‹ Rome; lettres d'un pèlerinChapitre 54 sur 82 · A LA MÉMOIRE DE MA SŒUR · texte numérisé non relu

A LA MÉMOIRE DE MA SŒUR

La plupart de mes lecteurs, indifférents à

ce qui leur est inconnu, ne me blâmeront

pas, je l'espère, de mêler ce sentiment per-

. / ; sdnoel et e« sdtavenlr Itas nmri ain grandes

images funèbres de Rome.

(Mgr Gbrbrt, Rome chrétienne.)

Pendant que j'étais à Rome, si loin de toi par les yeux , si près par la pensée , j'ai cherché les traces de ta patronne dans la Ville-Éternelle. J'espérais qu'à mon retour tu lirais avec plaisir ces souvenirs recueillis pour toi, mais le Maître en a décidé autrement. Que son saint nom soit béni à jamais !

Quoique tu ne doives plus les lire , c'est à toi que j'adresse encore ces quelques pages qui t'étaient destinées ; j'aime à retrouver si souvent sous ma plume ce doux nom de Mélanîe, qui était ton nom et celui de notre mère ; je me plais à le répéter tout haut; il me semble que tu vas me répondre ; j*aîme à croire au moins que tu me vois et que tu m'entends à travers ce voile , parfois si transparent, qui sépare les deux mondes et qui est encore entre nous ; non es morlua!

Je voudrais que ces quelques pages , écrites pour toi , fissent éprouver à ceux qui t'ont connue ce que j'ai ressenti moi-même, en lisant à Rome cette épitaphé dès t)reniiers siècles, trouvée dans les catacombes deSaiÂte- Cyriaque : *

PISTE SPEI SORORl DVLCISSIHE FECIT.

ft Piste à Espérance, sa sœur irès-doQce. >i

Ouo fessum rapitis, Fabu?Tu, Maiimus itte Vnas qui nobift cnoctando restiUiia nro !

(VuiOILl.)

Mercredi, 16 majeu

Quand cm pénètre dans réiroite rue de' Colonne de^ Ma$$imi, on se trouve bientôt devant un portigfu^ circulaire soutenu par six colonnes; c'est la préface mQnurmentale du palais Massimi, une des œuvres cél^res de Baldazzarre Peruzzi^ surnommé le Raphaël de r;arcbi|tçQture. Il a su tirer parti d'un espace si incommode ei.si resserré pour y élever un élégant édifice chargé de nobles sculptures ; le temps les a qoircies^ mais observez-les en détail, et admirez cette petite cour si bien dessinée , qu'embellit une jolie fontaine.

Ce palais est la résidence de la famille de' Massiu)^, qui prétend descendre des Fabii Maximi. Les Fabius a^tirques se disaient issus de Fabius, fils d'Hercule, et se divisaient en plusieurs branches, dont les deux plus célèbres étaient celle des Ma^cimi et celle des Pictores , ainsi

nommée d'ua Fabius , ami des arts; qui le premier prit le pinceau à Rome pour décorer le temple du Salul. i.es Massimi modernes se sont aussi mon tré$. amis des arts en décorant leur pajsjis; ils n'ont pas moms bien mérité des lettres en ouvrant leur denripurç à la premi^e imprimerie qui fut établie qi Rpn:ie ^n j[467 par.deux Allemands, Sweynheim et Panuartz (in doma Pétri de Maximis). Les troi$ cents Fabius qui périrent jusqu*au dernier sur les bords du Çrémàre en combattant contre les Véiens, n'avaient laissé qu'un enfant pour perpétuer le^r ppble race; de cet enfant naquit Iç sauveur de Rome, le plus grand des . Fabius ,, celui qui inérita! le mieux le nom de Maximus, Oa.Vavait ^i^momméA Verrucosus, à cause d'une petite verrue qu'il avait a la lèvre. Dans son enfance il était si doux et si c<xmplâÂT sant, que sçs camarades raj)pelaient ^qvicw/a^. pçt^te brjsbis. Rome put dire un jour .^e lui çe;guç Ngpçjéon disait du maréchal Jjoba^ v MpR.^f>?^?W{^^<. f*H Kpa/. Quel beau caractère que celui de ce Fablqs Çunct^tor^ ce pédagogue d'Anm'W, cet impassible teiuporisiem;^ qui, unissant Iq courage civil, au courage. .ipijUts^ijrf., s'inquiétait moins des rumeurs et des calomnies quQ du . salut de la psitrie ! i -

Unus bomo Qobis cuootaado liestituit rem ;

Non ponebat enim rumores ante salutem^ .... .,-.

