BEATRICE
What it can be, or not, Forbid to think. It is, and it has been.
De la place Barberini on arrive , en montant la col-
4i6 GALERIES Eï VILLf^ RQJ^^IJSES.
line, à une grille au-dessus de laquelle on lit ces mois : HoRTi Maximorvm in Sallvstian[s. C'esl la villa de la famille Massimi, constniite sur les jardins de Sallusle. Cent pas plus loin est rentrée de la villa Lu^pvigLjpaî appartient au prince ,âe Piombiuo , duc de Sora , lequel, contre l'usage des princes romains, en a rendu raqcès difficile aux étransrers. Nous obtenons cependant la per* mission d y pénétrer. , ,, f. .
Au milieu de ces beaux jardins s'élève une élégante villa; rien de joli à habiter comme ce petit €min^ si frais et si bien situé sur cette hauteur d'où la vue s'étend sur Rome. Le Guerchin a peint à la voûte sa célèbre Aurore , la rivale de celle du Guide que j'ai vue l'autre jour au palais Rdspigliosi , dans un petit bâtiment isolé sur une terrasse ornée d'orangers et d'un jet d'eau. On ne sait à qui donner la pomme; on reste indécis entre ces deux Aurores aux doigts de roses. C'est Homère, je crois, qui a trouvé le premier cette épîthète; c'était alors fort joli, parce que c'était tptit nouveau ^ aujourd'hui c'est renouvelé des Grjçc^. J'ai)pe.i]nieux Oante, qui assure que )es joues blanches et vérpieUles de la belle Aurore çont devenues, par trop d'âge , 4*ui^6 couleur orange :
Sî ehe le biaûohe é le vérmigUe guance^ <
Là dove io era, délia bella Aurora, ,
Per ù'oppa etate diveuivan rance.
Ces deux Aurores sont peintes sur des voûtes; il fai^t avouer que c'est une idée contraire au bien-être de l'artiste qui l'exécute et du spectateur qui regarde. Le custode dé la galerie Rospîgliosi a imaginé d'offrir au vîsi-
téur une glace dans laquelle se reûète la composition de 1b vodle, qu'on peut ainsi contempler sans se cesser Tépîiié dorsale. Ne ferons-nous pas bien, mon cher ami^ à*emplo>er ce moyen ingénieux pour faire voir votre ]î>éinlure au plafond de la tour du Nozet ?
Revenons à la villa Ludovisi. Ses jardins, découpés dàiis les anciens jardins de Salluste, s'étendent jus-* qu'aux murailles crénelées de la Ville qui lui font une magnifique enceinte. On y trouve, au fond d'une allée, un Satyre colossal de Michel-Ange, Ces jardins ont été dessinés par notre le Nôtre dans ce style architectural qui distingue le goût français, autrefois fort à la mode en Italie. Aujourd'hui on essaie du parc anglais dans line portion des jardins Ludovisi ; mais je préfère la ligne droite et symétrique, qui est plus grandiose et s^faarmonise mieux avec Thorizon monumental de Rome. Vous vous rappelez ce que madame de Sévigné écrivait à M. de Coulanges, alors ambassadeur dans la Ville- Éternelle : a Je fais réflexion à cette vie de Rome, si bien mêlée de profane et de santissimo ; à ces beaux jardins où Vart et la nature font éclater leurs miracles divers ^ » Madame de Sévigné, qui aimait tant à citer le Tasse, n'aurait pu appliquer à la villa Ludovisi ce que le poète dit des jardins d'Armide : L'arte che tutto fa nulla si scopre.
Hier, sortis de Rome par la porte du Peuple, et trouvant fermée la grande grille de la villa Borghèse, nous avons longé à pied l'enceinte extérieure de Rome par le chemin de ronde, Pomerio ; on y voit les substructions
> Lettre du 18 mars 1690. Ces derniers mots font allusion à uiie chanson de M. de Coulanges.
