‹ Rome; lettres d'un pèlerinChapitre 7 sur 82 · VIRTVTI VIXIT MEMORIA VIVIT GLORIA VIVET · texte numérisé non relu

VIRTVTI VIXIT MEMORIA VIVIT GLORIA VIVET

En face de (^es tombeaux , il y en a deux autres qui renferment les restes de deux grands peintres, Salvator Rosa et Carlo Maratta.

Arrêtons-nous devant cette noble statue en marbre de saint Bruno ; il semble qu'elle va s'avancer hors de la nicbe qui la renferme. Qui lui a donné ce souffle de vie? J'aime à le dire, c'est le ciseau d'un grand artiste français, Houdon de Paris. Clément XIV disait de ce saint Bruno, qu'il parlerait si la règle de son Ordre ne lui prescrivait le. silence.

Grégoire XVi consacra une somme énorme à la restauration de Santa Maria degli Angeli.

Cette église immense , oubliée et perdue dans ce quartier désert, pourrait contenir tout un peuple, et elle n'a jamais que de rares visiteurs. Mais , je l'ai déjà dit en parlant de Saint-Paul et de Saint-Laurent , c'est la gloire et la beauté de la Ville-Éternelle que cette munificence et cette ampleur inutiles , que ce grandiose superflu. Ces basiliques romaines sont souvent comme des bergeries sans troupeaux , mais non sans pasteurs. Saint-Pierre lui-même n'est jamais plein qu'au temps du jubilé. C'est la faute de sa grandeur : c'est une noble faute, felix culpa! Sans doute il est consolant de voir, comme à Paris en certains jours , les sanctuaires chercher à s'élargir pour contenir la foule des fidèles qui s'y presse ; mais il est beau aussi de voir la vieille Rome les

bras toujours ouverts pour embrasser le monde. Rome I D^^st pas seulement la capitale des Etats-Romains, c'est la métropole de la chrétienté. Comme la mère de famille à son foyer, elle doit être prête à recevoir tous les enfants qui lui viennent d'outre-monts et d'outre-mer; elle doit conserver et entretenir toutes ses maisons de prières pour les enfants futurs qui lui naîtront ; elle doit sans cesse dilater ses entrailles et montrer ses basiliques, semblables à son grand cœur, assez vastes pour avoir des places à donner à tout l'univers '.

J'erre longtemps à travers cette église, chef-d'œuvre de l'art antique et moderne, qui porte le cachet du génie de Michel-Ange : c'est l'antique modernisé, c'est-à-dire christianisé. Benoît XIV la décora des meilleurs tableaux de l'école du dix-septième siècle, dont plusieurs ont été copiés en mosaïque pour Saint-Pierre, entr'autres le martyre de saint Sébastien du Dominiquin. Le Languedocien Subleyras a peint la messe de saint Basile, pendant laquelle l'empereur Valens, partisan des hérétiques, s'évanouit.

Je cherchais le cloître de la Certosa. Je vois passer un Chartreux ; je l'arrête par le bout de sa robe et lui demande où est le cloître. Il hésite à me répondre, sa règle lui prescrivant le silence , mais la charité chrétienne l'emporte; il me dit à la hâte : Andate dove ftono i Framesi.

Je crus qu'il m'envoyait promener. Je sors de l'église.

* Etends Tenceinte de ton pavillon, et développe les voiles de tes tentes : n'épargne rien, allonge tes cordages, affermis tes pieux ; tu pénétreras à droite et à gauche^ ta postérité héritera des nations, et remplira les Tilles désertes. (Isaïe^ c. lit^ v. 3 et 4.)

et, longeant de quelques pas une espèce de boulevard planté d'arbres, j'aperçois d'énormes débris des anciens thermes; je vois une jurande porte, j'entre et je réconnais que mon Chartreux m'a dit vrai. Je me trouve dans le quartier-général de la cavalerie française, qu'on a logée dans les thermes de Dioclétien. Je traverse les cours, où je me plais à voir nos joyeux cavaliers lavant leur linge et pansant leurs chevaux ; j'admirais ces libres penseurs * et cette intarissable gaieté française, toujours la même, de Paris à Rome, du Caire à Moscou. d'Alger à Constantinople.