Ergo magis magisque viri nunc gloria claret. .^

(EnNius, ciié par Cicéron, c}« Sénccf !|

La temporisation du Gunçtator est passée en prqyerbe et est restée populaire à Rome , où l'on dit encpr^ : Un mezzo termine da Fabio Mds^imo, col qimde bisognaandare tewporeggiando e contentando i due partiti. Rome

a conservé ces étatiques traditions de pî'udënce et de sagesse; la Pàpaùtê a hérité du génie politique dés vieux Romains y qfù'^élle irait aii génie du Christianisme. Il est à rfeniar^uer qu'où trouve à Rome moins de vivacité italienne ) et 'j[ilns -de gràVîté ef dé réflexion* que dans les atiti^ dites' dé là pémnstile. Lé gouvernement romain est encore un gouvérnlenlent à la Cunctator; patîens quia (BîeiMms.Toiit se fait'àBôme avec une sage lenteur; les affairés is^y traitent avec poids et mesure, et à loisir, comme eîitre gens sûrs de leur éternité; il faut, ditK)ii1ci,' deux choses pour réussir : Dieu et le temps; Beus tt dits *. Les Rortiains disent encore : // tempo è galantuomo; daio tempo al tempo ^ e non precipitate le impetzienzel

La famille des princeâ Massïnii, qui prétend descendfèr^dà Ctinclaldr, à pour devise le fameux Cunçtando restifUityQxisiïïA Pëmpei'eur d'Autriche vint à Milaa, il y a-défà dès ankiééè', prendre la couronne dé fer, le Saint- Pèi^e îilfèttïvoya une députatîon dont faisait partie le prince Mafesimo, aujourd'hui cardinal. L'empereur lui demanda s'il était bien vrai qu'il descendît du Cunctator : — « Tout ce que je puis dire à Votre MAjesté, répondit spiriludlement le prince; c'est qu'on le dit à Rome depuis dou% Cents ans. ))

Mais les Mas^imi ont un autre titre de gloire non moins beau à notre avis; nous ne venons pas visiter leur ^lais seulement par curiosité , mais pour célébrer avec= eui l'anniversaire d'Un événemenl oîi Dieu a fait éclater uii miracle dé sa bonté.

* Le premier ministre de Dieu au département de ce monde ^ le Temps. (De Maistre.)

39Ô LtS lÎÉSCENbAJNTS DU CukcT^ÀTÔft.

Il y à aujourd'hui deux cent' soîxante-dix ans, le 16 mars 1583 , que se passait-il au palais de' MassitMl Cftiè àcèiie bien triste et bien ordinaire , mais quî déVait avoir un déïioûitient e)^traordinàire : toute ^la noble fklùîlle était autour dû lit d^agbriie de rbéritier de la tnàison. Paôlo Massimo , qui n'' avait que 14 atiSi Se sentèint prêt à expirer, Venfant appela la bonhe Franceséa, qui l6 Joignait jour et nuit \ et la pria d*àlter avertir sàifal Pbi'lippe de Néri, qui avait promis dé ieiht Fassi^èf à sôii heure derbière. Quand il reçut le message du tnodrant, le galinf était à l^àiïtel. Â peiné la mésséifîtiiéyll accourut en toute hâte, mais il n'était plus tètfïps; Fabnzib,'le pète dii jeune hônime, vint à sa fencônffre', et i'iii dît que Paolo était mort; DoiA Camillo, le curé' de là paroisse , était venu Taiministrer^ et le vôyktit è%pWè , s*en était allé. La bonne Francèsca avait déjà lavé' le corps, selon l'usage, et s'a|)pretaît à le revêtir cle ses vêtements funèbres, quand Philippe entra daiis là chambre, désolé d^être arrivé trop tard. Mais lé saint' avàîl confiance en Dieu ; il prit de l'eau bénite et en Jeta sur le visage et dans la bouche du mort, puis il le toucha en tremblant, tutto tremante^ et priant Dieu, il criait de temps en temps : Paolo ! Paolo ! A cette voix vénérée, le jeune homme, s'éveillant de son sommeil de mort, ouvrit les yeux et ressuscita au grand étonnement de l'assistance. Le saint lui demanda s'il voulait mourir ou revivre. L'enfant répondit qu'il préférait rejoindre sa mère et sa sœur, qu'il avait dégà entrevues dans le ciel. En effet , il se laissa retomber sur sa couche mortuaire ,

* Mandô Francèsca, corne colei che il di e la notle lo servi va.

LÇSjÇ^CENDANTS.QU CUNf;T^TO^, 3Sf

^\ il^^oi^fut 4^ oouve^u dans les br^s de saint phi-

^mk\r '. ... ^. ^\..- ;)i

il,.Çe|najxacle est raconté dans la vie du saint écrite pat; spn.çopteinporf^in Antonio Gallonio» qui en appell^e au t^pi^jn^e da tro\s personnes encore vivantes de son teaip$^ ^çt^qui s^ trouvèrent présentes à la résurrôctjpp et à la seconde mort de Paolo : c'étaient Fabrizio Massjmo, père de l'enfant, Violante Santacrpce, sa secondq ^mme^ et Francesca di Antonio di Givitella. Ces troi^ t^nfioins ont déposé du fait, sous le sceau du sernaent, dans le procès pour la béatification de Philippe.

La famille de'Massimi célèbre chaque année le solennel anniversaire de cet événement domestique. Aujourd'hui, 16 mars, son palais est ouvert à Rome entière pour cette religieuse commémoration ; entrons-y comme tout le monde. Les deux grandes portes sont ornées dé teptures et de tapisseries, et d'un tableau qui représente le miracle. Montons cet escalier; où sont incrustés des fragments de sculpture antique, et qui se termine par une élégante loggia. Suivons la foule qui vient ici en pèlerinage; au dernier étage du palais, après avoir traversé une longue file d'appartements, on arrive dans une riche chapelle revêtue de marbres précieux et éclairée ckgiofnoper la funzione; c'est là qu'était la chambre où le saint ressuscita le jeune prince Paolo.