Il 27
4\% éiiktùtfk ^Wiùjà iittMMiîs.
gigMrtèsi|ues ik)nàtt^Hèè par lesjfijônniît^^^ leurô jâkiife stiSpeircïis Ai Piniéî'6;'^ o'ààh'iSi^Mà î^a pdfte PifldîaM , où Ton fenfrè âàtis IW t^if ^ËÔp|fc^ , déjà reÀlpiie, ^^t ce beeii soleil ^tfaild^'ftAiW^iî*^pages et de eavaiiers; c'est le bôî^Vfè Bôtildj^^è'des^fft)tnkms. Ge parc seigneurial rèBférhiè^d'eb'laés^j'dé^^^H^^ taines, m hippodrome , ploâietirs èînrJhréi' tib|^ qdi cotrtîeilt une précieuse coiïcctton de OTiii6à,^tbtr'autres la Vénus de Canova , qui eut pour modMî/'la pi*incesse Pauline Borgbèsè , soeur Se N&^it^in On nbtis a raconté ainsi le dialogue ^ui éWr "Ûé^ W^Aè gfand empereur et son très-cher bèaû-firèî^/ïè^^rijfirfce
otmiite: ■ \ v; V\:',
« Bôrghèse , je fachèle tes sWttfe. -^ Sîr^f'cîtee tkmt pas à prendre. — Je ne te âetiiaâde i^ÉsS elles ibut à'téndre ; je te répète, ëucore iriié fbife, i^e jë^fés'àcSiSe. Combien en tetix-tu? ^ Siré , uùé^cdtnpk^ùi^ âtf^fâsé eu avait offert 555 nrillioué à rtôn pè^e. -^C'^îtrbp', je t'en dotràe 18 : elles sont à ni6i. ^) De làî^ enfaii&këtdi-^
Ters calculs (car te dèut interlochteuifè^ êteièîhfdê|5tiié longtemps en contpte), le héros; qui niàfcbJttd^i} k merveille, rabattit jusqu'à un taîllitiu; et fdfbe fitàu pauvre prince de s'en contenter.
Aujourd'hui c'est cette colleetiôn qui fctt^mé An Loutre la plus belle portion du Musée dès Antirpièîr^ 'Màiâ le sd de la campagne de Rome est si fécond que , grâce à des fUuiUes persévérantes , la galerie Afgrghèsi^âffégf^é M pèrtea.
..'ij.s'].^ j^b-'..
La fatlBftUé Bofghèse ^ d noble et sr géo^^Mj^ S,4on-
• * Le iJrime ftWrthè.^ »-éM très-KieA côhdfdit ^ a éi^iê^ tW^pottant des secours dans une barque aux inondés duTibre^eh décembre ISU.
najt frçqueqjmeot , dans sa \illa, des fêtes i^des courses dfi c|j^^ya^\, 4 d^ char, au peupliç rom§iUr ï^^r quelle l[^iEe^aii^i^^e l|es Vandales de 1849, qui préteudaient <j^^i^dre Boipe, ont-ils saccagé ces beaux lieux et coupé fX|s . arbres séculaires dont le public jouissait plus ^ue la famille qui les possède? Ces barbares, dans leur rage de destruction, n'ont pas même respecté le ca$in que Raphaël lui -* même avait habité et décoré de sa imun. , .
. . Ui iamille Borghèse (bourgeoise) est une des plus illustres de Rome. Elle a donné à rÉglise le Pape Paul V. Ces grands bourgeois romains se sont élevés dans le centre dé la Ville un immense et solide palais qti'on appelle le Cembalo Borghèse, le clavecin Borghèse, parce que sa forme extérieure est celle d'un piano à queue. . Se& façades réunies surpasseraient en développement le palais du grand-duc à Florence. C'est le chef-d'œuvre du vieux Martin Longhi. La queue de ce piano monumieiital aboutit au Tibre. La grande cour intérieure est digne du palais d'un roj ; elle est entourée de portiques piivçrts h, deux étages, et elle compte quatre-vingt-seize colonnes en granit oriental.
Qui miseranda videt veteris yestigia Rom» .
Qicpoterit merito diçez'ç : Roma fuit.