Je saute la cantine, établie sous un porche à gauche, et je tombe sans transition d'un camp français dans un cloître romain, ou plutôt florentin, car c'est encore une des œuvres grandioses de Michel-Ange. Au lieu d'arcades cintrées ou ogivales , comme les nôtres, ce cloître a cent colonnettes de travertin ; le portique forme un carré parfait ; il est admirable par sa noble simplicité et ses belles proportions. Au milieu du cloître s'élève une fontaine de marbre dont le jet d'eau , toujours jaillissant, s'élance d'une grosse toufle de cresson vert. Aux quatre angles de la fontaine , Michel- Ange a planté de sa main quatre cyprès qui sont devenus monstrueux. L'un d'eux surtout est d'une hauteur et d'une grosseur prodigieuses. Son tronc et ses branches ont des replis tortueux pareils à ceux d'un serpent engourdi. Ces arbres sombres, immobiles, de forme

* Oq se rappeUe le joli mot de Louis XV. — Qu'avez-vous fait en Angleterre? disait-il un jour au comte de Lauraguais dont il n'aimait pas la gravité affectée. — Sire, reprit le courtisan avec emphase, j'y ai appris à penser. — Des cheyaux, dit le roi en lui tournant le dos.

CLOITRE ET CYPRÈS DE MiCHËL-ANGE 23

monumentale y toujours verts et toujours tristes, ont Fair de quatre pyramides funèbres et vivantes , qui grandissent et grossissent chaque année , et s'harmonisent merveilleusement avec le silence et Taustcrité de ce cloître de la mort, plein d'une majesté religieuse et mélancolique.

Je restai longtemps à me promener, tandis que Marie prenait un croquis du cloître. Un jeune peintre > établi dans un coin, peignait à Thuile la fontaine et les cyprès. C'était un tableau digne de Lesueur que cette vue, animée de temps en temps par la silhouette d'un blanc Chartreux qui traversait lentement le cloître comme le fantôme d'un homme qui est déjà entré dans les profondeurs de l'éternité.

Contraste singulier I Ici le silence interrompu seule-* ment par les chants éloignés des Chartreux ; là , à la porte du cloître , les bruits joyeux , les chansons et les sifflements de nos cavaliers. Et pourtant il n'y a pas la différence que l'on s'imagine entre le moine et le soldat. Tous deux soumis à une discipline sévère et inexorable, tous deux ne s'appartenant plus, ayant pour YcrtuB obligées l'obéissance et le dévouement , toujours prêts à sacrifier leurs goûts, leur santé et leur vie à lu cause qu'ils ont embrassée. La différence principale^ c'est que le moine choisit volontairement sa profession» Je ne parle pas ici du militaire en garnison , mais du soldat en campagne, auquel je compare le prêtre et le moine sur le champ de bataille des épidémies , Taumônier des armées de terre et de mer, le missionnaire surtout qui va , au péril de sa vie, planter la croix comme un drapeau. Les anciens Ordres militaires et religieux

réalisaient cet idéal du moine-soldat^ en réunissant la vie active et la vie contemplative, la prière et la bataille, le dévouement complet du corps et de Pâme, tout Tbomme enfin; ce qui arrive encore de nos jours quand un soldat est chrétien et unit la foi à Thonneur. J^ai déjà raconté qu^un de nos dragons, caserne à Rome chez les Capucins de la place Barberini , ayant obtenu son congé , n'a rien trouvé de mieux que de s'enrôler dans la milice de Saint-François.

