‹ Rome; lettres d'un pèlerinChapitre 79 sur 82 · A MISS O'REILLY · texte numérisé non relu

A MISS O'REILLY

Ce dernier voyage de Rome est, à mon gré, la plus agréable aventure qui vous pût arriver ; avec un ambassadeur adorable, dans une belle et grande occasion, revoir cette belle Maîtresse du monde qu'on a toujours envie de revoir ! J'aime fort les couplets que vous avez Taits pour elle, on ne saurait trop la célébrer.

(Madame db Sévioné à M. de Coulanges, 8 janvier 1690.)

On rentre à Rome avec une émotion différente , mais non moins vive que lorsqu'on y met le pied pour la première fois; ce n'est plus l'émotion de l'inconnu, ni les frémissements d'une curiosité passionnée, mais c'est la joie du retour, c'est le terme de la nostalgie qui vous attristait loin de cette Ville qu'on aime comme une patrie ; on revoit le dôme de Saint-Pierre avec l'attendrissement qu'on éprouve à la vue de son clocher.

En rentrant à Rome par la porte de Saint-Jean-de- Latran , tandis que les douaniers interrogeaient le voiturin, j'eus un plaisir délicieux à saluer du regard, comme une vieille connaissance, la basilique Laterane

LES JOIKS DU RETOUR. 56i

avec sa couronne de statues qui se détachaient sur le soleil couchant. C'était le samedi 16 avril :

Un païen eût marqué ce jour d'un caillou blane *.

C'est avec des joies indicibles qu'on reprend possession de sa Rome et de tous ses monuments qui sont l'histoire visible de la Ville et du Monde. Quel bonheur ! au retour de Naples, de retrouver la majestueuse tranquillité de Rome , et d'aller chercher des nouvelles de ses amis et de ses maîtres Romains : Les PP. Marchi et Besson , Owerbeck '^y Mgrs Borromée et ApoUoni , et l'abbé J. et le docteur P., et jusqu'à la signora Lopez avec ses histoires du temps de Papa Gregorio , comme on dit à Rome. Ne faut-il pas revoir l'Académie de

* Les Thraces marquaient avec des pierres blanches les jours où ils croyaient avoir été heureux, et avec des pierres noires ceux où ils avaient éprouvé quelque malheur; Tannée finie, ils comptaient toutes ces pierres. Le nombre des blanches servait seul à déterminer leur âge, comme s'ils n'eussent réellement vécu que lorsqu'ils avaient été heureux ; on reconnaît une allusion à cet usage dans cette épilaphe antique si ingénieuse, et en même temps si désespérante :

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