RIAM CAROLO REGI DONA
(( Bienheureux Pierre, donnez la vie au pape Léon et u la victoire au roi Charles. »
Charles n'a pas encore ici le titre d'empereur, il n'a reçu que la dignité de patrice de Rome ; mais cette dignité, remarque Mgr Gerbet, a été pour Charlemagne ce que le consulat à vie a été pour Napoléon : c'était l'initiation à l'empire. Déjà, dans cette mosaïque, le monarque franc porte le manteau impérial.
« Sous ce costume romain , on aperçoit la tunique bordée de soie, la chaussure, l'épée, le tout conforme aux détails que ses historiographes nous ont transmis sur sa manière habituelle de se vêtir. Nous savons par Eginard que Charlemagne ne se décida qu'une ou deux fois, par condescendance pour les désirs de Léon, à s'habiller suivant la mode des Romains pendant son séjour dans leur ville, et comme il fut proclamé empereur, sans que cette cérémonie eût été annoncée, et comme à l'improviste, il est vraisemblable qu'il était vêtu à la manière des Francs, lorsque Léon 111 jeta sur ses épaules le manteau des empereurs. » (Mgr gkibet.)
Cette mosaïque rappelle ainsi les deux translations d'empire : Tune de l'Occident à l'Orient, par Constantin ; l'autre de l'Orient à l'Occident, pour Charlemagne, en faveur duquel rÉglise romaine a fondé le Saint- Empire romain.
Les chroniques du Latran sont pleines de souvenirs
français. — Lorsque Charles d'Anjou , frère de saint Louis, s'en vint en Italie comme roi des Deux-Siciles, Clément IV lui fit faire au Latran la remise solennelle de Tétend^rd qui l'investissait de ce royaume. La cérémonie eut lieu le 27 juin, et le 6 janvier suivant, Charles et sa femme, Béatrice, furent couronnés par le cardinalévêque d'Albano, — En 1360, un affreux incendie ravagea le Latran ^ qui resta plusieurs années dans un déplorable abandon, le Saint-Siège étant alors à Avignon. J'aime cette lettre de Pétrarque au Pape Urbain V : « Père miséricordieux, pardonne-moi cette audace; de « quel cœur peux-tu dormir mollement sur les rives du a Rhône, sous les lambris paisibles de tes appartements a dorés , tandis que la première de toutes les églises « tombe en ruines, et reste sans toit, livrée au vent et à a la tempête? »
Ces plaintes du grand poëte furent entendues par le Pape français. Urbain V était, en son nom, Grimoard de Grissac, d'une famille du Gévaudan ; il répara le Latran et y éleva le tabernacle et le baldaquin gothique du mattre-autel , chef-d'œuvre de l'art au quatorzième siècle. On y voit encore les armes d'Urbain et les lys de France, souvenir de Charles V, qui aida le Pape dans la construction de ce tabernacle. Cette œuvre d'un Pape français est un monument de la France ; il est dans ce style ogival y alors nommé en Italie style français, parce que c'est en France qu'il a fleuri le plus glorieusement. Pie IX, ce cœur si français, vient de restaurer le tabernacle d'Urbain V, et a fait agrandir la confession dans le style ogival , qui s'harmonisera mieux avec l'autel ancien. Voici l'inscription nouvelle :
40 LA PRAf^GE AU LATRAN.
PIVS IX PONT. VAX. IN VETEREM FORHAM RBSTITVIT AC SPLBNBmiORl CVLTV INSTAVRAVIT. AN. D. MI>CCCLI.
Pie IX, qui s^appelle Jean, a une dévotion particulière àSaint-Jean-de-Latran. Cette confession gothique renferme un riche trésor de reliques , parmi lesquelles des morceaux des têtes de saint Pierre et de saint Paul. Quand Urbain V les déposa dans son tabernacle, notre Charles V lui envoya deux grands lys d'or parsemés de diamants pour mettre sur la poitrine de chacun des bustes d'argent qui renfermaient les têtes des apôtres» avec ces inscriptions :
VRBANVS PAPA V FECIT FIERl HOC OPVS AD HONOREM CAPITIS B. PETRI (ou PAVLl), ANNO DOM. \ 369»
CAROLVS DEI GRATIA RBX FRANCORVM,