La famille de' Massimi doit être nioins fi^e de descendre du Cunctator que d'avoir mérité que pieu fît ce

; A 11 beato Padre dimandavagli s'ei voleva inorire> et *e moma V6^ lentieri; ed cgii rispondcva che si per andar in cielo, ove, erano si|a madré c sua sorella poco innanzi morta, le quali per âvventora àvca vedute; e desiderato di volar tosto a vita etertia, présente Filippo (stando egli fra le sue bracchia) di nuovo si mon. {Vita del Neri.)

miracle en faveur d'un de ses membres. Sa reconnaissance séculaire est touchante et digne de cet enfant qui , rappelé à la vie par les prières d'un saint, préféra se rendormir du sommeil de la mort, pour retrouver làhaut les deux pieuses femmes qu'il aimait d'un si filial et si fraternel amour.

,.,... ....xçr. .

AU DCMTELK DUSKY.

Lecz przyidzie godzina!

(Mais une heure Ttendra !) (Âdun MicEiBwicz, Sonnet* de Krimée)

Auprès du Quirinal s^élève la jolie petite église de Saint-André du Noviciat des Jésuites. Elle renferuie le corps d'un .saint de Pologne et le corps d'un roi de Sardaigne : Charles-Emmanuel , dégoûté du trône et du monde, abdiqua en 1802, vint à Rome et s'y fît Jésuite; il mourut en 1809 K Le saint polonais est Stanislas

1 Le roi de. Pologne, Jeati-Kasimir; avait été aussi religieux de la Compagnie de Jésus. Un ordre du Pape le fit cardinal^ un ordre du Pape renvoya^ après la mort de son frère Yladislas, chercher un sceptre en Pologne. H épousa une Française, Louise de Nevers^ qui fut la généreuse compagne de sa vie et de ses travaux. Quand elle vit, malgré leurs efforts, la Pologne répandre dans les guerres civiles le sang de ses veines épuisées, elle s'écria : « Ergo moriendum ! Il faut donc mourir ! » Et quelques jours après elle rendait le dernier soupir^ image prophétique des malheurs futurs de cette seconde patrie qu'elle avait tant aimée. {Notice sur le bienheurexAX André Bobola,\as le P. Olivaint.)

Les Polonais reprochent à notre Henri 111 d'avoir abandonne le trône de Pologne pour le tronc de France, et d'avoir ainsi laissé la Pologne

394 PqW)GNE ET RUSSIE i ROMB-

Kotska^ qui est, avec saint Louis de Gonzâgue|(le|mtr0a de la jeunesse chrétienne, et la fleur ^e^ U Comffigfk de Jésu& Sa chapelle et son tombeaa sonljua^Scpee^ J'obtiens la permission d'entrer djàns le cputeiat et<d)3 visiter la chambre de saint Stanislps^ Osa tcaversia f>oâr y arriver de longs corridors tapissés .de tal^Hoau^ i»t de portraits. Je remarque une grande {>eiatur6 assfia cu*^ rieuse : la Vierge est au ciel avec son divin Fils; sw la terre ^ les novices de la Ck>mpagnie de Jésus soat à ge*noux; des anges tressent des couronnes; dans un coin on voit le casque et Tépée de saint Ignace^ symbole de sa milice militante; au fond s'étend un paysage romain. Dan^ Tantichambre on montre les portraits de saint Ignace et de saint François-Xavier, leurs autographes, et des reliques tirées des catacombes et accompagnées de ia fiole de sang, indice du martyre. Entrons dans la chambre de saint Stanislad. Â la place mème.oijbil^st niort on a posé sa statue couchée, et entourée d^uiie ba*tlustrade d'or massif. Cette statue , qui fait illusion , «st le chef-d'œuvre d'un sculpteur français, Pierre Le Gros. C'eat une sorte de mosaïque formée de morceaux de marbre de diverses couleurs. Le lit où est étendu le jeuiie saint expiré ' est en marbre gris, le matelas en marbre jaune; la tête, le cou, les mains et les pieds nus de Stanislas sont en marbre blanc et sa soutane en marbre

livrée à tons les désordres d'une royauté éligible. Chaque noble p6k>oais, se disant issu de Picuty prétendait être candidat naturel à la couronne.

* Je m'aperçois que je fais une faute de français, mais j'ai pour moi Texemple du divin Racine :

A ces motSj ce héros expiré N'a laissé dans mes bras qu'un corps déiiguré.

