LES MATINÉKS DU P. MARCHI
fabricant y a gravé son nom : Piccinino, célèbre armurier milanais du seizième siècle.
Touchez : commeDt, Ruy-Blas, trouTCz-TOus cette fleur? La poignée est de Gil^ le fameux ciseleur. Celui qui le mieux creuse, au gré des belles filles. Dans un pommeau d*épée une boîte à pastilles.
— Voyez, dit le Père, sur la lame, le nom de l'amateur pour qui elle a été faite. J'y lus en grosses lettres : DE BovRBON ; c'était l'épée du connétable, tué au siège de Rome; mais alors, ce n'était plus une épée française!
Je parlai au P. Marchi de la prétention de Benvenuto Cellini d'avoir tué Bourbon. — C'est un hugiardone, me dit-il; il s'estvanté de l'avoir tiré du château Saint-Ange; j'ai mesuré la distance; il lui aurait fallu un canon et non une arquebuse, pour atteindre de là le connétable.
— Maintenant, continua le Père, allons voir mon musée chrétien. Voici un bassin de cuivre qui servait aux premiers fidèles pour baptiser; voyez, au fond, ces fines ciselures : voici les apôtres qui pèchent des poissons. N'oublions pas qu'ils sont aussi pêcheurs d'hommes. Dans tous les monuments primitifs de nos pères, rien de plus ordinaire que l'emblème du poisson; on le retrouve partout : dans les épitaphes des catacombes, sur les fresques, les lampes et les verres de Rome souterraine. On connaît le passage de TertuUien : Sed nos pisciculi secundum tx^vv nostrum J.-C. in aqua nascimur, nec aliter quam in dqtia permanendo salvi sumus. Le symbole du poisson représente à la fois le Christ et les chrétiens : on trouve dans ixer 2 les initiales grecques de /.-C. Dei filius Salvatqr.
LES MATINÉES DU P. MARCHl. 165
Piscine, baptistère public, vient tout droit de piscis.
— Examinez encore, continue le Père, ce vase baptis* mal; ses figurinesnous montrent les Apôtres péchant toute espèce de poissons, emblèmes des diverses nations qui seront évangélisées, selon Tordre de Notre-Seigneur à ses Apôtres : Allez, enseignez toutes les nations. Tenez, voici un poisson qui doit plaire aux Français en leur rappelant qu'il a brillé longtemps sur Técu des Gis èe France, et qu*iL a donné, pendant des siècles, son nom à rhéritier présomptif de la couronne de saint Louis : c'est le dauphin, celui de tous les poissons qui se retrouve le plus souvent sur nos monuments primitifs. Les chrétiens persécutés aimaient cet emblème d'un animal célèbre par sa tendresse pour ses petits et par son calme pendant la tempête : c*est un poisson agile, léger...
— Corne i Francesi^ dit M. A. en riant.
Le Père sourit, et, pour ne pas rester en arrière d'une plaisanterie, il nous fît voir sur ce même vase baptismal, la torpille, poisson vindicatif, nous dit-il, corne i ItcUiani. Nouveaux rires, et moi de défendre la torpille et lltalie :
Cet animal est fort méchant^ Quand on l'attaque il se défend.
Le Père nous indiqua ensuite je ne sais plus quel autre poisson paresseux, pigro corne i Tedeschi; les élèves du collée Germanique prirent bien la chose et en rirent aux éclats.
Dans les verres coloriés trouvés dans les catacombes, la peinture se trouve entre deux plaques de verre soudées dans la fusion, ce qui Ta très-bien conservée.
L'un de ces verres, petit médaillon rond, représente
i6« LES MATINÉES DU P. MARCHI.
un jeune homme et une jeune femme, deux nouveaux époux ; autour de leur tête on lit : vivetis in Dec. Avec quel respect nous touchons ces pieux monuments de nos aïeux! Le Christianisme avait sanctifié et immortalisé le mariage; la sainte communauté du martyre avait rendu la femme l'égale de l'homme. Il y a une foule d'épitaphes pleines de doux et pieux sentiments sur l'union de l'homme et de la femme.