Et qui celsa noTœ spectiU palatia Romae, ,
Hic poterit merito dicere : Roma Tiget !
*' Ge vieux quatrain anonyme est encore vrai pour ces grands palais de Rome, Borghèse, Farnèse, Doria, Rtisjpoli, Barberini , Rospigliosi. Les bourgeois de notre époque les trouvent tristes et peu confortables,
et ne voudraient pas les habiter en peipture : c'est qu'en effet ces palais çpnt trop granjiio^se.ç^p^^ bitudes mesquiqes.; nous ayoqs. rétréci nps dj^pi^rep^^t nos esprits; nous n'aspirons glus qu'à ^p bieprêt^'e.jÇL^i nous amollit, et à un luxe banal qui rapetisse l'esprit ai| lieu de l'élever. Ç€is palais de Roniç sont au-djessusdè no^ app2(rtements-colifichets autant, que les frestjuçs.^d^.l^ichçl-Ange sont au-dessus des intérieurs c|e^ peiptreg flamands. Voyez : tous les arts se sont réunis pour donner aq clavecin Borghèse un luxe^randio^e etdélicjat^il possède une galerie de peintures et de ^cujptures que^Jui envient bjen des capitçiles de l'Europe , ^ çqiiimencer par Londres et Saint-Pétersbourg. C'est la plus belle galerie particulière de Rome qui en a taiit^ elle est toujours ouverte aux artistes et au public, et pariaitenrient tenue i ^d'élégants jets d'eau gazouillent aijto^r ^ç ces chefs-d'œuvre muets de l'art antique et moderne. ,
Voici ce que nous y ayons trouyé àe plu^ Remarquable : un portrait de,Sayonarole par Filippo Lippi; un^ saint Etienne du bon vieux Francia^ qui l'a peint à genoqx , couvert dç la robe rouge du martyre j le 3ang coule de sa tête inclinée ; on voit à ses pi^ds les pierres qui l'ont lapidé, et on lit sur la bordure : Vincentii Desiderii votvm Franctœ expressvm manu; tout à côté, contre une fenêtre, une.ctarqnaqte tête du Sauveur de Léonard de Vinci, et une sainte Agathe de son çcolej, la jeune martyre , belle et rayonnante , est chastement . couverte d'une robe rouge à filets d'or, et elle tient une coupe qui renferme ses deux seins coupés par 1^ orijain. du bourreau. C'est une heureuse idée d'avoir ainsi, tout en. expliquant son supplice, trouvé moyen de voiler aux
GALÈhlÉs' ET VltLAS ROMAINES. 421
yeux sa pôf^Hite 'miitilée. Raphaël a ici son portrait qùMl'^pèigrrïl liîî-mèrri'e dans son j^uné âgfe, et !é portrait rfe tîéé^ï*'^Ôôrglâ jeUhe èl fier a sa Barbe fôùsse , vêtu rfe noif , lia itiaîn siir kon épée ; il est vivant j il médite, il Vf a'^ît^j; ihaîs ont' né saurait encore lire tous ses crimes sur cette câïmé ei noble figure : c'est Néron à vingt ans , remarque Louis ViaMot. La Déposition du Christ au tombeau est un ctief-d*œuvre du Sanzio à vingl-quatre ansj dans sa première manière; la Madeleine est belle, mais là sainte Vierge ne Test pas; ce quHl y a de superbe dans cette toile, c'est l'action; les deux hommes qui portent Jésus sont fièrement dessinés et font contraste :' l'un a Tair indifférent; l'autre mêle ses larmes à celles des saintes femmes.
