence et en intérêt. Là , sous l'autel y dans une urne de lapis-lazzuli , repose le corps de saint Louis de Gonzague. Au-dessus de Pautel on admire un haut-relief, chef-d'œuvre du sculpteur français Legros. 11 représente le jeune saint les mains croisées sur sa poitrine; sa figure est délicieuse de candeur. Un véritable nuage d'anges finement sculptés se détache à ses pieds et s'envole sur sa tête. L'un d'eux lui pose une couronne.
Quelle vie angélique que celle de Luigi Gonzaga I 11 était né le 9 mars 1568. Son père, Don Ferrante Gonzaga, prince de l'empire et marquis de Gastiglione en Lombardie, était allié aux maisons royales d'Autriche, de Lorraine et de Bourbon. Il destinait son fils à la guerre; Louis avait à peine cinq ans qu'il portait une petite armure, et savait déjà manier une petite épée : ces jeux guerriers le charmaient. Un jour il chargea un mortier et y mit le feu , ce qui pensa le tuer. Il aimait à fréquenter les soldats, et il apprit d'eux à proférer des jurements et de mauvaises paroles. Ce furent là les deux plus grands péchés de sa vie , dont il eut un profond repentir jusqu'à sa mort. Sa septième année fut l'époque de sa conversion , comme il l'appelait. Ce fut saint Charles Borromée qui lui fit faire sa première communion. A onze ans, Louis fit vœu de chasteté devant l'image de la sainte Vierge ; sa pureté fut toujours angélique. Un jour qu'il jouait avec d'autres enfants à ces
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jeux prétendus innocents, on lui ordonna, pour racheter son gage, d'embrasser l'ombre d'une jeune enfant que la lumière projetait sur le mur. Louis rougit et s'éloigna, perdant volontiers son gage ^ Sa mère l'admirait dans son cœur et l'appelait il mio Angioletto. Il vivait déjà comme un saint dans le palais de son père, partageant son temps entre l'étude ^ la prière et la mortification. En 158J , il alla en Espagne avec ses parents qui accompagnaient Dona Maria d'Autriche, fille de Gharles^}uint , et femme de l'empereur Maximilien 11. Louis et son frère Rodolphe furent nommés pages d'honneur du prince Don Diego , fils du roi catholique Don Philippe 11. Louis vécut à la cour d'Espagne comme s'il eût été dans un cloître ; il avait toujours les ^eux baissés. Chose incroyable ! il ne regarda jamais l'impératrice en face , et on peut dire qu'il quitta Madrid sans l'avoir vue ^. Les courtisans respectaient sa vertu au point que nul n'eût osé dire devant lui une parole répréhensible. Un jour qu'il était par un grand vent à un balcon avec le petit prince Don Diego, celui^i , par un mouvement d'autorité puérile , ordonna au vent de ne plus le tourmenter. Louis sourit et lui dit : <i Votre Altesse peut commander aux hommes , mais non aux élé-
* S' erano messi alcuni nobili fanciulli in ua giuoco, e Luigi con loro. Erano accordati di dovere fare a piacere di cbicchessia una tal cosa : chi avesse fallo^ perdeva il pegno da lui messo su. A Luigi fu dnnque comandate (essendo con loro una fanciuUa, la cui ombra un lume in prof- (ilo gittava sul muro) che egli dovesse bacciare quella figura. Gelô il buon Luigi ^ e per poco iramorii dall' orrorô : tutio arrossato si leva da quella compagnia, volentieri perdendo il peguo. (Vita di son Luigi da Antonio Cesari,)
* Super ogni credcnza il dire che Luigi non la guardô mai in faccia ; sicchè egli al tutto parti di Madrid scnza averla vcduta mai.
