‹ Rome; lettres d'un pèlerinChapitre 72 sur 82 · I0VEDI SANTO · texte numérisé non relu

I0VEDI SANTO

A M. A. BESSBMS.

Jeudi saint, S4 mars.

Quelle réunion de belles cérémonies il y a aujourd'hui à Saint-Pierre I D'abord le lavement des pieds , qu'on appelle si heureusement en italien le mandcUo, le commandement, d'aprës les paroles de Jésus : « Si donc je vous ai lavé les pieds , moi , votre Seigneur et votre Maître , vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car je vous ai donné l'exemple.,. » Qu'il est touchant de voir le Vicaire du Christ Javer lui-même les pieds aux Apôtres dans l'aile droite de Saint-Pierre! Ensuite il les sert dans la cérémonie de la Cène, tavola dei AposUdi , qui a lieu dans une immense salle au-dessus du portique de la basilique Vaticane.

Treize ecclésiastiques pauvres, de diverses nations, représentent les Apôtres. Nous avons pour voisin , chez la signora Lopez, un jeune prêtre anglais malade ; c'est.

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dit-OD, un nouveau converti , ainsi que l'Angleterre en offre tant d'exemples , qui, comme dit Shakspeare, s'est réconcilié avec Rome , après avoir résisté si longtemps à la sainte Église, b la métropole du monde chrétien, au siège de Rome :

Hath reconcil'd

Himself to Rome ; his spirit is corne in, That so stood out against the holy church^ The great metropolis and sec of Rome.

{King John^ acl v, se. 3.)

Ce jeune prêtre, faible et malade de la poitrine, a demandé avec instance à représenter l'Angleterre dans le rôle d'un apôtre; il est pourtant riche, disait la signora Lopez, mais il le fait per umiltà.

Les Apôtres sont revêtus d'une longue tunique flottante et d'un bonnet conique , le tout en laine blanche. 11 y avait parmi eux un prêtre arménien, avec une longue barbe, à qui ce costume oriental allait à merveille. La table de la Gène est oinée de vases de fruits et de fleurs, et des statues en vermeil de Notre-Seigneuretdes Apôtres.

Une grande balustrade , gardée par les suisses , protège la table et le§ convives contre la foule énorme entassée sur les gradins et malheureusement trop bruyante et dissipée. Le Saint-Père arrive avec les cardinaux par une porte de côté, et il se met à servir les Apôtres, leur versant le vin , tandis que les cardinaux apportent les plats. C'est un beau et touchant spectacle. J'étais un peu loin, mais contre la balustrade de côté, de façon que je vis revenir le Pape, qui passa tout près de moi;

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il était rouge el très-fatigué de la chaleur ; il s'appuyait en marchant le long de la balustrade, mais toujours bon et souriant , et je me courbai avec amaur sous sa main paternelle. Il était suivi immédiatement par son maestro di camsray Mgr Borromée, qui me reconnut et répondit par un signe amical à mon salut respectueux.

Les officiers suisses étaient aujourd'hui magniQques dans leur grande tenue, avec leurs cottes de maille d'acier, et leurs armures d'azur bruni , merveilleusement ciselées et damasquinées. On se serait cru au quinzième siècle. En sortant du Vatican, je m'arrêtai à contempler une jeune dame en voile noir, qui descendait l'escalier des suisses. «Vous la reconnaissez? me dit-on.— Certes, répondis-je ; c'est une ancienne connaissance du Louvre, échappée de son cadre; c'est la Monna Lisa, la femme du gentilhomme del Giocondo. » En effet, cette jeune dame me rappelait tout à fait le beau type lombard de la Joconde de Léonard de Vinci ; ses lèvres dessinaient jusqu'à ce sourire étrange qui nous captive devant la toile vivante du maître.

Il pleuvait si fort que le Saint-Père ne donna pas la bénédiction du haut de la Loggia , mais dans l'intérieur de Saint-Pierre.

Nous visitons la chapelle Pauline, splendidement éclairée de mille flambeaux qui brûlent devant les fresques de Michel-Ange ; le Saint-Sacrement y est exposé. Je laisse nos compagnes de voyage dans la Sala Regia, occupées à faire queue pour entrer à la Sixtine ; je ne puis me résoudre à me faire étouffer dans cet étroit espace; j'ai horreur des bousculades, surtout dans une église. La Sixtine a un grand défaut : c'est d'être trop

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petite pour la foule des étrangers qui Tenvahissent; les Romains n'y vont jamais , et passent tranquillement et pieusement leur Semaine-Sainte dans leurs paroisses et à Sainte-Groix-de-Jérusalem , qui leur rappelle si bien Sion au temps de la Passion.

La pluie continuant, je me réfugie à Saint-Pierre, en attendant Tbeure des Ténèbres. En ce moment, la basilique est déserte; je m'y trouve seul avec les ouvriers, les San-Pietrini , qui travaillent à élever les tribunes pour le jour de Pâques. Quelle paix ! quel silence I quel recueillement auprès de tout le tumulte de cette foule qui s'agite encore aux portes de la Sixtine ! Gomme on respire à Taise dans cette immensité ; on se croirait sous la voûte du ciel , au sommet d'une montagne solitaire. J'allai m'agenouiller à la chapelle qui conserve la Pietà de Micbel-Ange, devant le grillage en fer qui renferme la colonne sainte apportée de Jérusalem à Rome par Constantin, et que la tradition signale comme étant celle près de laquelle se tenait habituellement le Sauveur lorsqu'il priait dans le Temple, ou lorsqu'il y annonçait la parole de Dieu, a Si cette tradition n'est pas certaine , dit Mgr Gerbet , n'est-ce rien du moins, pour la piété, de pouvoir penser, en s'appuyant sur une autorité respectable , que ce marbre a été consacré par le contact du Verbe incarné? Un simple peut-être aurait lai-Blême son prix. Dans les choses de Dieu et du cœur il y a quelquefois des probabilités adorables. ^ Je vins ensuite m^asseoir sur le rebord d'un des gros piliers de droite , sous le dôme de Michel-Ange , et là je réeitai en paix l'office du Jeudi-Saint , levant la tête de temps en temps pour contempler les bandes lumineuses que

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le soleil tamise à travers les fenêtres de la coupole. A Saint-Pierre, la lumière tombe , jaillit et se prodigue sj naturellement, qu'on ne pense pas à s'informer d'où elle vient : c'est l'effet opposé à celui que produisent les verrières nuancées de nos cathédrales du xNord.

Mais voici la nuit qui vient à tire-d'aile ; on va chanter le Miserere, Je rencontre Mgr Apolloni, qui disait son bréviaire, adossé à une colonne. Il m'apprend que le chapitre de Saint- Jean-de-Latran , à cause de sa basilique qui est la mère de toutes les églises , a la prééminence sur le chapitre même de Saint-Pierre. Le chapitre de Saint-Jean est la plus vieille famille patricienne de la Rome pontificale.