Qui n'aimfer«iil ces madones d'André del Sarto , du Gàrofalo, de Carlo Dolci, de Sassoferrato, etxîelte Sainte- Famille de Frà Barlholomeo? Voici une belle et noble Lucrèce d'Elisabétta Sîrani , jeune peintresse die Bologne,' èmpoisorinée à vingt-six ans. Remarquez, de Ribera : lîh kaint Jérôme, et un charmant saint Stanislas Kot'skà tenant dans ses bras le divin Bambino; de Titien : les trois Grâces; saint Dominique encapuchonné, superbe tête barbue ; l'Amour profane et l'Amour sacré, auquel on ne comprend rien, sinon que c'est une magnifique peinture; de Paul Véronèse : saint Antoine dé Padoùe prêchant aux poissons du haut d'un rocher ; l'auditoire acjuatique sort la tête de l'eau pour mieux écouter té prédicateur qui, se tournant vers les hommes, semble leur dire : J'ai là des auditeurs muets et plus àttéiitifs que vous ; du Bi onzino : un beau portrait de Coôme 1" ; du Dominiquin : la Sibylle de Cumes;de
422 GAÎERllès "kf VîLLA^ feÔÀÀÏMÀ'.*
Rubéns : un jpètit t!^b)èÀii qiii ^sW^dli^iilè [^rbë quil s'appelle la Vîsîtâtîèn ; ^ns ce tîtri^'jce èôra^^uç^jô^î portf*àit ;d*ùhè bônyië grosse' tlamkndé àccuëill^Ut Àîàternëltémènt sa 'fille à qui elle a des' ifej^focïfes a^feîi^^^^ Remar^tiong aussi une Déposition de Croîl d0 VaQ-i);j^c&^, puis un Téniers et des Holbejn, des Fraû'clt et de^'Albrecbt Duerer. Nous nous intéressons à deux pdrtt^aife de Pétrarque et de Laure par un vieux peintre ipéôQÎiu'. Cette galerie a près àe deux mille tableaux ^istirïbuêè ep douze salles ; la septième esi un joli boùddîr 'àriïi de fleurs peintes par Mario dé* Fiori, fleurs toujours flfkîchés et épanouies qu^une foule de glaces reflètent a ïlûfini. Au bout du palais Borghèse, la queue dudà^n forme un cabinet délicieusement peint et d^ré, et dont la vue donne sur le Tibre fet le port de Ripetià] '■
Les Bbr^hèse qui se sont alliés à la fàtnille de Nà)^idiléon ont aussi d'autres alliances illustres en' Fràn^de^ët en Angleterre. En me promenant dans ce vaste j^'âlàis, jç pensais à cette princesse Borghèse , née Ouèndal^ Talbot Shrewsbury, dont j'ai déjà parlé (Lettre xiy, et dont la vie y dévouée à la charité, résumait si bîÉH% devise des Borghèse : Ardet in œtemum. J'ai vu soti portrait avec émotion : c'est une chaste et pure fi^é <jUi aîîie le beau type anglo-normand à la gravîHé romaine. Elle rappelle ce que dit Shakspeare, que l'Angleterre est un nid de cygnes au milieu d'un vaste étang : fn a jfrcat pool a 5ioan'5 nesf. (Cymbeline.) *
On m'a raconté deux traits charmants de cette princesse. Un matin , elle sortait de son palais, seule et vùJ* lée, tapada, comme dit TEspagnoL Un jeune gardenoble, attiré par la grâce qui perçait à travers celle
^. et:p^jr»l!jiif de nfiystèrfi qjui Qottait aulour de V'fl^fifmnxie^^ metàj^ suivre ^t à luii^adra^r la, parole a^^ k liberté i^ljenne. ijfuendaline, toute roiigi^apte, dj^l^e 1^ PIfS çt, arriv/e à la porte de la pauyjre denfieure qi^léîh ^pvl visiter. Limpertiuent cavalier s^appréte i^ I(f iSûijfe; ^lle ge retourne^. et lui. dit avi^ç p9l]);e6se et djçjQUé ; (( Signor, si cela vous est agréable, lugntesf ^T^, Wi Ç<^, escalier ; je vous montrerai des cho^^.ca^- }^|^,.d^ vpjus émpuyoir. » Le garde-noble, étonné , Uf ^tï^^ pi ^a .f i^it. U entre avec elle dans une j;nansard^ où UQj^ ^^^^: ^^ ^^^}^ enfants se jetant aux genoux d/^ <|iaffnd?)ii)e^ en s*écriant: a Ah! Principessa mial notre bienfaitrice, notre mère t » La princesse lesTelèveçt leur dit^a^llle^ enf^nte^ saluez et remerciez ce généreux seigne^f.4,,]^ Yjieat aù^i pour vou^ secourir. » Le gs^rde- Qj^l^ ri^ugjt^ balbutie^ jette une poignée de pia^tres^ur la 'tablc'ï et s'enfuit.
