‹ Rome; lettres d'un pèlerinChapitre 61 sur 82 · TITUS, BALBINE ET CARACALLA · texte numérisé non relu

TITUS, BALBINE ET CARACALLA

en sollicitant vos aumônes. Us commencent par tous appeler benefattore mio, ne voulant ni douter de yoire cb<irité, ni vous faire douter de leur reconnaissance; puis ils ajoutent : Fate ben per voi, faites-vous du bien à vous-mêmes, faites la charité à vos âmes. Montaigne rappelle cette même formule qu'il remarqua aussi quand il était h Rome. Cela me parait très-beau ; la charité est bonne au corps de celui qui reçoit et à rftme de celui qui donne. C'était un proverbe en Espagne comme en Italie; on en voit la preuve danis une Nouvelle de Cervantes, le licencié Vidriera, que Louis Viardot a imitée sous ce titre heureux : le Petit-fUs de Sancho Panza. Le licencié , qui a le ventre aussi bourré de proverbes que Técuyer de Don Quichotte , dit à un frère quêteur : Frère qui demande pour Dieu, demande pour deux. C'est à dire, dit le commentateur Juan de Mallara, que le pauvre demande Taumône pour le salut de son corps et pour le salut de Fâme de celui qui lui donne , puisqu*il lui fait faire une bonne action.

Moines de toutes couleurs, pèlerins et pèlerines, montaient la colline avec moi en chantant des cantiques ; à notre gauche, se développaient les énormes ruines des thermes de Caracalla ; mais le but de notre pèlerinage était le sommet de la sainte colline.

C'était Tan 132 de Notre-Seigneur, sous l'empire d'Adrien. Le Pape saint Alexandre est accusé et eon vaincu d^avoir converti plusieurs sénateurs , et même le préfet de Rome, Hermès, avec toute sa famille : aussitôt la foudre gronde dans l'Olympe du Palatin ; du palais impérial descend l'ordre d'arrêter le Pontife et ceux qu'il a diristianisés. Hermès est remis à la garde du tribun

TtTUS, bÀLBliNË KT GARACALLA. 451

militaire (juirinus^ qui a une fille appelée Balbine. Celte jeune vierge , atteinte d'une grave maladie , s'approche un jour du martyr avec une pieuse compassion, et baise ses chaînes. A l'instant elle est guérie, et se fait chrétienne avec son père. Quirinus, de soldat de l'empereur devient soldat du Christ, et le confesse au milieu des tourments. Digne fille d'un tel père , Balbine se consacre aux devoirs d'une charité héroïque , si périlleuse à cette époque de persécutions. Après une vie de sacrifices et de bonnes œuvres, elle alla reposer auprès de son père , sur la voie Ardéatine , dans la catacombe à qui son nom fut donné. Le Pape saint Marc lui dédia cette église, qui fut bâtie, sans doute, sur un monument ancien , car des fouilles opérées dans ses souterrains ont fourni de belles mosaïques, des pierres fines et des fragments de marbre. Aujourd'hui cette église isolée a tout à fait l'air d'une petite paroisse de village perdue dans la campagne , quoiqu'elle soit encore dans l'enceinte de Rome. Elle a des catacombes dans ses environs, qu'on désigne ainsi : Cœmeterium S. Balbinœ alias S. Marci Papœ inter viam Appiam et Ardeatinam. Aujourd'hui Sainte-Balbine, en raison de la station, était jonchée de fleurs et de feuillage. Du haut du portique, exhaussé de quelques marches, on a une vue très-belle: en face, de l'autre côté de la vallée , la villa Mattei et ses jardins , le Latran et une ligne d'aqueducs ; en bas, la vallée d'Egérie , les thermes de Caracalla , et le couvent de Saint- Sixte-le-Vieux , où j'envoie par la pensée un souvenir au Père Besson. Sainte-Balbine est simple et modeste comme une église rurale. La tribuna est peinte à fresque par Antonio Fontebuoni ; aux pieds de Jésus-Christ

Page 1