TII1 ROME ET FRANCE
Catholiques et Français , aimons la France comme O'Connell aimait Tlrlande , avec un patriotisme surnaturalisé par la foi ; aimons-la en union avec TÉglise , aimons-la surtout à Rome, où elle a resserré la glorieuse chaîne de ses traditions guerrières et religieuses. Nous avons cherché avec amour et retrouvé avec bonheur dans la Ville-Éternelle les traces vivantes et nombreuses que la France y a laissées, et nous avons essayé, en rassemblant ces fragments épars, d'en élever comme un monument à la patrie.
Rome et la France ! c'est donc moins une alliance de mots qu'une alliance historique de souvenirs et d'espérances. On aime à unir ainsi à ce nom grandiose et éclatant de Rome ce nom si doux et si harmonieux de France!
Si la France est ma patrie , le pays de mon père , Rome est ma matrie, suivant l'expression des Cretois ^, c'est le pays de l'Eglise , ma mère !
de la Patrie , voilà les grandes fins de toutes ses actions, voilà les nobles objets, les objets uniques de sa charité. H aime la Patrie^ il lui laisse son corps ^ mais il aime encore mieux l'Église, et il lui lègue son cœur; il aime Dieu^ et il lui donne , il lui confie son âme. Dieu^ il Taime pour luimême ; il aime TÉglise par rapport à Dieu , parce qu'elle est divine^ la Patrie par rapport à TÉglise^ parce qu'elle est catholique. »
* Les Grecs employaient toutes les expressions de la tendresse pour désigner la terre natale. En général^ ils rappelaient patrie, du nom de père. Les Cretois, avec une nuance plus prononcée de tendresse, l'appelèrent matrie^ du mot qui signifie mère : MTjrpîç, Mr.Tpi^oç, smis entendu -fii on iroXic , le pays de la mère. (Platon , de Rep. liv. IX. — Plutarque, an sent, Ect. t. H, p. 192.)
NIHIL. VMBRA.
Rome est, par ses raines soov€raiMs, le sioiiH lacre le plus expressif de la cadncité des elioses terrestres ; et, par ses mooaiaeiits chrétiens, la meilleure ombre des réalités immortelles. Elle est la Tille qui, tout à la fois, tient le plus du temps et de réteniité. (Mgr Gkabkt.)
En sortant un matin du Gapitole, j'entrai dans Téglise voisine de Santa-Maria-in-Campitelli ; ce surnom lai Tient, par altération, du quartier du Gapitole où die est située. Après avoir vu sa petite madone miraculeuse, sculptée dans une gemme de saphir, et sa croii transparente en albâtre oriental, j'allais me relier, quand je fus arrêté , dans une chapelle à gauche , par deux monuments singuliers. Ce sont deux tombeaux placés en face l'un de l'autre et parfaitement semblables; ils ont chacun pour base un lion en marbre fouge antique, supportant une urne et une pyramide en marbre jaune. Les deux statues qui couronnent ces Qiaosolées représentent une Dame et un Cavalier qui semblent vivre d^un souffle immortel. Tous deux, appuyés sur des coussins de marbre vert à glands d'or, n i
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sont ageDOuillés sur leur tombe comme sur un priedieu. Ce sont deux époux; leur physionomie est saisissanté. Le Cavalier, en costume du dix-septième siècle, a de longs cheveux flottants sur les épaules; ses traits sont mâles et doux, son air grave et religieux ; il semble incliner vers sa tombe plus encore par la pensée que par l'âge. La noble Dame, en riche costume de la même époque, n'est plus très-jeune, mais elle est encore belle ; le sculpteur a étendu sur son doux visage un voile de mélancolie et de résignation. On sent qu'elle a vu le fond de la coupe de la vie , et qu'elle en détourne les yeux , avec regret peul-être , mais avec espérance.
Quel est ce noble couple? On l'ignore : c'est une énigme dont la mort seule a le secret. Ces deux magnifiques sépulcres sont muets et impénétrables. Ils ont pourtant des inscriptions, mais elles sont brèves, obscures , et, au lieu de nous éclairer, elles nous plongent dans une nuit plus profonde. C'est de l'ombre sur de l'ombre, c'est le néant qui plane sur la mort. On lit en grosses lettres d'or sur le tombeau du mari :