. JUpiç autre fois, dans ses excursions matinales, Gpendalme fjjt suivie par deux jeunes gen^ plus indiscrets .encor^^ alofs, se tournant veçs eux et feignani (^ prçjadre ces étourdis pour des mendiants >mpQrtu»s,,el|& tiire sa bourse, et , leur offrant deux pièces d'or, elle leur, dit^avec une fierté imposante: ,« Voilà ce que ;vp^s douop la princesse Borghèse p^ur que Vious priiee poiur
^ , VouiBc œe demandée dans votre dernière lettre ^.mpn cher ami , si je joue ici aux écbecs- Je vous avoue xjue fion^; 4'Abord vous n'êtes pas là, et puis je n'ai pas le .Jteinpa ; ' j'^ tant à voir encore; il n'y a pas trois Hiqii^ qi|^ nous sommes à Rome, et il faut déj^ song^^r à partir < cette pensée est le premier nuage qui obscujç-
cisse pour moi Vborizon Qncbaiaté de' la Ville-Éternelle. Quant aux échecs, ce noble jeu a laissé aussi des sonre^ nirs>à .R(Hne«;U était. <;onBU et. apprécié /des anciens Roi|)aiii3. Ua jQvu^ jCaligula cajusaii a^y^c 1^ pbilô^opbe Canius, qui se perjjiit4e a'^tee pasilis son atm^ En. bon prinee^^ le digne prédécasseyr. 4e» JVéix>p.laî6J»ei dire k philosophe, Técoute, parai<L çonvaincuv pwis^ à Ififfin de Tenlrôtien : « Mon ^mi , lui ^it-û^ J'ai donn^lFordcaide te mener au supplice!. » Sénèqu^, qui^raconte cette histoire, nous a conservé la foi^mnle. impériale, pleine de délicatesse et de concision : Dmi te^^^uêsù^Qne omyezvous que répondit le philosopha ? i^v^nâcesi le soient rendues, très-clément Enipereur ! » iQsla dit, Gaolvs rentre chez lui, et pendant quelques joars riaone vient troubler son calme et sa liberté. Mais, un soir^ f^omme il jouait aux échecs avec son (mbre^ c':estrà-Hdire avec un ami qui ne le quittait pas^ uq centurion, qui. pont, duisait une bande decondapinés^ ,paçs€i devfiQtjla porte de Canius et l'appelle. Le pl^ilos^pha se lève^ .pr^nd Je centurion à témoin qu'il a une pièce de plus que «son adversaire, et que par conséquent il doit être considéré comme ayant gagné la partie; puis, cette l'éserva laite, il se joint à la troupe condamnée, et marche avec ^aérér . nité jusqu'au lieu du supplice. . v. i
Léon X^ poète et amateur d'échecs, accueillit et conv bla de ses faveurs le chanoine Jérônie Vida, auteur du joli poëme latin qu'on peut appeler l'Uiade des éohecs. Nommé évêqqe d'Albe, dans le Moatferrat, et voyant cette cité emportée d'assaut par les Français, Vida se rappelle qu'il a fait ses campagnes dans son poëme des Échecs; il harangue les habitants^ se met à leur
tête, repousse leg Français, et délivre' sa ville épîscopala.*r :•' "■■' •'-• ••- ■•;■,-■..■•.■