L'office commence dans la chapelle du chapitre de Saint-Pierre. Les Ténèbres, les Nocturnes, sont un soutenir des offices célébrés aux catacombes dans l'obscurité mystérieuse de Rome souterraine. Ce soir, les Ténèbres du chant sont en harmonie avec les ténèbres du ciel qui descendent sur nous. Le tonnerre se met de la partie, l'orage éclate ; des éclairs splendides illuminent Saint-Pierre ; le Vatican gronde comme un Mont-Sinaï. Écoutez le Miserere de Zingarelli , qui s'élance sous les voûtes de Saint-Pierre. 11 est fort beau , mais il n'égale pas le Miserere d'AlIegri qu'on chantera demain à la Sixtine , pour le jour du Vendredi-Saint.

Tout ce qui touche à la religion se revêt d'un reflet d'immortalité. Voilà deux cent douze ans que Gregorîo Allegri est mort, et son Miserere, exécuté chaque année à la Sixtine, embaume glorieusement sa mémoire. On ne

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joue plus les opéras de Pergolèse, mais on chante encore son Salve Regina et son Stàbat, dont un poëte a dit :

Chaque note distille une goutte de sang.

Le Requiem de Mozart est aussi célèbre que son Don Juan. Celui de Cherubini restera peut-être le seul de ses ouvrages. Je ne parle pas du Stabat de Rossini , qui manque, à mon avis , du sentiment religieux; Rossini a fait cependant la Prière de Moïse. Mais venez voir là- bas , dans Saint-Pierre , au pied de l'autel des saints Apôtres Simon et Jude, le tombeau de l'Homère de la musique, qui porte cette inscription : Joannes Petrvs Alexis Paiestrinùf mvsicœ princeps. 11 mourut le 2 février 1594, dans les bras de saint Philippe de Néri, et fut enterré en grande pompe à Saint-Pierre , par ordre du Pape. Palestrina fut le sauveur de la musique. Le concile de Trente s'était élevé contre l'usage dans les églises de la musique, qui , par ses licences profanes, s'en était rendue indigne. On nomma une commission pour la réforme musicale, dont fit partie saint Charles Borromée, homme de goût comme l'ont été tous les vrais saints ^ Il connaissait le génie de Palestrina , et sur sa proposition, le grand compositeur fut chargé d'écrire une messe, du succès de laquelle dépendait le sort de la musique; car, s'il échouait , elle devait être pour toujours bannie , comme profane , de la maison de Dieu.

Palestrina tenait dans ses mains les destinées de son art; il s'enferma seul dans sa petite maison, perdue au milieu des vignes du Mont-Cœlius, et au bout de trois

' Mgr Wiseman, Cérémonies de la Semaine sainte à Rome.

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mois il reparut avec trois messes, dont l'une enleva tous les suffrages. En Tentendant exécuter à la Sixtine , le Pape s'écria : a Tels durent être les accents que l'apôtre Jean a entendus dans la Jérusalem céleste, et qu'un autre Jean * a renouvelés dans celle de la terre. » Le cardinal Pirani, doyen du Sacré-Collége , se tournant vers le cardinal Serbelloni , fit une heureuse application de ces vers de Dante :

Render è questo voce a voce in tempra Ed ia dolcezza ch'esser non puô nota, Se non coLà dove '1 gioir s'insempra.

« Les voix se répondent dans une harmonie si douce, qu'elle ne peut être connue que là où la joie s'éternise. »

Et le cardinal Serbelloni répondit avec non moins d'à propos :

Risponda dunque ; oh ! fortunata sorte !

Risponda alla divina cantilena

Da tutte parti la beata corte.

Si ch' ogni vistà ne sia più serena.

(( 0 sort heureux ! que de toutes parts la cour céleste réponde à ce chant divin , et que le bonheur se peigne plus vif sur chaque visage ! »

1 Palestrina s'appelait Jean, Giovanni Pierluigi^ surnommé Palestrina du nom de sa ville natale.

VENDREDI-SAINT Al' COLISÉE.

A M. L'àRBE potier.

Quand le Christ expira sur le mont de Solyme, Le soleil se troubla^ le rocher se fendit ; Pour reijdre son dépôt le sépulcre s'ouvrit. Le temple s'ébranla de sa base à sa cime ;

Dans les limbes sans fond, dans l'éternel abîme Le bruit du Golgotha tout à coup retentit : Adam se redressa sur son funèbre lit Et demanda le nom de la grande Victime.

Quand il connut Celui qui pendait sur ce bois, U frémit, et le cœur de notre premier père Se sentit accablé par un horrible poids :

Levant sur sa compagne un œil triste et sévère.

Il lui dit, et ce cri fit trembler le Calvaire :

C'est moi qui, par ta faute, ai mis le Juste en croix !

J'essaye ainsi de traduire le beau sonnet d'Onofrio Minzoni :

VENDREDJ-SAINT Al COLISEE. 483

Si volse la^imando alla consorte, E gridô si, che rimboinbonne il monte ; lo per le diedi al mio Signor la morte.

C'est aujourd'hui le jour funèbre où le soleil , comme dit Pétrarque, se décolora devant la mort de son Créateur :

Era '1 giorno ch' al sol si scoloraro Per la pietà del suo Fattore i rai.

Cet anniversaire de la mort d'un Dieu est renouvelé par les chrétiens depuis dix-huit cents ans. Rome le célèbre avec une piété particulière; on voit ce jour-là beaucoup de femmes en deuil et en pleurs comme les saintes femmes de Jérusalem. Nous allons à l'office, dans le Corso , à l'église Saint-Jacques , à l'hospice des Incurables , où nous voyons une confrérie en robe rouge faire la procession de la croix. Nous visitons en face l'église de Gesu e Maria^ où l'on voit un Tombeau illuminé; le corps de Jésus, qui y est déposé, de grandeur naturelle, cause une impression saisissante.

Vers trois heures nous nous rendons au Cotisée , en passant sous cet arc de Titus , conservé providentiellement, avec ses bas-reliefs victorieux, pour rappeler la prise de Jérusalem et la punition du peuple déicide, trop fidèle accomplissement des prophéties d'Isaïe et de Jérémie. On conserve des médailles de Vespasien qui représentent la Judée sous la figure d'une femme captive, à l'ombre d'un palmier, avec cette inscription : IVDËA CAPTA. Chateaubriand remarque qu'en élevant ce monument, l'orgueil d'un empereur romain et le ciseau d'un artiste grec ne se doutaient guère qu'ils allaient

fournir une preuve nouvelle à la vérité du Christianisme. Les Juifs, qui sont à Rome, évitent encore de passer sous cet arc triomphal, impérissable monument de leur châtiment, et Ton montre le sentier qu'ils prennent pour l'éviter.

En élevant le Cotisée aux plaisirs des Romains, Titus et Vespasien se sont rappelé les souvenirs de leur séjour en Orient ; si leur amphithéâtre est romain d'origine, il est tout oriental par sa masse, comme il est juif par les ouvriers qui l'ont bâti , et chrétien par le sang qui l'a consacré. « Le Colisée , dit Mgr Gerbet , a été bâti au moyen d'une double ruine , celle d'un édifice et celle d'un peuple. La maison dorée de Néron , abattue en partie par Vespasien et par Titus , lui a fourni des pierres. La Judée , défaillante et foulée aux pieds , lui a donné ses captifs pour ouvriers, premiers débris d'un peuple qui allait disséminer ses fragments par toute la terre. En fait de monument, le Colisée est le premier grand témoin de la dispersion des Juifs, comme le Temple de Jérusalem , qui venait de tomber au moment où Titus ouvrait l'amphithéâtre , avait été témoin de leur unité. ))

Israël, captif de Pharaon, a élevé à la sueur de son front les pyramides d'Egypte; Israël, captif de Titus, bâtit le Colisée. 11 faut que ce peuple , dit Eudore dans les Martyrs, même au milieu de toutes ses misères, ait la main dans toutes les grandeurs.

