‹ Rome; lettres d'un pèlerinChapitre 73 sur 82 · OBI ET ORBI · texte numérisé non relu

OBI ET ORBI

Romanœ spatium est urbis et orbis idem. (Ovide.)

Queir urbe dell' orbe.

(Tassoxi.)

27 mars.

Le grand jour de Pâques est donc arrivé, alIeluia ! On se salue dans les rues par Texclamation mille fois répétée : Buona Pasqua ! et on chante Thymne de Manzoni sur la résurrection :

E risorto: or come a morte La sua preda fu ritolta ?

Come ha \inte Tatre porte, Come è saWo un'altra Yolta Quei che giacque in forza altrui "?

10 lo giuro per colui Che da morte il suscitô.

E risorto : il capo santo Più non posa nel sudario .

È risorto : da Tun canto Deiravello solitario Sta il coperchio rovesciato ; Come un forte inebriato

11 signor si risvegliô !

LIRBÏ KT OHHl. 5 H

Hier soir, en revenant de la Trinilé-des-Pèlerins en voiture découverte, nous avons été mouillés par une pluie battante ; que de craintes pour aujourd'hui ! Pâques est de si bonne heure cette année , qu'on pouvait redouter les pluies du printemps pour cette solennité des solennités. Mais non, ce matin la pluie cesse comme par miracle, et le soleil triomphant perce les nuages envieux. On a tant parlé du soleil d'Austerlitz, pourquoi ne parlerai-je pas du soleil de Pâques, symbole de la victoire immortelle que notre Jésus a remportée en ce jour sur Tantique ennemie de l'homme, la mort! 0 mors, ubi est cumleus tuus ?

Dès les huit heures du matin, nous prenons la voie triomphale et nous arrivons à Saint-Pierre. Après avoir placé dans leur tribune nos compagnes de voyage, comme il est encore de bonne heure, je retourne sur la place pour voir arriver les équipages des cardinaux et des ambassadeurs. A neuf heures, je rentre dans la basilique qui se remplit d'une foule immense. Une fois par an, Saint- Pierre est ainsi à peu près plein ; mais encore que de vides dans les bas-côtés! J'entendais un jour quelqu'un s'écrier : «Saint-Pierre n'a d'autre mérite que sa grandeur ! » Eh bien! quand il n'aurait que celui-là, c'est le mérite du Mont-Blnnc à côté d'une taupinière ! Ajoutez à cela des souvenirs de tous les siècles» et ce luxe des arts, ce luxe inouï, non pas royal, mais vraiment divin, selon la remarque de Charles Didier, car Saint- Pierre est bien, comme on l'a dit, la cour d'un Dieu.

Voici les troupes pontificales : les Suisses , la garde Palatine , au bonnet à poil et au pantalon rouge bordé d'or , les gardes-nobles , en habit rouge , bottes à l'é-

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cuyère et casques antiques à crinière, comme les anciens chevaliers romains; ce sont encore les équités. Ces différents corps escortent la procession qui s'avance avec son grandiose accoutumé.

Nous parvenons à nous placer contre la tribune des dames romaines , à gauche du grand autel , de façon à voir parfaitement tous les actes de ce grand drame mystique de la Messe pascale *. Nous avions devant nous le maître-autel de Saint-Pierre, qui s'élève avec son baldaquin de bronze sous la coupole de Michel-An^e. Cet autel immense, isolé au centre de la croix de la basilique, se dresse avec ses nombreux degrés comme une pyramide triomphante; de tout côté on le voit, ainsi qu'un pic de montagne ; c'est le Sinaï des Papes.

Entre l'autel et nous , s'étend une longue table de marbre couverte de cierges peints , de vases et d'ornements nécessaires au Saint-Sacrifice, et qu'on y prend à mesure qu'on en a besoin. Aujourd'hui la sacristûe Vaticane étale tous ses trésors; le crucifix de Michel-Ange, que nous avons admiré de près l'autre jour, brille sur le maitre-autel à côté des deux tiares éblouissantes dont la plus belle fut donnée à Pie VU par Napoléon 1", après son couronnement. Pie IX va s'en couvrir la tête pour nous donner, après la Messe , la béné-

1 En parlant de ces grandes cérémonies de la Semaine-Sainte à Rome^ il faut répéter, une fois pour touteS;, une observation très-juste de Mg^ Wiseman^ à propos du ridicule reproche fait au culte catholique d'être théàtrcd. Voici ce que disait Téminent cardinal anglais à un auditoire en grande partie composé de protestants : « J'ai dit que la poésie des offices de la Semaine étaient surtout dramatiques, et je me sers de ce mot^ au risque de m'exposer aux railleries vulgaires, car je ne crois pas que la pauvreté de la langue puisse servir de base à un argument. Et si la pompe et la magnificence qui entouraient autrefois tout ce qui était noble et

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diction pascale. Ce trirègne est le symbole de la triple autorité paternelle, sacerdotale et royale ; la tiare, selon le mot de Mgr Gerbet , c'est la couronne de la supériorité du mérite sur la naissance , de Tintelligence sur la chair, de la charité qui unit sur la justice même qui combat ; c'est la couronne du Père, du Roi el du Pontife.

Le noble custode de tous ces trésors de la sacristie Vaticane est un vieillard à cheveux blancs , vêtu de velours noir , répée au côté , comme un portrait de Zurbaran; pendant tout le temps de la Messe il resta debout près de l'autel, et ne quitta pas des yeux les trésors confiés à sa garde.

Enfin, le bruit des cloches et des tambours , ces voix de la guerre unies aux voix de la prière , nous annoncent l'arrivée du Pontife-Roi porté sur la Sedia Gestatoria-y les Flabellifères portent derrière lui les éventails de plumes de paon, qui rappellent symboliquement combien d'yeux le Père commun doit ouvrir pour veiller au bien de son empire universel '. A Tentrée du Saint- Père, on chante le Tu es Petrus, 11 descend de son siège aérien, entouré des nuages mystérieux de l'encens, et monte au grand autel de Saint-Pierre, où il va officier lui-même solennellement.

royal, sont dans nos Icmps modernes reléguées au théâtre et stigmatisées d'un surnom flétrissant, faudra-t-il pour cela que l'Église s*en dépouille elle qui les a toujours conservées? On ne réfléchit pas qu'il est absurde d'appeler théâtml ce qui existait bien avant les théâtres : il faudrait donc aussi appeler théâtrale la pompe du culte lévitique; car certes elle était grande et imposante,., et cependant c'était Dieu qui la commandait, et qui avait daigné entrer dans les détails les plus minutieux des cérémonies de son culte.

* L'usage de l'éventail comme marque d'honneur remonte aux premiers temps de TOrient. C'est un lien singulier des siècles passés et des époques futures^ c'est un étrange symbole de durée, que ce réseau de

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