^ tt y a àEomete café des Échecs, caffè deî Scacchi. NoùrefeiMe; lé senôr Lopez, ne màn(Jae pias d'y aller chaque soir, et d'en revenir prescfde régulièrement battu, et s'écriant : Dimriine, q%ml sckcomatto ! Il prétend cependant descendre d'un célèbre joueur d'échecs espagnol, Rny Lopez de Sîgura, qui a écrit un livre sur ce Jeu"; mais, comme son aïeul, lé Lopez wioderne a trouvé son mettre. Sous le pontificat de Grégm¥e XIII , un jeune homme de Cutri en Calabré , nommé Léonardo, vint à Rome pour étudier le droit, maïs une vocation irrésistible l'entraîna vers les échecs. 11 y devint bientôt si habile, qu'il gagnait les plus forts joueurs; sa jeunesse et sa petite taille l'avaient fait surnommer par les Romains l'Enfant, il Puttino. Ruy Lopez de Sigura, qui se trouvait alors à Rome et avait la réputation du mcfilleur joueur de l'Europe, porta un cartel î rj?nfant, et eut sur lui l^avaritage dans deux tournoîs successifs. 7/ Puttino en fut si mortifié qu'il quitta Rome , se rendit à Naples , et là , comme Achille sous sa tente , il se livra pendant deux ans à l'étude et à la pratique assidoe des échecs. Tout à coup il= a|>p^ei^ que son frère a été pris par des corsaires barbare9ques;'ïl part pour le délivrer, le trouve , et convient de pay^r 200 couronnes pour sa rançon. Pendant la négociation , il découvre que le capitaine corsaire est joueur d'échecs; il le défie au combat de l'échiquier, et parvient à lui gagner non-seulement la rançon de son frère, mais encore 200 couronnes de plus. Le seigneur corsaire s^exécute et paye en gentilhomme. Avec cet argent, le Put-
tino retourne à Napleg , et va ensaite à Gèn^s , à Màt* seille, à Barcelone : partout il attaque les joueurs en renoRi , et partout il est triomphant. Il se rend enfin à Madrid) où il provoque son ancien adversaire, Ruy Lopez, çt il est assez fort pour lèi: vaincre en présence de |$on patron, Philippe II, grand amateur lui-même de ce jeu royal. Dans cette occasion , le monarque espagnol, ravi dq PuttinÇflvii fit, cadeau àf\ \^^^ff^w ^f ,f^^^^^^ pr^ cieq^s et de f, 000 coùronnes.^U^Espagrie^ le Vâmqqeur sa rendit en Portugal , et revint dans sa patrie, où il fut empoisonné à Tâge de quarante-six ans par la jalousie d'un rival :
Tant de fiel entre-t-il chez les joueurs d'échecs !
Vô^- yÇjez |iat notre jeu fa-
vori était i^n f%ve«ir dan» les cours^d^Espagne et dltalie. Lé graqd;^a|n,t Charles Bbrroméé était aussi un amateur d'échecs. Tout ce qu'il faisait , travail ou récréation , il rpjgtraU ^ Pieuy IJn soir, tandis qqe.icl'Autr^f>f^lgîjpn' de ce /ju'iU s'eippresseraîent de f^irq ç -ilç g^va^eiai^y^ mourir jjaps une heure, I^ §aint di^up, pojur j5o^^pi,il éiwr^it^a paftie d'épMs, car.il l,Vai^ .<»;pi{ççpfj^^i^ toeot powr la gloire dç pieu, et U nç d^^iraïi ^f^f0 5|W d'être app^.lé (ji^rapt fiop Ji^p w ïfliljeu 4'ft?p >Wt tiP»rqfl^H«Ae petil^ jïu'ellejsi^t^ (^nfreçrifi^, j^uT^^
gloire» .. >!,;> ..•;,,, ..;...*., c,jr^,,.
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A ERNEST LAFOîJp.