ndip. Otf 'pôtitTiiîl(5i*olre ^ùfe le cbntrti^ de ces martre^ diUéretlte est pins bfzatré qu'hèiifeîetiir ; je lé' pe^sate aw&î iBivaufl <!e favoft- Vu ;* tfiâis cel àdpècl iéuftfcôloré ajbùte^ rillasiofi. La pose du Jeune hétfo» chfétTéti hsi trèi^))elle; 41 e&( légèrement dffaissé ^nr le cAté droit, ses pîed0 nus Un pen repliés sons lui , la tète inclinée sur Fereiller quWle creuse de son poids; sa flgo^e, fiàeii^ènt sculptée , a une grftce enfantine et charmante , telle qtfon se la représente d'après sa vie ; Il a les yeut fiériiiés et seilible sommeiller plutôt que dormir du som- Htfeit'de-la mort; il rôre à réternîté; un vague sonrii*e erl^ encore sur ses lèvres , qui paraissent s'ouvrir pour pt^ottonéer^elques-nnes de ces admirables paroles si ikniiUères à ce jenne saint * ; dé la main gauche il tieni on 'médaillon où est peinte la Vierge avec Jésus ; de là main- droite il serre un grand crucifix d'ivoire; c'est dans cette attitude qu'il est mort, et qu'il revit pour noifô dans ce chef-d'cieuvre d'un de nos sculpteurs. J'a^ voue que cette statue m'a plus ému que l'Apollon du Belvédère. On a placé au-dessus un bon tableau du Cavalier Tommaso Minardi , qui représente une vision qu'eut Stanislas à Theure de sa mort. II vit apparaître la frès^ainte Vierge, sainte Agnès avec son agneau,

t 11 disait : Je ne .suis pas né pour les choses présentes, mais pour les futures. — Mieux vaut faire de petites choses par obéissance, que de grandes choses par sa propre volonté. -^ u Le jour de F Assomption de l'aal5B8, saint Stanislas était, comme il Vavait prédit, sur lo point d'air 1er célébrer dans le ciel la fête de Marie; son supérieur, entouré detou» les novices^ lui ordonna, au nom de Tubéissancc, de dire ce qu'il a fait et ce qu*il faut faire pour obtenir de la Reine des anges les faveurs dont elle Ta comblé. — Quidquid minimum, répondit-il , dummodo sit constans. Le plus léger hommage, pourvu qu'il soit persévérant. » (Gaume, les Trois Home.)

sainte Cécile portant sa harpe, et sainte Barbara^ des fleurs à la lïiaîû.

Devant l'autel , car cette cellule est convertie en chapelle, on montré lé portrait de Stanislas et l'antique nri^done de saint François Borgia. Le corridor ppsi^ètdç, des peintures de la vie du jeune saint; on lé voit çq butie aux mauvais traitements de son frère et de son .gouyerneur, et guéri miraculeusement des blessures qu'il en a reçues; le voici qui donne ses habits .à ua pauvi;e| un ange l'aide à s'en dépouiller. Stanislas était fils de Jean Kotska, sénateur de ï^ologne, et de Marguerite^de Drob^ nin Kriska. Pers&uté par sa famille à cause de son désir d'entrer en religion, il se rendit à Rome en ihabit de pèlerin, et fut reçu à dix-sept aâs daùsia Goinpagnle de Jésus; son père, dans sa fureur, menaçait les Jésuites de les faire chasser de Pologne. Stanislas, vieux de vertus et de mérites, mourut à dîx-hdft ans. Béatifié par Clément Vin , il est devenu le patron du Royautne de Pologne , et le patron particulier des villes de Varsoyie., de Posna et de Lublini Les Polonais attribuenl à son' intercession le bonheur qu'ils ont eu d*êtrie délivrés, d'une grande peàte » ainsi que plusieurs victoires remportées sur les Turcs, les Tartarès, les Russes et les Cosaques V

^ Dans les Litanies des Pèlerins poîenaiê, MiokFewicr,'1e poe^è' national de la Pologne contemporaine, n'a paè ônblié nbtre' samt i'uéaïnt Stanislas, patron de la Pologne ; saint Kasimiar, -patroo de \A Lilbtiafiiie; saint Josaphat, patron de la Russie polonaise, priez pour nous ! » Les Polonais ont proclamé la sainte Vierge reine de Pologne et - grandeduchesse de Litbuanie. Mickiewicz commence ainsi son poëtne intitulé Thadée Soplitza: «Vierge Marie! toi qui défends la sainte montagne de Gzenstochowa et règnes sur la porte Ostra dans Vilna ; toi qui protèges le château de Novogrodek et sou peuple fîdèlc , jadis au berceau, lorsque ma mère éploréc m'eut voué, mourant, à tes autels, tu me ren-

Les Polonais, ces exilés de la patrie et de la foi *, aiment à reti*ouVeï à Iftome leur jeune patron, mourant et vivant dans un marbre sculpté par la main d^n Français. Laî'rance^à prête son église de Saint-Glaude-des-Bourgui^iiôns et le petit palais qul^y est annexé aux pré* tf es polonais , qui entretiennent à Rome le feu sacré du culte catfaoliquê , la seule nationalité qui soit restée à la PoTogtie"^.* Aussi les tzars, pour dénationaliser les Polonais/tfort"! rien trouvé de mieux que chercher à les déôàtholiserJ Les Papes oçt donné. de beaux titres aux rois de l'Europe ; q^ sont : Leurs Msgeslés Très-Chrétierinè, Catholique, Très-Fidèle, Apostolique. Les rois

dU la eaiit^'par un miracle; je soulevai aussitôt ma paupière appesantie, et je pus, le même jour, aller sana. appui dans ta sainte chapelle^ remerciée^'Dlétr dë'jta' vie que tu m'avais rendue; par un miracle non moins graçd, 4a40pe;kamenériles (yroscrits au sein de leur patrie absente. »

^ U'^-^a prè^ de la place Trajâne une église de saint Stanislas-des- Polonais. Son hôpital a été doublement national et par son but, et par lenoin dé^itàn fondateur, digne représentant de la foi et de la nationa-^ lité.ppUnaiae. Qealk le grand cardinal Osius, dont la tombe et Tépitaphe ont gardé^ pour la, Pologne de nos jours^ un avertissement prophétique : <c Je vous ai prémunis contre ceux qui vous séduisent; nul n'est catho- « liquaj ^*il.se sépare de la foi de l*Ë^se romaine. » Hœc scripsi vobis de lis qui seducunt vos; catholkus non est qui a Romana Ecclesiu in fidéi doc&ind discordât» — le tombeau du cardinal Osius se troove.dant l'église; de; Bainte-Marie>>do- Tibre. (Mgr Gerbet.)