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mente, qui n'ont^d'aDtre maître que ce grand Dieu auquel les princes doivent aussi leur obéissance. r>
Dieu fit coaDaitre à Louis qu'il ne le destinait pas à la vie du monde, mais ^ la vie religieuse. 11 choisit la Compagnie de Jésus , dont il avait appris en Espagne à ad* mirer le fondçiteur; il la préféra surtout , parce qu^on y fi^it vœu de ne chercher ni accepter aucune dignité de r%liae, à moins que le Pape ne Tordonne expressément : c'était un point important pour lui qui savait que son père y s'il lui permettait d'entrer en religion , chercherait par vanité à lui faire obtenir les dignités ecclésiastiques. Louis fît confidence de ses projets à sa mère, qui en loua Dieu et se chargea d'obtenir la permission de Don Ferrante. Ce fut longtemps impossible. Le marquis de Castiglione, irrité de la résolution de son filSy chercha à l'en détourner par tous les moyens en son pouvoir» employant tour à tour la violence et la séduction. Louis, toujours soumis, mais toujours ferme dans sa vocation , fut pendant plusieurs années en proie à des tourments continuels. Enfin son père, vaincu par sa piété, lui donna son consentement. Louis aussitôt renonça en faveur de son frère au marquisat de Castiglione , et, plein d'une joie inefiable, il partit pour Rome, où il entra au noviciat des Jésuites à Saint- André du Quirinal. Son père mourut pçu de temps après et fit une sainte mort qu'il attribua lui-même aux prières de son fils. Louis était l'admiration de la Compagnie. Un jour il vint tout troublé dire au Père général qu'en scrutant sa conscience il n'y trouvait pas l'ombre d'un péché véniel , ce qu'il attribuait à son aveuglement, tandis que c'était le résultat d'une vie angélique. Son frère, devenu marquis
de Casliglione, avait de graves différends avec le duc de Mantoue. Louis, appelé par sa mère pour les mettre d^ accord, devint Fange de paix dans sa famille. En 1591, l'Italie fut dévastée par une peste qui succéda à une famine. La mortalité est grande à Rome ; les Jésuites ouvrent chez eux un nouvel hôpital ; Louis demande avec instance à servir les malades ; il est atteint de la contagion, écrit à sa mère une lettre admirable, et s'apprête à mourir avec tant de joie qu'il s'en fit scrupule, et eut besoin d'être rassuré par son confesseur, qui était le célèbre Bellarmin. 11 parlait du ciel avec une si pieuse assurance, que ses amis lui donnaient chacun leurs commissions pour le paradis, et lui, calme et souriant , il promettait à tous de se rappeler leurs recommandations ^ C'est ainsi qu'il ^en alla vers Dieu , à l'âge de vingt-trois ans.
On l'appelle à Rome encore Louis l'Angélique. C'est le saint favori des jeunes Romains; les enfants du peuple lui chantent un cantique charmant :
Luigi Angelico Dal vostroTÎso Di paradiso Spira beltà.
C'est le 21 juin, fête de saint Louis de Gonzague, qu'il faut voir l'église de Saint-Ignace, toute brillante de tentures et de lumières, et remplie de toute la jeunesse romaine. Les maîtres et les élèves du collège Romain communient ensemble à la chapelle de saint Louis *.
* Gli (lavano, ciascuno, loro commissioni pel paradiso, Ci\ cgli, scrcno, promcltca a tutti di farc socoiulo chc laveano prcgato
* En 1844, ils acconipai^naicnt à la Table sainte un illustre vieillard qui
(( U est dans la vie un âge critique dont le Tasse
disait :
Nella fiorita ctà quando più Tuoin Taneggia.
Or, cet âge est décisif en bien comme en mal , car il est écrit, non-seulement au livre des Proverbes ^ mais au livre de l'expérience : L'adolescent suivra jusqu'à la tombe la voie dans laquelle il marqua ses premiers pas. C'est ce qui a fait créer à Rome l'Association de Saint- Louis de Gonzague. Chaque dimanche , la jeune et joyeuse phalange se réunit dans le jardin de' Cerchi pour prier, s'instruire et jouer en commun. Pendant les six dimanches qui précèdent la fête de saint Louis, objet de tous les vœux, c'est à qui se rendra le plus digne de la célébrer. Enfin le grand jour parait ; on se rend au bien-aimé jardin. Au centre s'élève un magnifique autel, sur lequel est un réchaud embrasé. L'assemblée forme un cercle immense autour duquel sont disposés par intervalles des orchestres qui font retentir de joyeuses fanfares. Aux symphonies succèdent les chants et les hymnes composés en l'honneur du céleste ami. Ses vertus, sa bonté, ses miracles sont retracés par des voix éloquentes , et bientôt la jeune assemblée manifeste sa confiance et son amour par une cérémonie dont la gravité solennelle égale la charmante naïveté. Tous les membres qui la composent tiennent à la main une large lettre placée sous une enveloppe enrichie de dessins et entourée de rubans et de fils d'or. Cette lettre est un message de la terre au ciel. A l'intérieur sont
s'y préscnlait pour la première fois : c'était le célèbre historien Hurter. président (lu consistoire de SchafiThouse, qui se faisait catholique.
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écrits les vœux longtemps étudiés du jeune correspondant ; à Textérieur on lit la simple et sublime adresse : Al santo Giovane Luigi Gonzaga in Paradiso. Le signal est donné par la musique , et toutes les lettres sont apportées sur Tautel. Au milieu d'un grand silence on les verse toutes ensemble sur le réchaud, et bienlôt, aux applaudissements de rassemblée y on les voit , poussées par les flammes , s'élever vers le ciel dans des nuages d'encens et de parfums •. »
' Gaurae^ les Trois Rome.