" '■ - * Ante ^brygèn iEbeam collis et nerba fuit :
•ilf.'* 1/ ^-« :j;i,;f.!^JItiibfc»U^*stei|a(lwarahMl«Plwr|)a. ; ::V ' , .. Evaadri profugs procub^ere bojes.
ii , îî''^>lf;9r?y; î.> '*:!^^;1 ,■:.•;::'? ■ ; • ^- ^ ';; J --.y: '. ■'
'WMàîû\v^^^ liërceau dé Romer, é^ît àevètoW fÔïffepé tfii Jupiter irriterai , mais là àtissî ott étltéiïdîï iin jôSi^Vae' toîx'iiui s^&riàit : tité dii^ux s^^ik V05t! Aiiioiil^diïiil' ôfi' lit atï-^fessus d'une porté de fermé / %jlns$v aUé ruine âel paiàzzô dèî Cescni. OntraVérse irtïe èonf où dà^tiétte un bataillon de poùleè^quî n'a plo^ ^euV fld rèilcoûtrér la lôuî^e rô'rnaïne; et en Voffcmt un pauvre cheval qu'on attelle à une charrette, on sè'rfémande si ce n'est pas un descendant inglorîeux de ce bel Ictinus , auquel Galigula donnait du blé doré dans une auge d'ivoire, et qu'il élevait, à la face de Rome, aux honneurs du consulat. Le métayer, villicm, met ses foins dans ces vastes salles croulantes, qui lui servent
é28 LES PASTORALES DU PALATIN.
de granges et d'étables ' , et il nous parut suivre à la lettre le précepte de la poésie virgilienne à l'endroit des fumiers gras :
Arida tantum Ne saturare fimo pingui pudeat sola
Les mœurs romaines, dans les derniers temps/ étaient devenues aussi un vrai fumier qui ne fécondait pltiêf^ue des vices monstrueux.
Quand Virgile lisait à Auguste ses Géargiques , ni le poète ni le prince ne se doutaient que le palais impérial offrirait un jour tout Tatlirail des travaux rustique si divinement chantés dans ce poème immortel ; c'est à la demande d'Auguste que Virgile cherchait à rameiïer les Romains à leurs antiques mœurs agrîcdes; mais^^ matgré ses beaux vers, il n-eut pas plus «de succès quetfen eurent au dix*huitième siècle son traducteur, VabbâDelille, et M. de Florian, quand ils firent de TiBigficulture sentimeqtale, et que^. MarienAntoinette étdVt laitière, et le comte d'Artois garde-moulin de TrianôHV-i - •
Le Palatin est donc revienii à sonipoinf de'vdépart champêtre, alors qu'il prit son nom du bêtefiieiïfHies troupeaux "^ qui erraient sur sa verte colline 2
^ Ce qui fait réloquence des ruineis de Rome, c'eM tl^.çiifc .4^ ia tie ancienne et de la vie moderne qui s'y rencontrent. C'est la yie-,d€| rbomme et son ineffaçable etnpréinte kur ces pleines entaWés^ qùi'les rend exppescilves et. belles, <>^ Fidée ide Uyie.liimaiiiby.4tiej œbhsiJiw^'^'^ tier romain qui passe dans le Forum ^ ce charretieff^ pfemier^apçejBiu (|^;| cette chainetlliommesdistrtbuéspar étâg^es dé générations, qui remonte les siècles et va se rattacber ii Gésair>: ôtea HbomiRÊ^ fiÉ& pvttàre$f t^ôiiCplus rien à dire à votre âme. (Saint-Marc Girardiu, Souvenirs iff^pf^/^^s.)
' Palatinus appellatiis, quotl ibi pecus pa^^ccns balare çon^ueyecil. (SextusPompeius.)
LES PASTORALES DU PALATIN. 42d
Sed tune pascebant herbosa Palatia Yaccae.
r ' (TiBULLE.)