Les Polonais ont un pieux salut^ dont la formule touchante remonte à rintroductîon du Christianisme en Pologne : Niech hedzie pochimlony Jezus Chrystus (que Jésus-Christ soit loué) ! Ce salut fraternel réunit pour un instant, dans une pieuse pensée, deux voyageurs inconnus Tun àFautre, esquivent se séparer pour jamais.

* L^.pteriei d'une nationalité est un des malheurs de la race humaine qui appelle le plus la sympathie. Il y a dans la patrie quelque chose de si sacré^ que, quand nous arrivons, en lisant Thistoire, à Fun de ces moments où Dieu^ par un jugement impénétrable^ retire la vie à une nation, nous soomies saisis pour cette patrie défaillante, déjà disparue dans le lointain des âges, d*un amour qui voudrait la ressusciter, comme si c'était la nôtre. (Lacordaire, Lettre sur le Saint-Siège.)

308 l^ULQGNE ET RUSSIE A ROME.

dejPologoe avaient mérité du Saint-Siége le nom de Majesté Orthodoxe; ce titre a été usurpé, comme le r^^te^ipâr le ttar schismatiqae ^ qui se prétend le<cbéf Ae X]^g\m orthodom.

U y a dan$ Téglise de Sainte-Sabioe , à Rome^ une 'frasque antique qui représente saint Dominique rerôt^nt de rhabit.de Frère^Prêcheur deu& jeiu»^ n<»btes polonais, Hyacinthe çt Geslas Odrowaz, qui abandonnèrent toutes les grandeurs terrestres pour port^ la tonne nauvelie. dsius leur patrie, d'où elle s'étendit dans fa Lithuanie, la Prusse et la Moscovie. '

Les premiers apôtres des Slaves furent saint GyHIle et son frère Méthodius, qui était peintre, et qui coD^Fer- \ii le roi des Btdgare^, en peignant le jugement dernier 3ur les murs de son palais. Cyrille étant mort à Rome , Méthodius voulut emporter le corps de son frère , mais le peuple romain refusa de laisser partir ce glorieux cadavre, a Forcé de céder à cette violence de la vénération publique, Méthodius pria seulement que le corps de son frère fût déposé dans Téglise dédiée à saint GlémenL L& raison de ce choix ét^it touchante. Qn sait que saint Clément, pape du premier siècle, avait été exilé au delà da Pont-Euxin, dans la Chersonèse, et qu'il y avait été martyrisé '. Un temple construit plus tard sur son- tan^ beau, dans une île tout près du rivage, avait été. détruit dans les incursions des barbares; son oereueit de.jmpre avait été couvert par les flots. Sou& l'empereur Mîehel ,

^ Il fut al taché à une ancre et précipité dans la fn^r, àfa pbmCedu eap.Chersonàse, sur ce même sol arrësé ra. ce moment par le sari!g^8fe notre glorieuse armée. Il serait digne de ia France d'éleTer 1^ un moni^ raent au pape saint Clément, atec les maiite de ses sofdats qui y défendent TÉglise contre le schisme russe. ^ ; . ^. il 'ih '■ ')

.un. prêtre, aonrnié Philippe, avait reporté son corps à Cberson j c^était là qu'il se trouvait lorsque saint Cyrille le prit avec lui en partant pour Rome. 11 était donc bien convenable que cet évéque des Slaves y reposât dans la basilique , on pourrait dire dans la maison de ce pape , mort anasi bien loin de ses foyers paternels, et qu^il ^iVait rapporté de ses propres mains dans cette même égUse pour lui rendre un tombeau natal. La demande 4e Métbodius fut accueillie , et les Slaves peuvent vénérel' encore les reliques de leur apôtre dans Tantique basilique de Saint-Clément. » (Mgr Gerbet.)

Le schisme grec a divisé les Slaves en deux partis ; les Gréco-slaves et les Slaves-romains. Les Russes sont à la tête du premier, et les Polonais à la tête du second. Au onzième siècle, TÉglise russe était encore soumise à FUnité romaine. Démétrius de Russie envoya, en 1075, son fils à Rome, aux pieds de Grégoire Vil , afin de le faire investir par le Pape de ses propres Etats. Mais, dès qu^elle se fut laissée corrompre par le venin du schisme, rÊ^se russe est devenue un rameau mort, détaché du vieux tronc catholique, et qui n*a plus prodoit de fruité véritables. De loin, elle a encore une apparence de vie; vue de près, c'est une Église pétrifiée. La dégradation du bas clergé, qui se marie, est telle, que le gouverneur militaire d'une ville ou d'un village met ordinairement le pope aux arrêts le samedi , pour qu il ne s€Jt pas ivre le dimanche et qu'il puisse dire la me^. Les membres du haut clergé sont les serfs spirituels du tsar, qui les a disciplinés comme un régiment , et qui fait pt*ésîder le saint synode par la cravache d'un colonel de hussards appelé Protasoff.