— Regardez, dit le Père, ces dessins et ces aquarelles que j'ai fait faire d'après les peintures et les sculptures des catacombes. Voyez saint Pierre devant Notre-Seigneur; entre eux deux s'élève «ne colonne surmontée d*uû coq : Jésus prédit à Pierre qu'il le reniera. Voyez l'apôtre comme il s'irrite de ce qu'il croit une injurieuse supposition de la part de son divin Maître ; il semble lui dire : Sono galantuomo y je suis homme d'honneur; je n'ai que ma parole; voyez comme il lève son index (et le Père faisait ce geste avec une vivacité juvénile et tout italienne); il a presque la pensée de traiter Nostro Signore di bugiardo.
Dans une autre fresque, saint Pierre est représenté comme Moïse frappant le rocher de sa baguette ; Pierre est le nouveau Moïse, le nouveau chef du peuple de Dieu, par lui-même et par ses successeurs, depuis que Rome a remplacé Jérusalem comme cité visible du Seigneur. Le rocher de Moïse fait aussi allusion à l'impérissable promesse du Seigneur : Tu es Petrus, et super hanc petram\ etc.
J'aperçois un vieux bas-relief qui représente le bon pasteur et la brebis égarée. — C'est Notre-Seîgneur, mon Père? — Distinguo y répondit-il. Notre - Seigneur,
J.ES MAT1NëE:S DL p. MAKCHI. 167
comme bon pasteur, est toujours représenté très-jeune, il ûe vieillit pas étant éternel. Quand le Pasleur est âgé, comme ici, c'est encore Notre -Seigneur, mais daos la personne de saint Pierre et de ses successeurs, papes, évêques et prêtres, à qui il a été dit : Paissez mes agneaux, paissez mes brebis. Voyez là-bas cette belle statuette du bon Pasteur, sa brebis sur les épaules; il est jeune cette fois : c'est Notre-Seigneur lui-même.
Le Père nous fait examiner des inscriptions hébraïques, épitaphes tirées du cimetière des juifs au delà du Tibre. On y voit sculpté le chandelier à sept branches du temple de Jérusalem. Les chrétiens qui oflt emprunté tant de symboles à la Bible évitaient celui-ci, pour ne pas confondre leurs tombeaux avec ceax des déicides.
— Touchez ces pains de pierre de forme ronde et à compartiments, ayec un creux pour y mettre le pouce et les rompre plus facilement : c'était Tusage romain ; les chrétiens en firent le symbole de l'Eucharistie. — Mon Père, expliquez-moi ce bas-relief : un lièvre qui s'enfuit à toute volée. — C'est peut-être la traduction de ce passage de TEvangile de saint Matthieu : Si on vous persécute dans une ville, allez-vous-en dans une autre.
Beau vase baptismal de l'époque de Constantin ; basrelief , bien exécuté, qui représente Jésus-Christ et les apôtres , la Vierge et l'Enfant que les Mages viennent adorer. Le dessin d'une fresque des catacombes nous a vivement intéressés ; le Sauveur y est couronné de roses, au lieu d'épines. On a trouvé aussi dans les peintures de Rome souterraine des croix revêtues de pierres précieuses et enlacées de branches de rosier.
i68 LES MATINÉES DU P. MARCHI.
Ardua floriferse crux cingiiur orbe coronae.
(S. Paulin, de Bordeaux, ép. xu.)
c< La croix , réservée au châtiment des esclaves , était, aux yeux des infidèles y le comble de la bassesse et de Tignominie; les chrétiens la couvraient de pierreries, emblème de la puissance , de la richesse , de la gloire. La croix n'était, pour les hommes charnels, qu'un horrible signe de douleur et de mort : les chrétiens lui faisaient produire des roses , dont les couleurs et les parfums symbolisent les joies de l'amour divin.» (MgrGsR*