On se croit ici à cent lieues d'une capitale , et pourtant on est dans Rome. Sainte-Marie-des- Anges est desservie par les Chartreux ; leur couvent et leur cloître sont attenants à l'église. Ils sont peu nombreux , et le cloître est si grand que leur cimetière n'en occupe qu'un coin. Un petit retranchement pratiqué au pied de trois ou quatre colonnes suffit à leur mort, comme cet horizon resserré suffit à leur vie. Chaque cellule de la Chartreuse a son petit jet d*eau intarissable et son jardinet d'orangers et de citronniers. Si Dioclétien revenait au monde et voyait ses thermes occupés par ces moines , il ne s'étonnerait pas, lui qui, dégoûté des grandeurs de la terre, avait abdiqué Tempire et s'était fait jardinier, préférant à la pourpre impériale ses laitues de Salone. S'il eût été chrétien, comme sa femme Séréna, peutêtre se serait-il retiré aussi dans un cloître , ainsi que le fit plus tard Charles-Quint.

A M. A. AGON.

Vendredi A février.

Partant pour la Syrie y l'abbé J. nous a donne ce matin rendez-vous chez lui : une famille anglaise catholique, M. et M"** de M., un musicien et sa femme, M. et M^'B., et un jeune officier français, voilà nos compagnons de pèlerinage. L'abBé, notre aimable et savant cictroney nous fait passer derrière le Forum pour nous montrer les restes du temple de Nerva. C'est ici que Septirae-Sévère fit étouffer, dans la fumée d'un feu de paille, un de ses flatteurs, en disant qu'il fallait punir par la fumée ceux qui prodiguaient aux princes la vaine fumée de la flatterie : fumo punilur qui vendidit fumum.

Détestables flatteurs, présent le plus funeste Que puisse foire aux rois la colère céleste.

Nous visitons l'antique église de Saint-Clément, et,

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passant devant Saini-Jean-de-Latran sans nous y arrêter, nous allons droit à Sainte-Groix-de-Jérusalem.

Ces deux basiliques sont reliées entre elles par une large avenue d^arbres où Therbe pousse et les troupeaux paissent en liberté, inaage de la yie pastorale et arcadienne qu'on retrouve souvent à Rome ; on ne voit ici que pâturages, jardins, enclos mal fermés, coupés ça et là par les rouges tronçons de l'aqueduc néronien ; pas d'autres êtres vivants que des pâtres et des troupeaux. Des cyprès et des pins d'Italie se dressent le long des rues, ou plutôt des routes qui ramènent aux quartiers habités. Cette solitude mélancolique enveloppe Rome de silence et de paix. De ce côté, le désert de la campagne romaine a empiété sur la ville : on dirait le désert de Syrie. Oui, ce n'est plus Rome que nous voyons, c'est Jérusalem.

Voyez-vous sainte Hélène, la mère de Constantin^ à genoux au sommet du Calvaire, où le paganisme romain a érigé une statue de Vénus. L'image de la Mère des Amours s'est étalée effrontément à l'endroit du Gruciflement; insulte des voluptés impures aux souffrances divines. Hélène, reconnaissante envers le signe mystérieux par lequel son JSls a vaincu, Hélène est au Golgotha, à la recherche de la vraie Croix ; l'entendez-vous s'écrier : « Voici donc le Calvaire, voici la place du combat; mais où donc se cache le signe de la victoire? Je cherche en vain rétendard sacré. Quoi ! je suis sur le trône, et la Croix de Jésus-Christ est dans la poussière? Que la terre s'entr'ouvre et nous rende l'instrument du salut ^ ! »

» s. Ambroise cité dans les Sept Basiliques de Home, par M. de Busftièret.

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« Si le génie a ses illuminatioûs soudaines, la piété ardente a aussi ses inspirations. » Après de longues fouilles, rimpératrice trouve les trois croix dans le jardin de Joseph d' Arimathie ; mais laquelle est la croix do Sauveur? Saint Macaire, évêque de Jérusalem, en fait Tessai sur une femme malade et sur un homme mort. A Tattouchement de la troisième croix, la femme guérit et l'homme ressuscite. C'était bien la vraie Croix. Hélène la divisa en trois parts : elle en laissa une à Jérusalem, envoya la seconde à Gonstantinople, et rapporta la troisième à Rome, avec le titulm et une grande quantité de terre enlevée au Calvaire. Elle pria Constantin de lui bâtir une basilique pour garder ces trésors d'outce-mer, en face du palais Sessorien, qu'elle habitait, dan^ les anciens jardins de l'infâme Héliogabale. La basilique constantinienne reçut successivement le nom d'Hélénienne, de Sessorienne, et enfin de Sainte- Croix-de-Jérusalem, ou simplement de Jérmalem, car elle fut assimilée à la Ville-Sainte, dès qu'elle eut le privilège de garder ce précieux dépôt qui, selon l'expression de Mgr Gerbet, forma dès lors l'essence morale de cette église.