En ce jour anniversaire du supplice de Jésus, Rome antique a presque autant à expier que Jérusalem déicide. C'est un gouverneur romain, siégeant à Jérusalem, qui a laissé condamner Jésus, et qui a contribué à son

VENDREDI-SAINT Al! COLISÉE. 485

supplice; ce sont des soldats romains qui l'ont escorté jusqu'au Calvaire ; c'est une lance romaine qui lui a percé le flanc*. Aussi Rome païenne a-t-elle été punie comme Sion; elle est tombée, la grande Babylone enivrée du sang des martyrs; la ville des Césars ensevelie dans ses ruines, comme César mourant drapé dans son manteau, s'enfonce de plus en plus sous terre, tandis que la Ville de saint Pierre, sortie des catacombes, grandit au soleil depuis des siècles :

A rheure où s'accomplit le drame du Calvaire, Le monde est en suspens par un effet contraire ; Deux exemples divers se dressent à la fois : C'est Tibère à Caprée et Jésus sur la croix !

Pilate envoya à Rome les actes du procès de Jésus; Tibère, dit Eusèbe, proposa au sénat de mettre le Christ au nombre des dieux. Le monstre avait un pressentiment de l'avenir. En effet, Juifs déicides, et vous, empereurs

* Dans son poème bizarre d'A?iàsvérus, M. Edgar Quiuet représente Rome au jugement dernier, répondant à Dieu qui Taccuse d'avoir laissé mourir son fils : « Le Vatican expie le Golgotha. Pour effacer mon crime^ c'est moi qui, la première, ai crié dans mes murailles : Le Christ est mon roi. Pour payer la tunique que mes soldats ont déchirée, c'est moi qui ai donné à votre fils la maison de mes empereurs avec leur héritage; et pour essuyer son sang à son côte, c'est moi qui lui ai tendu au bout de mon épée le linceul du vieux monde. Dans mes murailles^ il y a deux Romes : Tune agenouillée sur les places^ parmi Vencens et les soupirs, vous supplie, jour et nuit, de pardonner à l'autre. Le pape rachète Tempereur, le Vatican le Gapitole ; l'église prie pour le temple, la croix prie pour répée, la mitre pour la couronne^ la bure pour la pourpre^ la ruine pour le triomphe, la lampe des madones pour la torche des dieux. Et, chaque soir, la cloche que les saints m'ont donnée s'en va^ en foulant de son pied argentin les degrés du Cotisée, et les dalles de mes portes, et les créneaux de mon mur de Bélisairc, chercher au loin dans ma campagne quelque reste de voûte résonnante, pour y pleurer, comme un oiseau de nuit, sur mes fautes écoulées. »

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romains, persécuteurs des chrétiens , savez-vous ce qui se passe à Rome? Ce faible disciple, qui renia son maître, par loi-même et par ses saccessears il règne au Vatican! SaYez-^ons ce qu'on adore au Golisée? C'est la croix, le gibet des esclaves, Tinstrument du supplice de ce divin Pendu, pour parler comme Bossuet !

Si Tibère, Caligula ou Néron ressuscitaient en ce moment, les yeux encore appesantis du sommeil de la mort, ils croiraient revoir leur amphithéâtre tout prêt pour les jeux qui leur étaient si chers; mais ils s'étonneraient à la vue de cette croix de bois plantée au milieu de l'arène, à la place où était l'autel de Jupiter Latial. C'est sans doute^ penseraient-ils, quelque nouveau jeu inventé par l'ingénieuse férocité de nos successeurs ; c'est quelque juif ou quelque chrétien qu'on va sacrifier, avec des raffinements inconnus, pour réveiller les sens blasés de ce bon peuple de Rome, qui ne demande à ses empereurs que du pain et des spectacles. Us attendent : ils voient s'avancer la longue procession des Pénitents dirigée par un pauvre moine de Saint-Bonaventure , qui , descendu de la colline impériale du Palatin, monte sur l'humble palco de bois \ et prêche en face de la croix de bois déjà si éloquente par elle-même ; puis, la foule romaine s'en va baiser la croix et faire les stations de la Passion devant chaque image du grand Crucifié :

C'est le Dieu des chrétiens^ c'est le mien^ c'est le vôtre. Et la terre et le ciel n'en connaissent point d'autre.

(Ck>RNEiLLE^ Polyeudtf,)

* Le ÎS mars 1848, cette chaire sacrée fut occupée par l'apostat GaTazzi et le citoyen Charles Bonaparte, qui en firent une tribune et y prêchèrent au peuple romain un sermon déma^ogfique.

VENDREDI-SAINT AU COLISÉE. i87

Autrefois, le Vendredi-Salat, on jouait au Golisée les mystères de la Passion , les acteurs se plaçaient sur une plate-forme située près de la porte où Ton voit encore une fresque effacée qui représente Jérusalem et le Calvaire. c( Les stations du Chemin de la Croix qui font tout le tour de Tarène, dit Mgr Gerbet, marquent à peu (urès le cours de l'Euripe, du ruisseau que les martyrs ont teint de leur sang. La porte Libitine, par laquelle on emportait les morts, était à l'extrémité de Tamphithéâtre, vers le Cœlius; elle a aujourd'hui à côté d'elle la station de Jésus mis au sépulcre. Le Colisée est devenu presqu'un temple; il est tout entier à la Croix; il est à la confrérie, il en a les processions et les cantiques ; le vendredi, il en a les stations, il Ta au centre de son arène , il Ta au cœur. Les stations de douleurs, disposées de distance en distance sur ce même terrain où tant de chrétiens ont été traînés devant le Prétoire , dépouillés de leurs vêtements, flagellés, livrés aux dérisions du peuple, abreuvés d'ignominie , attachés à des poteaux ,. sont, de tous les chemins de la croix établis dans les différentes parties du monde catholique, celui qui reproduit mieux la voie douloureuse du Prétoire au Calvaire. »

Ce vieux Colisée, vai'mu du temps, comme dirait Corneille , fut tour à tour un amphithéâtre , une forte* resse, un monastère de religieuses, qui y remplacèrent les vestales et s'y logèrent comme des colombes qui font leur nid dans l'ancienne aire d'un vautour. « Ensuite , continue Mgr Gerbet, arène d'un tournoi, hôpital de pestiférés, carrière qui fournit des matériaux à des édifices somptueux, salle de spectacle et atelier préparé

pour des manufactures, repaire de voleurs et fabrique de salpêtre , il a passé par toutes les conditions , depuis les plus hautes jusqu'aux plus infimes, il est devenu la personnification matérielle de TElcclésiaste, qui a tout vu et qui s'est dégoûté de tout, et alors il a fini par se faire pénitent. 11 s'est mis à prêcher le néant des choses humaines, le sacrifice etj'expiation. Le vieux Titan de l'architecture s'en est fait le Trappiste; mais il est resté beau dans son austérité , comme l'anachorète , courbé par l'âge, est beau avec sa tête chenue , ses rides et ses joues creusées par la pénitence. »

Tandis que j'errais avec ces pensées sous les arceaux démantelés du Colisée, je voyais en bas du cirque, près du Podium impérial, Teresina et sa nourrice accroupies devant le tronçon sculpté d'un chapiteau creusé par la pluie et qui gardait un peu d'eau du ciel pour rofl*rir, comme une coupe rustique , à la soif des petits oiseaux de l'Évangile qui n'ont ni caves ni greniers ; j'entendais, avec une joie pleine de mélancolie , les frais éclats de rire de Tenfant , chaque fois que la nourrice jetait un caillou qui faisait éclabousser l'eau autour d'elle. C'était là ce qui l'intéressait le plus de tout le Colisée; c'était la vie et le mouvement au milieu des ruines.

