REGGIO
19 décembre. — Les fresques sublimes du Gorrége m'ont arrêté à Parme, d'ailleurs ville assez plate.
La Madone bénie par Jésus, à la bibliothèque, m'a touché jusqu'aux larmes. Je paye un garçon de salle pour qu'il me laisse un quart d'heure seul, perché au haut de Téchelle. Je n'oublierai jamais les yeux baissés de la vierge, ni sa pose passionnée, ni la simplicité de ses vêtements. Que dire des fresques du couvent de San Paolo? Peut-être que, qui ne les a pas vues, ignore tout le pouvoir de la peinture. Les figures de Raphaël ont pour rivales les statues antiques. Gomme l'amour féminin n'existait pas dans l'antiquité, le Gorrége est sans rival. Mais, pour être digne de le comprendre, il faut s'être donné des ridicules au service de cette passion. Après les fresques, toujours bien plus intéressantes que les tableaux, je suis allé revoir, au nouveau musée bâti par Marie-Louise, le Saint Jérôme et les autres chefs-d'œuvre jadis à Paris.
Pour faire le devoir de voyageur, je me suis présenté chez
il2 ŒUVRES De STENDHAL.
M. Bodoni, le célèbre imprimeur. Je suis agréablement surpris: ce Piémoutais D*est point fat, mais biea passiouoé pour sou art. Après m'avoir montré tous ses auteurs français, il m'a demandé lequel je préférais, du Télémaque, du Racine ou du Boileau. J'ai avoué que tous me semblaient également beaux. — Âh! monsieur, vous ne voyez pas le litre du Boileau ! J*ai considéré longtemps, et enfin j'ui avoué que je ne voyais rien de plus parfait dans ce titre que dans les autres. — Ah i monsieur! s*est écrié Bodoni, Boileau Despréaux, dans une seule ligne de majuscules ! J'ai passé six mois, monsieur, avant de pouvoir trouver ce caractère. Le titre est en effet disposé ainsi ^