Benoit XIV a restauré Jérusalem telle que nous la voyons maintenant. Entrons-y comme si nous entrions dans l'église du Saint-Sépulcre. La main qui se plonge dans le bénitier est tentée de reculer à la vue des serpents si bien sculptés qui s'allongent au fond de l'urne de marbre.

Le pape français. Sylvestre II, mourut l'an 1000, dans cette église, pendant qu'il disait la messe. Il était fort savant, et, comme tel, cru sorcier. Le peuple supersti-

tieux prétendait qu'il avait fait un pacte avec le mauvais esprit, qui l'avait assuré qu'il ne mourrait que quand il mettrait le pied dans Jérusalem.

La tribuna déroule une immense fresque du Pinturicchio, pleine d'une grâce naïve et pieuse : elle reproduit les différentes circonstances de Tlnvention de la Sainte-Croix. Aux deux côtés de la tribuna s'élèvent deux élégants balcons de marbre, destinés, en certains jours, à l'exposition des saintes reliques. L'abbé J. avait obtenu une permission écrite pour les visiter; il la fit transmettre au supérieur des moines de Citeaux qui sont les gardiens de la basilique, et occupent la magnifique abbaye de Sainte-Croix,

Le vénérable abbé à barbe blanche parut, escorté de deux moines : il nous fit voir d'abord la chapelle de Sainte-Hélène, décorée de belles mosaïques; on y lit

cette inscription :

HIC EST TELLVS SANCTiE CALVARI^ SOLIMiE A B. HELENA

IN INFERIOREM FORNICEM DEMISSA DEPOSITA EST ATQVE INDE

NOMEN HIERVSALEM GAPELL£ INDITVM.

Dans le couloir qui mène à l'oratoire de la mère de Constantin, une inscription rappelle que cette chapelle, toute la basilique, et enfin Rome elle-même, méritent le nom de seconde Jérusalem, parce qu'on y conserve le bois de la vraie Croix et la terre du Calvaire, la pieuse Hélène ayant voulu que l'arbre du salut, transplanté \k Rome, y retrouvât quelque chose du sol arrosé par le sang du Sauveur.

Une autre inscription défend aux femmes, sous peine d'excommunication, d'entrer dans la chapelle de Je-

rusalem, si ce n'est une fois Fan, le jour de la Dédicace.

Pendant les invasions des barbares, on cachait les reliques dans Fépaisseur des murs des églises. Le titulus, ou l'écriteau de la Croix, déposé dans une cassette de plomb, fut enfoui dans une niche murée, au haut de Tabside de la basilique de Jérusalem. Les troubles et les guerres d'Italie en firent perdre le souvenir. Le 1" février 1492, sous Innocent VIII, le cardinal espagnol Gonsalve Mendoza, archevêque de Tolède et titulaire de Sainte-Croix, y faisait faire des réparations. Ses ouvriers trouvèrent la niche murée et le coffre de plomb avec ces mots : Titvlvs crvcis; on l'ouvrit, et on y trouva une planche en bois sur laquelle était écrite en caractères rouges, lisibles, la fameuse inscription : jesvs nazarenvs REX jvDiEORVM; Ics dcux dcmières lettres avaient disparu avec le bois qu'on voyait avoir été rongé. La même inscription était répétée en grec et en hébreu. On avait donc retrouvé l'écriteau de la Croix du Sauveur. Rome fut en fête ; le Pape reconnut solennellement la sainte relique et la fit replacer dans le même coffre. Chose remarquable ! le cardinal-archevêque de Tolède apprenait au même moment que les rois catholiques venaient de prendre Grenade sur les Maures ; nouveau triomphe de la croix sur les infidèles !

