TITUS, BALBINE ET GARACALLA
glacial, en vérité. J'ai été tenté plus d^une fois de m'écrier, comme Jugurlha dans son humide prison : Par Hercule ! les étuves sont froides à Rome.
Au dix-septième siècle , les thermes d*Antonin Garacalla servaient à jouer au ballon, comme nous le raconte le cardinal de Retz dans son premier voyage à Rome en 1638 ; il n'avait alors que vingt-quatre ans *.
J'ai voué une vive reconnaissance à Caracalla et à ses thermes, parce qu'ils m'ont fait trouver une étymologie longtemps poursuivie en vain. Vous avez peut-être des sympathies pour cette assemblée de burgraves qui s'ap-
1 Je fis le tour de la Lombardie, et je me rendis à Rome sur la fin de septembre. M. le maréchal d'Estrées y étoit ambassadeur. Il me fit des levons sur la maaière dont je devois vivre, qui me persuadèrent, et quoique je n'eusse aucun dessein d'être d'église, je me résolus d'acquérir à tout hasard de la réputation dans une cour ecclésiastique où l'on me verroit avec la soutane. J'exécutai fort bien ma résolution; je ne laissai pas la moindre ombre de débauche ou de galanterie : je fus modeste au dernier point dins mes habits ; et cette modestie qui paraissoit dans ma per* sonne étoit relevée par une très-grande dépense, par de belles Uvrées, par un équipage fort leste, et par une suite de sept ou huit gentils* hommes, dont il y en avoit quatre chevaliers de Malthe. Je disputai dans les écoles de sapience, qui ne sont pas à beaucoup près si savantes cpie celles de Sorbonne ; et la fortune contribua encore à me relever. Le prince deSchemberg, ambassadeur d'obédience de TEmpire^ m'envoya dire^ un jour que je jouois au ballon dans les Thermes de l'empereur An tonin^ de lui quitter la place, et je lui fis répondre qu'il n'y avoit rien que je n'eusse rendu à Son Excellence, si elle me Feùt demandé par civilité; mais puisque c'étoit un ordre, j'étois obligé de lui dire que je n'en pouvois recevoir d'aucun ambassadeur que de celui du roi mon maître. Gomme il insista et qu'il m'eut fait dire pour la seconde fois par le doyen de ses estafiers de sortir du jeu, je me mis sur la défensive; et les AllemandSi plus par mépris, à mon sens, du peu de gens que j'avois avec moi que par autre considération, ne poussèrent pas l'affaire. Ce coup porté par un abbé tout modeste à un ambassadeur qui marchoit toujours avec cent mousquetaires à cheval fit un grand éclat à Rome, et si grand que Roze, que vous voyez secrétaire du cabinet et qui étoit ce jour-là dans le jeu du ballon, dit que feu M. le cardinal Mazarin en eut, dès ce jour-la, l'imaginution saisie et qu'il lui en a parlé depuis plusieurs fois.