En m'en revenant, je m'arrêtai au centre du Forum désert et rougi par le soleil couchant. En face de moi , le Capitole, Capitolium fulgens, s'élevait triste et solitaire, jaloux du Vatican qui a hérité de sa gloire et est devenu à sa place le centre et le cœur de Rome.

Les ruines et les rues de Rome antique pleurentcomme celles de Jérusalem, viœ lugent, et je leur appliquais le passage des lamentations de Jérémie sur la désolation de

Sion : (i Quomodo sedet sola civitas plena populo? Plauserunt super te manibus omnes transeuntes per vianiy sibi^ laverunt et moverunt caput suum super fiiiam Jérusalem : Hœccine est urbs, dicentes, perfecti decoriSy gaudium universœ terrœ? y)

Je restai là longtemps à contempler le soleil qui, descendant lentement au milieu des ruines du Forum , semblait pour un moment, selon l'expression de Corinne, se soumettre au déclin comme les ouvrages des hommes.

En ce jour du Vendredi-Saint Rome expose toutes les reliques de la Passion qu'elle possède : Sainte-Croix-de- Jérusalem nous montre les Clous, les Épines, l'Écriteau de la Croix ; Sainte-Praxède , la Colonne de la Flagellation; Saint -Pierre, la Lance et le Suaire. « Rien de plus imposant, remarque Mgr Gerbet, que Tostension des reliques de la Passion, du haut d'une tribune intérieure de Saint-Pierre, le soir du Vendredi-Saint. L'autel est dépouillé, rillumination perpétuelle du tombeau de saint Pierre est éteinte, tous les chants se sont tus, et la brillante basilique, devenue muette et sombre, semble prendre les formes d'un sépulcre immense. » Rome est véritablement aujourd'hui la Jérusalem de l'Occident.

Ah ! s'ils n'avaient pas des yeux pour ne point voir, comme ces Juifs, dont nous parlions au début de cette lettre, s'apercevraient que Rome est rhéritière légitime de Sion, et que le peuple romain a succédé au peuple hébreu pour préparer la voie au Christianisme ! Les Romains ont renversé le temple de Salomon , le temple unique, pour bâtir au Vatican le temple universel. Rome essaye tout ce qui lui est possible pour la conversion des

490 ^XNDREDI-SAINT AL COLiSËE.

Juifs. Eo ce jour du Veodredi-Saint^ elle fait prier pour eux tout le monde chrétien; le samedi de chaque semaine, elle leur fait faire des instructions par un docteur en théologie , qui leur explique les prophéties en hébreu ; enfin, chaque jour, elle leur montre un prédicateur non moins éloquent: c'est un grand crucifix placé en dehors du portail de T^lise de Saint-Ange in Pescheria, et qui est tourné Yers le quartier voisin des Juifs, le Ghetto. Ce crucifix porte cette épigraphe d'Isaïe , en latin et en hébreu : « Expandi manvs meas tota die ad popthm incredtlvm, »

Mais, malgré des conversions individuelles, les Juifs s'obstinent dans leur aveuglement. Oculos habent et non tidebunt, comme disait leur Roi-Prophète ; ils continuent à lancer les malédictions de la loi mosaïque sur les crucifiés *. Le Christ, le seul qui soit mort pour tous*, est toujours à leurs yeux un imposteur justement mis à mort, et Judas est le Brutus de la Judée.

Francesco Gianni a fait sur le supplice du traître des traîtres un sonnet qui suffirait, avec celui de Minzoni, pour prouver que la poésie moderne de Tltalie a retenu quelques accents de la muse de Dante.

Gli rese il bacio che aveva dato a l'.hristo.

Quand de l'arbre fatal Judas désespéré Tomba, le Tentateur qui veille sur sa proie

* Maledictus a Dec est qui pendet in ligne. (Deuteron., c. xxvi^ v. 23.)

^ Une paysanne du Limousin voyant son dernier fils enlevé par la conscription, à la fin du premier empire, s'écriait dans son désespoi** : Ceci est le contraire de la Passion : dans la Passion un seul meurt pour tous ; aujourd'hui tous meurent pour un seul !

VENDREDI-SAINT Al COLISÉE. 49i

Fond sur elle, et l'enlève avec un cri de joie Par le nœud que le traître au cou s'était serré.

Dans l'océan de feu Judas est engouffré, L'enfer s'en applaudit et plus ardent flamboie ; Sur l'éternel brasier tout son corps craque et ploie, Dans chacun de ses os Tinfàme est tortiu*é.

Enfin, d'un air riant le regardant en fsice, Satan de ses deux bras lentement l'entrelace. Et malgré les efforts et les cris du damné.

Vantant sa trahison entre les plus fameuses, Sur sa bouche appliquant ses lèvres venimeuses, 11 lui reud le baiser qu'au Christ il a donné !

eu

LES MACtES D'ARMÉNIE.

A Ui:NRi MKKIMËE.

Samedi saint, 26 mars.

Un de nos amis a couru ce malin au Latran pour voir baptiser une Juive et un Turc dans le baptistère de Constantin ; mais cette cérémonie lui a fait manquer la messe du Samedi-Saint. Pour l'en consoler, Tabbé J. lui dit: « Vous aurez aujourd'hui une messe à quatre heures du soir. — Comment cela? — Les Arméniens célèbrent, à cette heure, la première messe du jour de Pâques à Saint- André délia Valle. »

Nous y allons avec empressement. On vend à la porte un libretto qui renferme le texte original de la messe arménienne, avec une traduction italienne, livre imprimé à Venise par les savants moines arméniens de Ttle Saint- Lazare, que nous irons visiter dans deux mois. On sait que les Arméniens se sont réunis à l'Eglise catholique, qui leur a permis de conserver leurs rites orientaux :

Il est Arménien et vous êtes Romaine,

Et TOUS pouvez savoir que nos deux nations

N'ont pas sur ce sujet mêmes impressions.

(Corneille, Polyeucte,)

Le célébrant était Mgr Hurniuz, archevêque de Sirace, arménien né à Constantinople , et qui appartient à l'Ordre des Mécbitaristes de Venise. 11 réside à Rome , comme prélat chargé des ordinations et des fonctions pontificales du rit arménien. 11 officie avec une majesté tout orientale ; sa longue chevelure et sa longue barbe parfumées nous rappelaient le verset du psaume 132 : « Sicut unguentum in capite, quod descendit in barbam, in barbam Aaron. » L'archevêque était assisté de prêtres et d'acolytes vêtus de robes de soie de diverses couleurs.

