A UN INDUSTRIEL
0 toi, dont le cerceau sans cesse en mal d'enfant Accouche chaque nuit d'un projet triomphant, Que Tiens-tu faire ici, malheureux? Dieu sait comme Tu prétends rajeunir la pauvre vieille Rome. Je frémis de t'entendre; es-tu donc, juste ciel ! Cheyalier d'industrie autant qu'industriel?
« La charité chrétienne est une yieillerie.
« Nous avons aujourd'hui Vhumanitairerie
a Qui peut fort bien à Rome, avec le capital,
« Remplacer le couvent, l'église et l'hôpital.
« Mais dans une machine il faut une soupape,
« Dans le gouvernement nous garderons le Pape;
« Mais que les cardinaux nous trouvent le moyen
« De faire du Saint-Père un bon roi-citoyen !
« Succède l'Industrie à l'Art, à la Nature !
« Faisons du Colysée une manufacture,
« Et qu'une usine en feu, fumant comme un volcan,
(( Dresse sa cheminée aux flancs du Vatican !
(( Il faut utiliser ces royales fontaines
«A tourner des moulins sous leurs ondes hautaines;
« En place du musée, une exhibition
«D'objets d'agriculture et de production.
(( Plus de paires ombragés : un peuple utilitaire
« Doit y planter des choux et des pommes de terre.
« Le dôme de Saint-Pierre est un grand potiron
« Qu'on cultive au milieu des jardins de Néron ;
« Gardons-le, j'y consens pour l'honneur de l'histoire,,
«Mais qu'on en fasse au moins un bon observatoire.
« Donnez-nous carte blanche, et nous ferons demain
« Faire im pas de géant au vieu]( peuple romain.
« Oui, nous ferons de Rome, et je puis en réppn4re,
« Un beau petit Paris flanqué d'un petit Londre :
« La houille, le bitume et les chemins de fer
« En feraient pour le moins un autre Manchester.
« Chaque antiquaire ici feit sa petite fouille;
« Nous en ferons aussi, mais pour chercher la lu)uil(e.
« Atcc ses ossemeoU le sol catacombal
c Produira ,de Tenimi» et do fwir animal.
c Mais il hnX aux Romains des allures plos firanches ;
c Ce peaple Cmatique obserre les DimancheSy
c Et les jours fériés il ne traTaille pas :
« Nous changerons cela, car il nous &ut des bras.
« Noos ferons au Latran une immense guinguette
« Où FouTrier sera chaque soir en goguette ;
« Car ce peuple romain qull £iut ciTiiiser^
« Le croiriei-Tous, messieurs, ne sait pas se griser?
« Nous axons nos projets, mais sans être économe
« Nous fierons ce qu'il &nt et ce qu'on doit à Rome.
« L'Utile est notre Dieu, mais nous aimons le Beau ;
« Nous TOUS montrerons Rome alignée au eordeau
« Sur un plan propre et net coomie en géométrie.
« Plus de Tieux monuments gênant la symétrie !
« Nous passerons partout l'inflexible niTeau;
« Tout sera rectiligne au goût le plus nouTeau. »
Arrête, malheureux ! soit ! que de llndostrie
L'uniTers tout entier derienne la patrie !
Mais, grand Dien ! laissez-nous cette miique Cité
Dans toote son antique et sainte majesté.
Debout sur les sept monts Rome est l'auguste reine
Qui doit garder toujours sa pourpre souTeraine,
Aïeule de l'Europe, et qui, malgré l'affiront.
De toutes les cités lère plus hant le front.
Qui donc ose attaquer l'honneur qui l'enTironne?
C'est son rang qui l'oblige â porter constamment
Les diamants de la Couronne :
Ds sonts Tieux. lourds, gênants, mais quel rayonnemei Les siècles les ont bits, et l'antique monture Rehausse d'un tel prix la royale parure ! Peut-être eDe a besoin de réparation, N'y touchons pas de peur de pn^lmation. Eh quoi! Rome échanger, dans f espoir de tous plaire. Pour des colifichets son écrin séculaire ? Va-t-elle se parer à la mode du jour?
Kon, non ! eUe y perdrait sa gloire et notre amour. Re^ectoBs son grand âge et sa grandeur anst^v; Rome est plus qu'une reine encor, c'est une mère !