‹ Rome; lettres d'un pèlerinChapitre 46 sur 82 · VILLA PAMFILI · texte numérisé non relu

VILLA PAMFILI

Mail) Pie IX ne Tdulut revenir i Rome ^e^daiils toole l'indépendance de son autorité. On se rappelle que«l6r^ deJ^Jeltreà Edgar Ney, MM. de Gorcelles et de Rèyneval avertirent leur gouvernement des dangers de la me-* nace et de la violence. Le Saint-Père était déterminé à se jeter dans les bras de rAutriche , à se rendre au besoin en Amérique ^ plutôt que de subir la contrafntè morale 4oiit il était ni^acé.

Mais revenons à la villa Pamfili. En s^y rendant, on retrouve partout des traces du siège de Rome; et de là prise du bastion n"* 8 si bien reproduite dans la grande toile d'Horace Vemet. Le peintre a parfaitement caractérisé les diiTérentes nationalités des bandes qui défendaicni Rome* Plusieurs maisons et villas, percées à jour par les canonnades, présententencore un singulier spectacle, a Partout, où va le canon en personne, dit le vieux poète Corna^zani, chaque édifice se hâte de lui fait*e la révérence :

Dove Ta in personna Ogni edifim gli Êi riverenzn.

Parmi une des plus délabrées, voici, à droite, la villa Giraud) qu'on surnommait le Vascello di Franda, le Vaisseau de France, à cause de la forme bizarre de son architecture qui la fait ressembler à un navire , et parce qu'elle fut construite pur Tabbé Bencdetti , agent dé Loui§ XIY à Rome. Elle appartint eùknite an cardinal Giraud , dont le neveu , le comte Jean Giraud , a fait de charmantes comédies romaines, entre autres T^ljo nel imbarrazo, le Précepteur dans ^e^;lb(^^ra8 , d«t l'intrigue est un fait arrivé réellement à Rome.

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Nous longeons la villa Corsini , qui est oumî en fort piteux état; nos soldats rappelaient le palais des Quatre- Venls. En suivant l'aqueduc de Trajap, rétabli par Paul V, on aperçoit bientôt les murs de la villa Pamflli, construite par le neveu d'Innocent X, et passée en héritage dans la famille Doria-Pamfili \ Elle a aussi le nom poétique de Bel-Respiro, et elle le mérite.

« Les villas , dit Valéry , sont comme le lien qui unil les anciens Romains aux Romains modernes. Les palais actuels de Rome diffèrent des palais antiques; la villa de nos jours se rapproche beaucoup de l'antique villa. Ces palais de délices, comme les appellent les Italiens, sont ordinairement sur un lieu élevé, et tournes vers Rome, horizon superbe, en harmonie avec la pompe de leur architecture , le marbre , les statues , les fontaines qui les décorent. » La villa Pamfili, avec son parc grandiose régulièrement planté, son lac, son élégant casino, ses frais gazons émaillés d'anémones , ses grottes , ses bassins, ses cascades, ses fragments antiques, est la plus vaste , la plus variée, la plus belle des villas romaines. Malgré l'opinion générale, je la préfère à la villa Borghèse , à cause do sa vue et de sa position sur le Janiculc. De sa terrasse, on a Saint-Pierre pour perspective rapprochée ; du haut de son délicieux casino les yeux s'étendent sur la campagne romaine, et lorsque le temps est clair, jusqu'à la mer , jusqu'à cette belle Méditerranée, qui est comme la barrière argentée de ce grand hémicycle de montagnes au centre duquel s'élève Rome.

^ Pam(ili porte de gueules à une colombe d'argent portant au bec un rameau d*olivier de sinopic, au chef cousu parti de trois pièces d*azur, chacune chargée d'une fleur de lys d'or.

VILLA PAMFILL :m

La P<amfili nous plait aussi par ses masses énormes de pins-parasols qui ont une végétation prodigieui^e. Nous aimons à nous asseoir et à rêver

Parmi ces hauts cyprès^ ces pins à sombres cônes Que le couchant coupait d'éblouissantes zones,

(Sainte-Beuve.)

Quel arbre poétique et pittoresque que le pin ! Il est h rilalie ce que le palniicr est à l'Orient; il donne de l'ombre en laissant delà lumière; il vous abrite sans vous cacher le ciel ; il est élancé comme une colonne, et se termine par une tente de soi(^ verte transparente et frissonnante au vent :

Un pino Tra r erba verde e'I bel monte yicino Onde si scende poetando e poggia.

(Pétrarque, sonnet x, in Vita,)

La villa Pamfili a fait partie du théâtre de la guerre: c'était un point important du Janicule ; les brigades des généraux MoUière et Levaillant en débusquèrent les Garibaldiens et s'y établirent dans la nuit du 2 au 3 juin , après un combat opiniâtre oii nous fîmes plus de deux cents prisonniers. Les Français respectèrent la Pamfili , tandis que les défenseurs de Rome ravageaient inutilement la villa Borghèse; la Ville-Sainte était plus aimée et plus respectée par ses ennemis que par ses prétendus amis. « Elle a été profanée, dit Mgr Gerbet, par les Huns et les Vandales de la civilisation , comme elle l'avait été autrefois par ceux de la barbarie. Mais ils l'ont foulée aux pieds sans la rabaisser, et les cicatrices qu'elle

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porte ne font que mieux ressortir tout ce quMl y a dMnaltérable dans ses grandeurs. »

Les soldats français avaient enterré un^ certain nombre de leurs camarades dans un coin du parc de la villa, non loin de la porte, en marquant leurs fosses par de petites croix en branches d'arbres. Le prince Doria- Pamfili a élevé à ces Français, morts pour la délivrance de Rome , un joli monument circulaire , en marbre blanc, surmonté d'une croix ; ce n'est pas sans émotion et sans reconnaissance que nous y avons lu cette inscription française gravée à côté de l'italienne :

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