Dans la messe arménienne un rideau enveloppe l'autel pendant la consécration; on y entend des instruments de musique singuliers, entre autres des clochettes d'argent qui tintent doucement au bout d'un bâton recourbé comme une crosse. La liturgie arménienne se compose en partie de prières traduites de la liturgie dite de saint Chrysostome. Un de nos officiers s'étonnait que Rome tolérât ces rites et ces costumes particuliers. « Seigneur officier, lui répondit un abbé romain, c'est comme si je m'étonnais que dans Tarmée française vous avez des uniformes difl*érents pour distinguer les différents corps. Qu'importe la variété des costumes, si le drapeau reste le même et est commun à tous ! »

Les Arméniens chantent à l'offertoire des mélodies d'une poésie tout orientale. Aujourd'hui , la mélodie du jour, de Pâques annonce ainsi la résurrection du Sau-

49i LbS HAGES D'ARMÉNIE.

veur : a Je fais résonner dans mon chant le rugissement de ce Lion (le Christ) qui a crié du haut de Tarbre aux quatre ailes (la croix). Oui, il criait sur Tarbre quadrilatère, et son rugissement menaçant pénétrait jusqu'au fond des entrailles de la terre ^ »

Ces costumes orientaux, celte poésie antique, cette langue mystérieuse, me rappelaient l'histoire de ces roismages qu'un poète appelle une légende des Mille et Une Nuits enchâssée dans l'Évangile. ^16 Oriente venerurU, En sortant de Saint-André délia Valle , je répétais cette strophe du Fil de la Vierge de Scudo, que tous nous racontiez avoir chantée avec émotion en Syrie, sur la roule de Jérusalem :

Viens-tu de Bethléem, la bourgade béuie^

Frêle sapeur De renceos qu'apportaient les mages d'Arménie

Pour le Seigneur?

Je suis monté ensuite au Palatin pour faire mes adienx à mon cher petit couvent de San-Bonaventura ; je demandai à voir dans Téglise le corps du bienheureux Léonard de Port-Maurice, mort ici en 1751, à Tâge de quatre-vingt-quinze ans. Il est placé dans l'autel même, sous verre , et , quoique noirci par le temps , il est

^ Le jour de la Transfiguration du Sauveur^ type et présage de la transfiguration de tous les justes^ la mélodie arménienne salue d'abord une fleur unique^ puis d'autres fleurs seniblables où la beauté de la première se reproduit : « la rose gracieuse flamboie à travers ses feuiUes de dite verses couleurs : sous leur mille et mille feuiUes ondoient les roses « tremblantes. » Dans tous les temps et dans tous les rites, la poésie 8*est unie à la prière ; alliance bien naturelle^ puisque la poésie, qui, par son essence même, s'efforce de figurer quelque chose de plus parfait que ce qu'elle trouve dans les réalités terrestres, n'esl, au fond^ qu'un élan in^ sttnctir de Tàme vers un monde supérieur. (Mgr Gerbet.)

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bien conservé; la bouche est enlr'ouverle et laisse voir les dents et les chairs. Le Franciscain qui me fit voir ce corps vénérable me citait le passage du Psalmiste : c( Votre saint , Seigneur, n'éprouvera pas la corruption. »

Ce bon moine, comprenant peu mon méchant italien, imagina de me parler latin; c'était pour moi tomber de CharybdeenScylla; mais j'acceptai bravement le défi. Il y avait tant de couleur locale à parler latin sur le mont Palatin , à la place peut-être où s'élevait la maison de Cicéron, dont les Cicérons modernes cherchent en vain à vous montrer une pierre ' ; mais, ô grand Tullius, ton ombre a dû frémir, en entendant sortir de mes lèvres gauloises un latin digne du Malade imaginaire!

Le Franciscain m*appelait Dominatio Vestra; cela voulait dire Votre Seigneurie. Il commença, comme le serpent dans son premier discours au genre humain , par une interrogation des plus captieuses : « Diynelur Dominatio Vestra dicere mihi cur Gallia nepotem magni Napoleonis imperatorem elegerit? — Quia erai necessarius. w

J'aurais pu ajouter comme Virgile à Dante :

State contenti, umana gente, al quia.

> Le Palatin a possédé tour à tour les résidences des rois Tullius Hostilius^ Ancus Martius et Tarquin l'Ancien^ des Gracques^ de Sylla^ de Gatilina et des orateurs Cicéron^ Lucius Grassus et Hortensius. La maisoM de Cicéron était si heureusement située, qu'on y avait la vue de toute la ville^ comme il nous l'apprend lui-même : In conspectu prœterea totius urbis domus est mea.

Il est remarquable de trouver le même caractère comme le même talent artistique dans les grands orateurs anciens et modernes : Démosthènes, Cicéron, Fox, Mirabeau, Berryer.

Le moine continua son interrogatoire : « Dignetur Dominatio Vestra dicere mihi an Gallis sqtisfecerit nôvus imper ator? — Sicut monachis novus abbas. — Dicitur Napoleonem Tertium Romam venturum esse coronandum manibiis Suœ Sanctitatis. — Credo potius Sanctum Patrem venturum ad hoc Lutetiam, ad Nostram Dominam de Parisiis. — Vivat Gallia victrix! — Vivat Roma, almaparens! »

De tous ces charmants couvents qui couronnent les Sept Collines, Saint-Bonaventure est celui que je préfère; c'est le gardien des ruines du palais des Césars *, et sa terrasse est un délicieux petit observatoire sur le Cotisée; Sortant de la messe arménienne, assis sous les palmiers du couvent, ayant à ma gauche les cèdres des Maronites, qui me rappelaient les cèdres de Salomon, j'aimais à me croire en Orient, et je continuais le Fil de la Vierge :

Sous les palmiers du Nil la ronce te prit-elle

Au manteau bleu, Oii la Vierge des cieux fugitive et mort^lle Cachait un Dieu?

1 Ce doux retira de saint Bonaventure va posséder bientôt un voisin et un collège digne de lui. La villa Palatina dont nous avons tant parlé (Lettre xxxviii) vient d*être acquise par les religieuses de la Visitation chassées de leur couvent de VUmiltà par la république de 1849 et réfugiées au monastère de Sainte -Suzanne qu'elles ont cédé au directeur du séminaire français. Les filles de Saint-François de Sales vont s'unir aux enfants de Saint-François d'Assise pour compléter la purification du Palatin, et faire un lieu de prière et de recueillement de la colline impériale souillée par les orgies des Césars et les impuretés du culte de Vesta. « Les ruines païennes et les édifices chrétiens se rendent des services réciproques pourTefifet qu'ils doivent produire En parcourant respace qui s'étend du Capitole des Tarquins au Cotisée des Césars et dans leurs alentours^ il est impossible de ne pas remarquer que Taspect de ces lieux^ où les plus beaux débris de l'ancienne Rome se trouvent rassemblés, serait entièrement gâté; si des maisons élégantes ou de triviales