« Ces reliques, transportées de la grotte sépulcrale du Calvaire dans la Jérusalem de Rome, ont triomphé de tous les doutes, comme elles ont échappé à toutes les causes de destruction. Elles avaient reposé durant près de quinze siècles à Tombre des paisibles murs de cette église, lorsqu'à la fin du siècle dernier^ une main sacri-

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lége voulut les en arracher. En 1798, le Directoire de la République française, ayant fait envahir les États- Romains, essaya d'y organiser une république à sa façon. L'administration nouvelle, très-portée à imiter le gouvernement impie et spoliateur auquel elle devait son existence, convoita les trésors sacrés. Ces successeors de Fabricius ne lui ressemblaient guère : ils furent tentés par les riches custodes de la basilique de Sainte-Croix. Les unes furent enlevées, les autres dépouillées de leurs ornements. On se contenta d'abord de ce pfllagQ : cçs hommes aimaient, avant tout, les sacrilèges lucratifs. Mais bientôt leur fanatisme irréligieux s'attaqua aux reliques elles-mêmes. Cette Croix, qui avait enseigné au monde une autre fraternité que celle de leur égalité menteuse, cette frêle planchette, sur laquelle la main qui livra le Christ à la mort se trouva avoir écrit son éternelle royauté , les importunaient. Ils sentaient là quelque chose qui menaçait leurs chaises curules, peureuses et mal assurées sur le sol tout chrétien de Rome. 11 fut donc enjoint au supérieur des moines qui avaient desservi cette église, de livrer les clefs de la chapelle d^s reliques. Après avoir refusé courageusement, ce bon religieux fut obligé de céder à la force. Mais la clef principale avait été égarée à dessein : le préfet républicain ne put ouvrir les portes et n'osa pas les briser. Il renonça quelque temps après à son odieuse entreprise, obéissant peut-être à quelques remords de foi, souvent cachés au fond des âmes qui se croient incrédules. Le supérieur du monastère ayant redemandé instamment les clefs, on les lui rendit. Lorsque des jours plus tranquilles recommencèrent, les reliques furent replacées dans des custodes

brillantes, dont les ornements sont aujourd'hui les jeunes emblèmes des antiques hommages de la chrétienté ^ «> Le nouveau reliquaire fut donné, en 1803, par la duchesse de Villa-Hermosa.

Après ces détails préliminaires, pénétrons enfin dans la chapelle sainte : au fond s^élève une vaste armoire fermée par des grilles et des portes massives à quatre serrures ; là sont enfermés les trésors que va nous montrer l'abbé de Sainte-Croix : nous nous mettons à genoux sur les marches de Tau tel , dont on allume les cierges, et le vénérable religieux en cheveux blancs fait successivement passer sous nos yeux et sous nos baisers les adorables reliques dont il est le gardien : ce sont trois morceaux de la vraie Croix, tout ce qui reste du bois sacré rapporté par sainte Hélène; Técriteau de la Croix, deux épines de la couronne de Notre-Seigneur, ua des clous qui ont percé Jésus, la pointe y manq[ue. Hélène avait retrouvé les Clous avec la Croix ; elle en fit entrer quelques-uns dans la confection du casque de son fils et du mors de son cheval de bataille, comme pour lui assurer la victoire et l'invulnérabilité. On croit que c'est la pointe du clou qui fut employée au casque de Constantin, et qui fait aujourd'hui partie du cercle de la fameuse couronne de fer gardée à Monza, laquelle, du front du premier césar chrétien, a passé successivement sur les fronts de Charlemagne, de Charles-Quint et de Napoléon.

Nous avons surtout examiné avec une pieuse attention le titvius crucis, Técriteau de la Croix.

* Mgr Gerbet.