Restée ea arrière de toutes- les autres^ rÉglise russe est comone 60B calendriery «lie retarde sur le eadrad.4ês siècles ^

^ « SI Ton veut bieu comprendre la situation de.l^£glise grecque en Russie, disait Henri Mérimée en 1840, il faut ^ par un singulier rapprochement, remonter à Homère. Comme Galchas , dont il parait descendre en droite ligne, le pope a sa place dans les pompes nationales pour les consacrer; il est trsdné à la suite des armées pour les bénir; mais s'il a la moindre veUéité d'indépendance, et que ses oracles déplaisent, Agao^mnon lui crie encore, en levant le sceptre : Prophète de malheur, arrière! On assure même que parfois le sceptre se fait sentir : ov-iîTrTpw gXxffaff^v. »

Les évêques russes ayant osé réclamer, à Pierre I*' le

^ Au concile de Florence, Isidore^ métropolitain de Russie, fut le premier à proposer aux Grecs de se réunir aux Latins, et il souscrivit la bulle de réunion; mais le pouvoir en Russie ataittrop d'intérêt à confisquer à son profit Tautorité spirituelle, pour la laisser reTeiùr à l-v^é. La Russie^ isolée ainsi du reste de l'Europe, n'a pas reçu ce baptême de Rome qui a fécondé tous les peuples de la chrétienté. Ainsi, elle a réfusé de prendre part aux croisades^ c'est tn malheur dont elle se ressent encore. Voici ce que disait, en 1839, un prince russe à M. de Gustii^e: a Les Russes n'ont point été formés à cette brillante école 'de la bonne foi dontrEurope che?alere8que a su si bien profiter, que le mot hotm^r fut longtemps synonyme de fidélité à sa parole, et que ia paroh d'hqnneur est encore une chose sacrée, même en France, où Ton a oublié tant de GbOBes. La noble influence des chevaliers croisés s'est arrêtée en Pologne avec celle du catholicisme. Les Russes sont guerriers, mais pour conquérir; ils se battent par obéissance et par avidité , les chevaÔers polonais guerroyaient par pur amour de la gloire. Ainsi, quoique dans l'origine ces deux nations, sorties de la même fouche, eussent entre eUes de grandes affinités, le résultat de Thistoire, qui est l'éducation des. peuples, les a séparées si profondément, qu'il faudra plus de siècles à la politique russe pour les confondre de nouveau, qu-il u^eu a fallu à la religion et à la société pour les i?éparer. w ,

POLOiJNE ET RUSSIE A 'ROME. 40i

droit d^élite un patriarche, le tzar tùit la main sur son poignard , et leur dit d'un air irrité : « Vous voulez un patriarche ! eh bien ! votre patriarche ce sera moi ! » Def^tîis -lors le clergé fwssfe n*a plue réclamé et reconbaîi son pape dknè le tiar:

Lès'Polonaîâ piféteiideBÏ que Efente a deviné là Russie modertiè, lorsqu'il décrit, dans lé dértiier cercle de V Enfer, cet empird douloureux où les damnés sont enfouis dans la glace , et dont Vernpefeur est un géant à troià visages, noir,' jaune et rouge* couleurs qui sont celles du psLvillon russe; ce géant, plongé jusqu'à mi- Corps dans le lac gelé, glacé tout le Cocyte avec le mouvement de ses ailes :

' ' LÀ' mperador del dôloroso tegno ' • • Da mezzo '1 petto uscia fuor délia ghiaccia.

' IJflïjcï^iêwicz , qui a passé plusieurs >iiiiéés à Koine, et qui a fait à Lausanne un cours sur l'antique société romaine, cherche à prouver que Sàînt-Pétersbpurg est «ne parodie de Rome; l'empire russe est l'empire roihaîn à retours , en commençâtit par sa décadence et par âes crimes^ Le Domitien du. Nord a renouvelé les persécutions' des empereurs romàîtis contre l*Église, parce qu'il sent qu'il y a dans le catholicisme une force auî lui échappe , à lui qui voudrait aussi gouverner les consciences; l^empereur Nicolas, ]^ liAp knoutopotent , èomme l'appelle Mickievricz, a été un des plus violents et deipius astucieux persécuteurs de l'Église. Le 13 décembre 1845, quand il passa à Rome et fut reçu par Grégoire XVI , le Vieillard du Vatican commença par

lui dire : « Je m'estime heureux d'avoir assez vécu pour faire enteudre la vérité à un si puissant souverain, d Le tzar, surpris et devinant ce que cela voulait dire , répondit qu'il ne fallait pas croire ce que disaient les gazettes. Le Saint-Père lui prouva, par des documents incontestables, qu'il savait ce qui se passait en Pologne. Le tzar objecta les lois de son empire. « Ce sont des lois humaines, répondit Grégoire XVI, et je réclame contre elles au nom des lois divines. Tous deux , Sire, nous sommes souverains, mais avec cette différence que vous pouvez changer les lois de votre empire, et que je ne puis rien sur celles du mien. Le jour n'est pas loin où tous deux nous rendrons compte de nos actions au Juge suprême. Je paraîtrai devant lui, le premier, sans doute, car je suis le plus vieux. J'y paraîtrais avec crainte, si je ne prenais aujourd'hui la défense de la foi qui m'est confiée et dont vous êtes l'oppresseur \ »

Nicolas fit des promesses à Grégoire XVI. On sait QQmmpnt il \qs a tenues.