Le couvent des Maronites a une vue du Colisée inverse de celle qu'on a de Saint-Bonaventure ; il voit sa partie entièrement conservée, tandis que dMci je vois le vieil amphithéâtre à moitié détruit; du jardin des Passionistes, qui est en face, le Colisée apparaît tout à fait en ruines ; ce sont trois points de vue très-divers, mais également beaux et que je vous recommande à votre prochain retour à Rome. Quel horizon h souhait pour les yeux et la pensée on découvre sur la terrasse des Palmiers ! A gauche, les deux dômes e\ le clocher byzantin do Sainte-Marie-Majeure, la basilique et le palais de Latran, le Colisée à nos pieds , et à l'horizon les montagnes do la Sabine couronnées d'un diadème de neige éblouissant. En face de nous, sur le mont opposé du Cœlius, voici le couvent des Passionistes avec son clocher et sa rotonde en briques, et son jardin qui allonge sous nos yeux une épaisse charmille de chênes verts et un groupe de cyprès; à droite, la villa Mattei, qui couronne le Cœlius ; plus bas , dans la vallée qui sépare le Palatin du Cœlius , le couvent des Camaldules et de Saint-Grégoire; à droite, la colline et le clocher de Sainte-Balbine ; enfin, tout à fait à la portée de ma main

boutiques venaient à s'y accumuler. Heureusement il y a de distance eu distance des couvents et des églises dont le calme austère ne dérange rien. En outre, chaque monastère a des enclos, des dépendances, qui défendent les espaces vides contre Tenvahissement des maisons, des rues et du bruit. Si quelques fils des généraux de notre époque fixaient leur résidence, avec tout l'attirail du confortable moderne, parmi ^:e6 débris de la plus grande puissance guerrière qui ait existé, le spectacle qu'ils présentent aux yeux et à l'àmc perdrait beaucoup. De pauvres couvents sont de meilleurs gardij^us de ces ruines triomphales : leur magnifique tristesse est mieux protégée par des capucins qu'elle ne le serait par les descendants des soldats d'Austerlitz et des Pyramides. (Mgr Gerbet, )

498 LKS MAGES D'ARMENlIi.

droite, sur ce Palatin même où je suis, je vois les arches rompues d'un aqueduc et les débris du palais des Césars; sur un plan plus bas , autour et à côté de la terrasse où je me promène , voici le potager du couvent où le bon frère jardinier cultive avec amour ses artichauts et ses laitues sur le Septizonium de Septime -Sévère.

Quel bon petit coin en hiver que cette terrasse ! comme on y prend un doux bain de soleil ! on n'en perd pas une goutte ni un rayon, et quand il est par trop chaud, on s'abrite au pied du grand jet d'eau , entre les deux palmiers. En voici un troisième, tout jeune, qui pousse un peu plus loin , et dont la taille élancée et trop flexible est soutenue par un roseau attaché horizontalement à un autre arbre. Il y a deux autres petits jets d'eau pour les potagers ; l'eau est précieuse à cette hauteur. Ces trois jets d'eau font un murmure continuel qui accompagne la psalmodie lointaine des bons Frères-Mineurs que j'entends dans leur église ; double musique qui s'harmonise : murmure de la prière de la nature qui se joint à la prière de l'homme pour s'élever à Dieu. Que de souvenirs végétaux rapportés par les missions franciscaines dans ce jardinet de Sémiramis suspendu sur le Palatin! C'est unjpetit abrégé de l'univers qui me rappelle tant de beaux pays : ciel romain et vues de Rome, palmiers d'Orient, arbres de Judée, lauriers roses de Grèce, raisins rouges d'Amérique.

Je remarque en ce moment un curieux effet de soleil. Le ciel semble partagé en deux; à gauche, le soleil couchant fait étinceler le Colisée, pénètre tous les pores du vieux colosse , et les imbibe d'or, de lumière et de chaleur ; à droite , je ne vois qu'un ciel de plomb et des

nuages cadavéreux qui semblent receler dans leurs flancs la grêle, la tempête et la mort. On dirait deux armées rangées en bataille qui vont s'entre-choquer ; on croit voir combattre et lutter le jour et la nuit , Tombre et la lumière, le paganisme et le Christianisme, Maxence et Constantin se rencontrant au pont Milvius. Un coup d'oeil jeté sur la croix qui domine le dôme de Saint- Pierre nous apprend que le Labarum a triomphé. Du Colisce au Ponte-Molle il y a une lieue à peine : quelle étape pourtant le Christianisme a faite d'un champ de bataille à l'autre !

Mais n'oublions pas que c'est ici même, de ce palais impérial du Palatin dont nous foulons les ruines qu'est sorti , il y a dix-huit cents ans , le décret immortel qui archange la face du ciel et de la terre.

Le monde était en paix sous la main d'un seul homme ; Dieu fondait ses desseins sur l'unité de Rome. Un jour, César-Auguste ayait au Palatin Convoqué tous les chefs de l'univers latin. Dans le festin servi par de belles captives Les roses de l'orgie empourpraient les convives, Quand César se levant leur dit : « J'ai dans la main Et le monde barbare et le monde romain ; L'univers est à moi, je le sais, mais j'ignore Combien du Sud au Nord, du Couchant à l'Aurore, Combien j'ai de sujets sous mon vaste pouvoir ; Cela ne doit pas être, et je veux le savoir; Allez, et dans un mois que j'apprenne le nombre Des mortels trop heureux qui vivent à mon ombre ! » Il dit. On applaudit : les poètes flatteurs Redoublèrent l'encens de leurs hymnes menteurs. Horace s'écriait ; Gloire à César- Auguste, Le divin empereur, l'immortel et le juste ! Virgile se taisait : au milieu des festins

5U0 LES MAGES D'AHMÊNIE.

Réyant à sa Mantoue^ à son chaume^ à ses pins.

L'harmonieux ami de Mécène et d'Octave

Penchait son noble front mélancolique et grave ;

Le votes immortel d'un regard curieux

Sondait dans l'avenir un point mystérieux.

Il voyait des bergers, non ces pasteurs antiques

Que célébraient jadis ses fraîches bucoliques,

Mais des hommes brunis sous des cieux étrangers;

Par cette nuit d'hiver, il voyait ces bergers

Laisser là leurs troupeaux qui paissaient dans la plaine.

Et vers une humble grotte accourir hors d'haleine

Pour voir dans une crèche un Enfant souriant,

Que venaient adorer les mages d'Orient.

A la table d'Auguste, ainsi le doux Virgile Voyait poindre déjà Taube de l'Évangile.

Et dès le lendemain, l'empereur l'avait dit. Dans tout le vaste empire on publiait l'édit Qui faisait dénombrer la terre tout entière , Cet édit qui frappa Rome et Jérusalem, Et qui devait bientôt mener la Vierge-Mère A retable de Bethlehem !

cm

A JOHN UAHVEY OF ICKWELL BL'RY.

Kecte faciendu aeniiiiein tiineas.

{Devise de» Harvey.)

Saniedi-Saiot.