Et pourtant, comme le remarque Mgr Gerbet, a les. souvenirs de trois mille iaris planent comme un nuage de gloire sur cette motte de terre , » qui a vu s'élever tour à:toitf suçfion plateau la cabane royale de l'Ârcadien Év^odre , Uitugnrium -du berger Faustulus ,^ où fut recueilli Romulus, l'enceinte de la Rome carrée, Borna qt4a(irata, et enfin la maison d'Auguste devenue le palaji^vimpériâl, auquel Néron donna une splendeur si redoulabl^y «tqui plus tard abandonné^ comme Rome elle-: nqênae p^ Gonatantinv fui ;pillé et rainé par Âlaric et Gen^^ic^nTout. cela n'est plus imiintenant qu'un amas d'énorme» (débris étages. sur le versant occidental du Palatin*, La métayère nous apprend que le duc Strozzi est le propriétaire, j>ac^one, de ces ruines impériales. On les e^alade au oûkoyen d'un escalier moderne qui vous fraye ntm chemin, tortueux àtravers cet entassement de décombres. JetDnâ un coup d'œil sur cet espacé vide et profond qui servait de palestre au palais des Césars , et arrivons i cette plate-fôrme qui n*est autre que la voûte d'une ancienne galerie, d'où on a une noble vue d'un côté sur le Colysée , de l'autre sur Saint-Pierre, les deux chefs'*-d*«uvre-types du paganisme et du Christianisme. Là-bas, dans la vallée, on vpit le cimetière desjuifs, et les restes, du. CircusMaximus' élevé paf Ronlulus , etdù eut lieu , le 18 iâbût , le femèux enlèvement des Sabînes, au nombre de cinq cent vingt-sept, événenlent important, dit Robello, même dans l'histoire physiologique des Romains ; car du mélange de la race sabine avec la race
. 430 LES Ç^Tj9^ AJL^ pijy^^kjm.
s'est tpujpHTSuçpifpjwyé dapA j* y|l?6,,îf>J^j..Vji«ïiV(i«îedans la. campagne, malgré les invasions étrangère? auxquelles eei lieux dat été tant de fois exposés. i
Pour nous, un souvenir qonmne tous les autres, au milieu dé ces ruines du Palatiq, C'est ici , du fond du palais inOpérial, qu'est sorti le décret d'Auguste qui ordonnait todéM^mbreifliefft dw^ I'em{ifr0( ^-^itm^conduisit ,lo«f^pjb ej , Mwd^ 4 Pethkbeï». (^^lae^joiio^d^ .fqmain Teillait pour la irolupté oq s|'^sso|i^>^f^ ^|i||^j^^^|^sèment ; riches et savants , princes et philosophes , apfès des heures de mêgûifieeuce et de plaisir^ s^endormaient sur leirr^ Uté dé jpburpre pendant cette froide nuit de décérnbre, ou, auprès d'une petite bourgade juive, quelq^ues bergers, gardap^t leurs troupeaux, recevaient WfhmmfHm^>,^^^.m\^Meai le cantique des anges : Glok-e è- Bleu auiphis haut des deux, et paix sur la terre aux hoininès de bonne volonté ^ ! »
Ce souvenir de l'Ëvangilè éélaire d'une douce lueur les ruines sidistres du palais des Césars , et la mémoire des bergers de Betblehem se môle heureusement ici à G^lle dés bergers de Virgile, qUi pouvaient dire aussi à leurs camaranks de Judée :
Sed tamen, iste Deus qui sil, da, Tityre, nobis.
En faisant mes adieux aux ruines du Palatin, je voulus sauter d'un débris sur un autre , et , ce faisant^ je m'appuyai sur mon bâton de pèlerin qui se brisa sous ma main. Ce n'était point une tige de laurier -rose
' M. Je Champagny^ les Césars, t. ÏI.
'ÙéS f^A^TORALES DU PALATîN. 431
icbuplâe' âui*'1(^â'iioirdà de flÊàrotaSy comme celle que Mé- ;rjp^^4^^^^ Ot-èce; c'élaît un siihple jonc,
' m^aîs ne aussi 4^^ noble souche. Je teimis à i^' vieux
compagnon de mes voyages; j^espérais qu'un jour niés
enfants chevaucheraient dessus, tout conune les petits
komains ciil temps a Horace :
'-; . c Lm r Ui^re ç^r iiii|HLr, equltare in arundina loDgta,
''^'3fË'laissin lès débris de mon Irâton snr les ruines du Péibtin , à jëiûi fis cette épitaphe :
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F^OCVt JL PATRU NOBUl ORTYS ST|RPE
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TUTBANTEM SYSTINENDO DOMINVM FRACTVS
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DICAVIT HOERBUS YIATOR.