Le martyrologe polonais est long ; il a pour titre : )^a Pologne mère des martyrs. Le bienheureu^L. Qçbola, de la Compagnie de Jésus, que Pie IX vient ^'élever sur les autels , fut martyrisé au dix-septième siècle par les cosaques de l'Ukraine , et subit un épouvantable supplice dont les détails font horreur. Les cs^tholiques slaves attribuent au Père Bobola des prophéties contre les Russes, que les derniers événements de la guerre de Krimée semblent devoir réaliser.

^ Gomparirei à' snoi occhi con timoré, se non pigliassi quesf o^i la difesa délia religione che mi è confldata^ dalla quale toI siéto foppressore.

POLOGNE ET RUSSIE A ROME. iû3

Depuis Bobola, combien de pages sanglantes ont enrichi le martyrologe de la Pologne !

0 mère polonaise ! il faut bien te le dire, Va prier à genoux la Mère du Sauveur; Comme elle, de ton fils tu verras le martyre, Ton coeur sera percé du glaive de douleur.

Le Christ à Nazareth, jouant dans son enfonce, De la croix s'essayait à porter le fardeau; Mère du Polonais ! enseigne-lui d'avance A porter une chaîne, à braver un bourreau !

Car ton fils n'ira point sous les murs de Solyme Ainsi que ses aïeux combattre le croissant; Sa patrie et sa foi seront un double crime Et dont il rendra compte au tribmial de sang.

Un cachot du combat sera la seule lice^ 11 sera défié par l'espion qui ment; Un ennemi pour juge, un gibet pour supplice : Telle sera sa gloire et son seul monument *.

1 Traduction d'une poésie de Mickiewicz. 11 nous a été douloureux de voir ce poète catholique égarer plus tard son géuie dans les nuages du messianisme. Envoyé en Orient avec une mission du géuvernëment français, il vient d'y mourir du choléra. A ses derniers moments, il a fait appeler un prêtre, et il est mort en Polonais fidèle et croyant.

bans les premiers temps de son exil, Mickiewicz a parcouru la Krimée, et a composé une suite de sonnets sur ce pays, à qui noe armées viennent de donner tant de célébrité. Il adresse ce sonnet aux tniines du cMteau de Ballàklava ; « Ces décombres informes, qui furent des cbâteanx, jadis ton orgueil et ta défense, ingrate Krimée ! gisent atyourd'hui sur les montagnes, comme des crânes de géants, habitées par le reptile ou l'homme, plus abject que le reptile.

a Escaladons la tour, cherchons les traces des armoiries. Que vois-je Une inscription ; peut-être le nom d'un héros, terreur des armées, qui sommeille dans l'oubli, entouré comme un insecte des feuilles de la vigne sauvage.

« Ici, le Grec a ciselé dans les murs les ornements attiques ; là, l'Italien donnait des fers au Mogol, et le pèlerin de la Mecque munnurait les paroles du Namaz (la prière des Turcs).

« Aujourd'hui, les vautours couronnent les tombeaux de leurs noires

40* POLOGNE Kï RUSSIE A ROME.

Semblait-il possible qu'il y eût au milieu de ce sièclp, en Europe, une persécution reb'gieuse aussi atroce que celle des Néron et des Dioclétien ? C'est la Russie qui a donné Texemplè de la cruauté ; c'est la Pologne qui a donné celui du courage.

Le monde civilisé a frémi cf' horreur en apprenant le long et cruel martyre des religieuses Basiliennes de Minsk en Lithuanîe. Les Polonais à Paris ont fait célébrer à Saint-Roch un service pour ces saintes victimes; au lieu de prier pour elles, ils auraient pu les invoquer pour eux. On se rappelle qu'acnés furent en butte aui^ persécutions d*un évêque apostat *, et des popes russes qui, ne pouvant les gagner au schisme, leur firent subir des traitements si barbares, qu'un grand nombrj^ d'entre elles succombèrent. L'abbesse de Minsk, la R. M. Makrena Mieczyslawska et trois de ses religieuses parvinrent à s'échapper; Paris les a vues et Rome les a accueillies. La supérieure de nos dames du Sacré- Cœur, Madame de Coriolis, leur donna un a^ile daçts le couvent de la Trinité-du-Mont.

Grégoire XVI et Pie IX les ont tour à tour traitées comme des confesseurs de la foi. On peut dire qu'elles ont goûte le martyre sans obtenir la mort. .