Rome a été la première en toutes choses ; mais elle a droit surtout à revendiquer l'initiative dans les grandes mesures de charité. A peine sortie des catacombes, elle a eu des' hôpitaux , au grand étonnement des philanthropes païens. Le premier-né de la charité chrétienne a été l'hôpital fondé par une descendante des Fabius, par Fabiola,la pénitente de saint Jérôme; sainte Galla établit plus tard un hospice dans sa maison au sixième siècle. c( Mais il y a dans l'enceinte de Rome , dit Mgr Gerbet , un lien qui est, je crois, le seul du monde chrétien qu'on sache avoir été inféodé à des établissements charitables depuis plus de douze siècles, et qui continuera d'être, pendant bien des siècles encore , le majorât perpétuel de la bienfaisance chrétienne. Je veux parler du local où s'élève aujourd'hui le grand hôpital du Saint-Esprit.

Saint Symmaque , élu Pape vers la fin du cinquième siècle, avait construit un hôpital en cet endroit , près de la basilique de Saint-Pierre et des ruines du cirque de Néron, »

Le roi saxon Ina y joignit plus tard un hospice pour les pèlerins de sa nation. Innocent III reconstruisit sur un plan grandiose Thôpital du Saint-Esprit, et en confia la direction à un Ordre hospitalier que Guido de Montpellier venait de fonder en France. « On peut observer dans rhistoire de cet établissement les alluvions de la charité sur un même point dans le cours de douze siècles; il n'y a point de trône aussi ancien que cet hôpital *. »

Innocent III conçut aussi l'idée des confréries de charité, qui se perpétuent jusqu'à nous par la jeune Association de Saint-Vincent-de-Paul. Une des plus anciennes à Rome est celle du Gonfalon ou de V Étendard, a II faict beau voir, dit Montaigne dans son Voyage d'Italie, l'ardeur d'un peuple si infini à la religion ces jours-là. Us ont çant confréries et plus, et n'est, guière home de qualité qui ne soit attaché à quelcune ; il y en a aucunes (quelques-unes) pour les étrangiers. Nos Roys sont de celé du Gonfalon, surtout Henri III , glorieusement régnant. »

^ C'est une gloire pour la France qu'une œuvre sortie de son sein soit devenue Tainée de cette création romaine, à Tépoque qui forme la jonction de ses anciens désastres et de ses déyelopperoents modernes. Lorsque le Conseil général du département de THérault votera des statues à quelques noms historiques du pays, se souviendra -t-il que Guido de Montpellier, précurseur de Vincent de Paul, a gravé le nom de son Ordre sur le frontispice du monument qui est le doyen des établissements de bienfaisance? (Mgr Gerb«l.)

LA TKINlTÉ-DES-PÉLERliNS. o03

L'église de Saiut-Joseph-des-Charpentiers, bâtie sur la prison Mamertine, a une inscription qui rappelle que l'empereur Joseph H se fit recevoir dans cette confrérie.

Un Franciscain, Barnabas de Terni, institua h Pérouse le premier Mont-de-Piété , institution aussitôt protégée i*t propagée par les Papes ; saint Joseph de Calasanzio établit à Rome l'instruction primaire gratuite; Clément X est l'inventeur du système pénitentiaire * , qui , selon la remarque de Mgr Gerbet , transporte dans les prisons, sous la sanction de la contrainte , les règles observées dans les couvents austères , sous la garantie de l'obéissance religieuse. Nous voyons la Papauté à la tête de toutes les branches de la charité chrétienne ^, et le souffle de Pie IX les fait revivre ou en fait éclore de nouvelles.

La plupart de ces établissements, auxquels nos pères avaient donné le nom sublime d^ Hôtels -Dieu, étaient à Rome des hospices pour les pauvres voyageurs aussi bien que des hôpitaux pour les malades. « Nous avons vu, c'est encore Mgr Gerbet qui parle, que chaque nation chrétienne avait construit un nid pour ses malades et ses pèlerins à Tombre de Rome. C'était un beau signe de la fraternité des peuples que cette fédération de la charité. Le mouvement qui avait porté la république

' Voir la Lettre lxxxyi et le Rapport de M. Cerfbeer.

* Parmi ces institutions, il en est quelques-unes peut- être qui ont besoin de réformes et d'améliorations. Voyez les fontaines de Rome, si nombreuses et si belles : s'il arrive que de temps en temps quelques-uns des tuyaux qui les alimentent soient engorgés, si d'autres ont des fissures par lesquelles une certaine quantité d'eau se perd, cela sera réparé : en attendant, nous n'en dirons pas moins que Rome est très-riche en belles fontaines et en beaux établissements de charité. (Mgr Gerbot.")

tm LA TKINn É-DES-PÉLERINS.

chrétienne à multiplier ces établissements avait été comme un flux de la charité catholique vers la ville centrale : mais il y eut un admirable reflux. Chaque peuple avait voulu avoir un hospice particulier pour ses pèlerins : Rome ouvrit un hospice universel aux pèlerins de tous les peuples. » C'est saint Philippe de Néri qui établit une confrérie pour le service des pèlerins. Élène Orsini lui offrit une maison qu'elle possédait dans les thermes d'Âgrippa. « La charité expressive de ces hommes avait reçu le don de parler à ceux dont ils ignoraient la langue natale une autre langue sans mots, révélée par le cœur qui l'invente aux cœurs qui l'écoutent. C'était le cénacle de la charité. » Ainsi se forma l'admirable hospice de laSainte-Trinité-des-Pèlerins, qui, deux ans après son établissement , entretint jusqu^à six cents pèlerins par jour pendant l'année jubilaire 1550. Au Jubilé suivant , en 1 575 , il reçut successivement , d'après les registres de Thospice, cent seize mille huit cent quarante-huit personnes.

Ce spendide hôtel de la charité continue toujours à s'ouvrir aux pèlerins. 11 reçoit, pendant plusieurs jours, les pauvres voyageurs des deux sexes que la piété amène à Rome. Pour être reçus, il faut qu'ils viennent d'un pays éloigné de plus de soixante milles de Rome, et qu'ils présentent un certificat de leur évêque , attestant qu'ils se rendent en pèlerinage à la Ville-Sainte. Pour les fêtes de Pâques, le nombre des pèlerins est de trois à quatre cents. Nous n'avons pu nous trouver à Saint- Pierre au moment oii les frères et les sœurs de la confrérie y ont conduit, en leur donnant le bras, les pèlerins et les pèlerines pour y déposer leur premier hommage ad

limina Apostolorum. Mais nous sommes allés ce soir visiler l'hospice des pèlerins pour le voir fonctionner. Il est situé près du Mont-de-Piélé et du Pont Sixte.

Nos compagnes de voyage sont introduites dans le quartier des pèlerines^ et nous entrons dans celui des pèlerins. Cet hospice est dans des proportions grandioses et vraiment romaines. On traverse de vastes cuisines, d'immenses salles voûtées garnies de tables servies et protégées par des barrières contre la curiosité de la foule. Au fond, s'ouvre la salle du lavement des pieds; des bancs sont disposés le long des murs, au-dessus d'une rigole en marbre où des robinets laissent échapper l'eau qui s'en va à mesure par un conduit souterrain. De cette façon , Teau est sans cesse renouvelée ; ce qui n'est pas inutile.

Nous trouvons là une fouie de confrères, de tout âge et de tout rang, parmi lesquels on nous signale les hommes les plus distingués de Rome. Leur uniforme est un sac de toile rouge que saint Philippe de Néri leur donna comme un emblème de la flamme de charité qui doit les animer. Dante donne aussi ce costume et ce symbole à Béatrice :

Vestita ai color di tiamma viva.