C'est une planchette de bois qui porte les traces d^une extrême vétusté. La ligne hébraïque n'ofiFre plus que des tronçons de lettres ; les lettres grecques et latines sont plus visibles : ce sont les caractères latins qui étaient les plus voisins de la tête du Sauveur. Cette inscription : JÉSUS NAZARÉEN, ROI DES JUIFS, fut teintée en rouge et grossièrement tracée à la hâte, à l'aidé d'un poinyon ou d*un couteau. Ce fut l'œuvre sans soin de quelque employé du prétoire de Pilate ; il ne se doutait guère que ce qu'il griffonnait ainsi exciterait une pareille vénération perpétuée à travers les aèeles ! ' '■.

Quelle impression ineffaçable on reçoit en appr^^etiâiït ses yeux et ses lèpres de ces reliquéÉT de^ la Pëssionl Comment décrire c< les éniotions vives que prodoit, après dix^huit siècles, l'apparitiôû des monuments primitifs de la Rédemption. Le voile du temps s'ouvre, le Golgotha se rapproche , et quelque chose du cœur de saint Jean au pied de la croix passe dans le vôtre *. »

Mgr Gerbet a écrit une belle page sur la candidature de Rome et de Jérusalem, aspirant chacune à être le centre de la société chrétienne, et il explique très-bien les grandes raisons qui, comme autant d'avocats invisibles, ont plaidé devant Dieu les destinées futures de Rome, et ont fixé sur elle le choix divin.

Jérusalem, jadis la cité du Dieu vivant, a été dépouillée en punition de son déicide; Rome chrétienne a hérité de sa gloire «t de sa sainteté. Rome , disait Chateaubriand, a recueilli deux fois la succession du monde,

* Mgr Gerbet. — Il faut lire Tintéressante et complète dissertation sur récriteau de la croix qu'il a insérée dans son Esquisse de Rome chrétienne^ t. II, ch. 10.

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comme héritière de Saturne et de Jacob. Kome a fait tant de prodiges par ses martyrs, ses papes et ses saints; elle a opéré et elle opère encore dans son sein tant de conversions étonnantes ^ qu'il faut dire d'elle aussi comme de Jérusalem : que r*est une terre travaillée par les miracles.

Trois villes ont reçu un sceau mystérieux par la vie et la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le divin Enfant, comme dit le saint Cantique, est la fleur des champs et le lys des vallées : il fut conçu à Nazareth, dont le nom veut dire fleur; il naquit à Bethléem, la maiMm du pain^ pour devenir un jour le pain vivant, nourriture de nos âmes; enfin, il meurt à Jérusalem, dont le nom signifie la vision parfaite, la vision de paix ; il y meurt sur la croix pour rétablir la paix entre Dieu et l'homme, entre le ciel et la terre.

Rome avait le droit d'avoir la plus grande part de rbéritage de ces trois villes prédestinées : Nazareth, Bethléem et Jérusalem. L'Italie, devenue la Judée chrétienne, garde à Lorette la sainte maison de Nazareth; Rome nous montre la crèche de Bethléem, à Sainte-Marie- Majeure; l'escalier du prétoire de Pilate, au Latran ; la colonne de la flagellation, à Sainte-Praxède; les morceaux de la Croix, les épines, le clou, Técriteau, à Sainte-Croix-de-Jérusalem ; enfin, la lance, le suaire, le voile de la Véronique, dans la basilique Vaticane.

La station du Vendredi-Saint a toujours lieu dans la basilique de Sainte-Hélène ; on y célèbre le mystère de la Passion devant la vraie Croix , transplantée à Rome dans le sol enlevé au Calvaire, témoin encore subsistant du grand sacrifice.

Il 3

Pendant la Semaine-Sainte, toutes ces reliques, tous ces trésors de la crèche et du Calvaire sont ouverts et exposés aux yeux des fidèles, et en allant vénérer successivement ces monuments de la rédemption, notre Semaine-Sainte de Rome va se passer à Jérusalem au temps de la Passion, et nous pourrons répéter, comme les pèlerins d'outre-mer : In medio tui, Jérusalem^ si oUitus fuero tui^ oUivioni detur dextera mea.

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