En ce moment^ les aumôniers français, qui > ds^ns les hôpitaux de Constantinople , donnent leurs soins aux

aile?, comme sur les remparts d*une ville exterminée par la peste flotte éteraellement le drapeau de la mort. »

^ Cet évêque, nommé Siémaszko, leun. montra son pouvoir signé de Nicolas, qui y disait : J'approuve tout ce que le saint archevêque a pu faire et fera pour rétablir la religion orthodoxe; je tiens tontes ses entreprises pour saintes, saintes, trois fois saintes; j'ordonne aux autbrHés militaires de se mettre à sa disposition, etc.

blesses russes, ont pour interprètes auprès d'eux deux de ces religieuses polonaises persécutées : Joséphine Mikulawska et Thècle Mackiewicz , réfugiées en France , se sont faites Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul ; la Providence, car qui oserait parler ici du hasard , les a envoyées en Orient pour se venger de leurs souffrances en pansant les plaies des soldats du tzar, leui; persécuteuif< Autrefois, quand les sultans montaient sur le trône, ils ceignaient le sabre de la victoire , et recevaient des mains du chef des janissaires une coupe de sprbet qu!ils lui rendaient pleine de ducats, en répétant la formulei officielle : Nous nous reverrons à la coupole rouge ! C'est ainsi que les Turcs appelaient Rome. Le père d'Abdul- Medjid accomplit encore cette cérémonie, que son fils n'a pas osé renouveler; c'eût été une dérision. Les temps sont changés : ce ne sont plus les Turcs qu'il faut craindre pour TEurope et pour Rome ; ce sont les Russes qui se donnent aujourd'hui rendez-vous à Sainte:Sophie, et à Saint-Pierre *. Ce ne sont plus les Turcs qui persécutent les chrétiens, ce sont les Russes. Plus que toute autre puissance séparée de Rome, la Russie désire la ruine de l'Église pour fondre la nationalité, polonaise dans l'unité moscovite, et faire triompher sa politique et sa foi en Bohême , en lUyrie , a Constantinople et à. Jérusalem. Le tzar ressemble au sultan plus qu'il ne croit ; comme lui il est chef du pouvoir spirituel et temporel dans son empire; il peut dire : L'Église et l'État,.

' Les tzars se prétendent successeurs des empereurs romains^ et ré- ' clauient Coiistantiuopie à ce titre. Quand Nicolas passa àfiome efn simple voyageur, les Russes se sont écriés que Pempereur orthodoxe était rentré à Rome, après tant de siècles d'absence!

c'est moi * 1 (Test le pape de la prétendue église orthodoxe, et comme tel, c'est l'adversaire le plus redoutable et le plus constant du Vicaire de Jésus-Christ. La Russie est l'ennemie-née de la race latine ; elle rêvé la monarchie universelle des Slaves, et la suprématie du schisme grec^. «c Le tzar à Gonstantinople, dit Louis Veuillot y c'est le sabre de Mahomet dans la main de Pbotius. » La Russie est un des grands périls qni me-

^ Le même prince russe que nous citions tout à Tbcure, disait encore à M. de Oustine, en 1839 ; « Nous verrons une révolution européenne avant de voir l'empereur de Russie servir de bonne foi un parti catholique; les protestants seront réunis au pape plus aisément que le chef de l'autocratie russe , car les protestants ayant vu toutes leurs croyances dégénérer en systèmes, et leur foi religieuse changée en an doute philo-' sophique, n'ont plus que leur orgueil de sectaires à sacriGer à Rome, tandis que le tzar possède un pouvoir spirituel très-réel et très-positrf dont il ne se démettra jamais volontah'ement. Rome^et tout ce qui se rattache àrÉglise romaine^ n*a pas de plus dangereux ennemi que l'autocrate de Moscou^ chef visible de son Église, et je m'étonne que la perspicacité italienne n'ait pas encore découvert le danger qui nous menace de ce côté.» M. d'Estourmel^ dans ses Souvenirs de France et d'Italie^ raconte qu'une dame russe lui disait^ en parlant d*une de ses amies f Comprend-on qu'elle se soit fuite catholique, sans savoir si cela ne déplairait pas à l'empereur ? La princesse Zéneîde Wolkons&a, célèbre par son esprit et sa beauté, ayant embrassé le Catholicisme, fut exilée par le tzar et est venue mourir à Rome.

* Une lettre de Bucharest, en date du 31 octobre 1853, nous apprend, disait l'Univers du 12 novembre, des 'faits dont nous pouvons garantir l'authenticité. Lors de la publication du premier manifeste de l'empereur Nicolas, terminé par ces mots : « Nous marcherons à la défense de de la foi orthodoxe, » deux Polonais d'un régiment qui se trouvait en Bessarabie vinrent dire à leur colonel : « Nous venons de lire le mani^ feste de l'empereur, et, comme nous voulons nous conduire en bons soldats, nous demandons à neîjpoint prendre part à cette guerre, parce que, comme catholiques, nous ne pouvons pas nous battre pour la religion grecque. » Le colonel, en ayant référé à Saint-Pétersbourg, fit fusiller les deux soldats et quatre autres Polonais qui firent les mêmes observations.

Ce fait rappelle ces soldats chrétiens qui servaient les empereurs païens avec fidélité jusqu'au jour où on voulait les forcer à faire quelque chose contre leur conscience : alors ils préféraient le martyre. Non pa^sumus!

nacent l'Église et l'Europe ; la guerre qu'on lui porte , sans que beaucoup s'en cloutent , est une véritable croi-, sade, au début de laquelle nous aimons à répéter le chant de guerre de Brizeux :

Non, la- croix ne Ta point soutenir le croissant; Elle défend le Mble et combat le poissant :

Chrétiens, eu avant! /

Nous avons écrit sur notre bannière :

Russie, en arrière !

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