Nous voyons entrer les pèlerins au nombre d'environ cinquante ; ce sont ceux qui sont arrivés le jour même. La plupart sont des mendiants et de pauvres paysans qui viennent de loin, vêtus de costumes pittoresques qui rappellent le moyen âge. Il y en a de tout âge et de trèsjeunes ; ceux que nous avons vus étaient hâlés, fatigués

506 I.A ÏRINITK-DKS-PÈLEHINS.

de la route, couverls de poussière, et ayant tous grand besoin des ablutions de la charité.

Les confrères s'empressent de les accueillir, de les faire asseoir sur les bancs et de les déchausser; mais la plupart sont déjà deschaux. On ouvre les robinets, et les confrères à genoux devant les pèlerins leur savonnent les pieds. Nous remarquons qu'ils lavent consciencieusement ces pieds nus, qui sont consciencieusement crasseux, puis après ils les baisent avec un pieux respect, comme les membres souffrants de Jésus-Christ; c'est beau et touchant. Les pèlerins se laissent faire avec une surprise naïve et un sérieux plein de reconnaissance. L'un d'eux avait au pied une plaie saignante et repoussante qu'un des confrères s'empressa de panser avec toute l'adresse de la charité. Le lavement des pieds est précédé d'une prière touchante que lit un des confrères, et où on rappelle le précepte de l'Évangile, h mandata: a Lavez-vous les pieds les uns aux autres , » précepte qu'ils vont mettre en pratique, et dont le Saint-Père leur a donné le premier l'exemple le Jeudi-Saint K

^ Dès Torigine de cette confrérie, les personnes les plus distinguées de Rome s'empressèrent de s*y enrôler^ comme cela so fait encore aujourd'hui. Ce spectacle de la charité catholique toucha plusieurs protestants. Leurs conversions donnèrent lieu quelquefois à des scènes singulières. Un ministre luthérien de Pologne était venu à Rome déguisé en pèlerin, afin de n'être pas reconnu. Lorsqu'il fui entré à Thospicc, un confrère se présenta pour lui laver les pieds : c'était le cardinal Ferdinand de Medici. Tout ce qu'il vit dans cette maison bouleversa Tidée qu'il s'était faite du Catholicisme. Les impressions qu'il reçut sous le toit des pèlerins furent complétées, dans la chapelle du Pape^à la vue de la piété angélique de Grégoire XIII. Obéissant à une impulsion intérieure, il traversa la foule et vint se jeter en larmes aux pieds du Pape. Le Saint-Père, croyant qu'il désirait se confesser à lui, fit retirer les prélats qui l'entouraient; mais cet étrange pèlerin s'écria qu'il voulait se confesser en public et

Pendant la Semaiue-Sainle de 1847, un pauvre prêtre prussien, du diocèse de Munster, nommé Théodore Lauvensen, arrivait à Rome à pied, et fut reçu à la Trinitédes-Pèlerins. Il est conduit dans la salle du lavabo; on le fait asseoir sur un banc de bois, on le déchausse ; qui va lui laver les pieds? C'est Pie IX lui-même qui vient d'entrer à l'hospice et qui s'agenouille devant Lauvensen étonné. Alors recommença la scène qui eut lieu entre Jésus et Pierre, quand celui-ci se défendait de l'honneur que son Maître voulait lui faire en lui lavant les pieds; mais le Christ lui dit : « Ce que je vous fais en ce moment, il faut que vous le fassiez à votre tour aux autres. » Pie IX fit la même réponse à Lauvensen. Après le lavement des pieds, il interrogea le pauvre pèlerin sur sa vie et son pèlerinage, et il le quitta en lui laissant quelques secours.

Après le lavabo^ les confrères conduisent les pèlerins dans les vastes réfectoires où l'on pourrait servir à la fois neuf cent quarante-quatre convives. Le souper est maigre, comme il convient un Samedi-Saint, mais copieux. Il se compose d'une soupe, de poissons, de broccoli et d'un peu de vin. Les pèlerins mangent avec décence et tranquillité. On leur fait la lecture pendant le repas. Nous causons avec un vieux confrère qui l'est

faire pénitence. Le Pape pleura aussi et commit l'absolution à deux cardinaux. Au sortir de la chapelle, le nouveau catholique commença la visite des églises dans le moment où le soleil était le plus ardent. 11 tomba malade sous le poids de la chaleur et de ses émotions^ et il expira trois jours après. £n apprenant sa mort^ le Pape s'écria : Beaucoup de pécheurs se retirent dans les cloîtres et dans les solitudes pour faire pénitence; mais celui-ci a eu un si grand repentir, que trois jours lui oiU suffi pour atteindre le ciel. (Mgr Gerbet.)

depuis trente ans. Il nous conte que la république de 1849 avait mis tout sens dessus dessous dans la Trinitédes-Pèlerins, et en avait fait fermer les portes. Admirable révolution faite au nom de la fraternité, et qui en proscrivait une des plus touchantes manifestations ! Mais cela ne nous étonne plus; les révolutions nous ont accoutumé à leurs inconséquences.

Après souper, les confrères mènent coucher les pèlerins avec la sollicitude de parents à Tégard de leurs enfants; les dortoirs de la Trinité ont actuellement quatre cent quatre-vingt-huit lits.

En sortant , nous avons retrouvé nos compagnes de voyage qui, de leur côté, ont vu les plus grandes dames de Rome, les princesses Borghèse, Gorsini et autres, qui lavaient avec la même conscience les pieds des pèlerines, tandis que leurs brillants équipages les attendaient sur la place de la Trinité. Le costume de ces nobles servantes des pauvres est charmant ; c'est une robe noire, avec jupon et bavolet rouges et des bretelles bleues. Parmi elles se trouvait une Anglaise convertie, que nous avions vue à la table d'hôte de la Minerve. Un cardinal les présidait, revêtu également du sac rouge, et n'ayant d'autre signe distinctif de sa dignité que la calotte rouge qui est aussi un emblème de la charité. Les princes de Danemarck , en ce moment à Rome , avaient été admis par exception dans le quartier des femmes. On raconte qu'il y a quelques années la reine douairière de Naples demanda à être reçue parmi les servantes des pèlerines ; on ne mit pas de courtisanerie dans le choix de la femme à laquelle Sa Majesté devait rendre ce pieux office, et' l'on assure que le hasard ne l'avait pas traitée en reine.

LaTrinité-des-Pèlerins représente dignement Thospitalité universelle de Rome. Dans les années jubilaires on y reçoit des pèlerins de toutes les parties de la terre.

Rome donne aussi l'hospitalité morale ; c'est le grand hospice de la chrétienté qui s'ouvre à tous les blessés de la fortune, à tous les malades du cœur et de l'esprit.

Rome, depuis qu'elle est chrétienne, est la maîtresse des bonnes œuvres, la reine de la charité publique et privée, et, du haut des Sept Collines, elle a pu dire en tous les siècles aux autres villes du monde qui cherchent à l'imiter : Regardez et exécutez selon le modèle qui vous a été exposé sur la montagne : Inspice et fac secundumexemplar quod tibi in monte monstratum est. (Exode, XXV, 40.)

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